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DESK.
LES MALADIES
RT I.ES ENNEMIS
DES CAFÉIERS
BIBLIOTHÈQUE D'AGRICULTDRE COLONIALE
LES MALADIES
F/r LES ENNEMIS
DES CAFÉIERS
PAR
le D G. DELACROIX
MAiiHi; iJi; coM i';ui;.NCi:s a li.nstitut .naiid.nal agroxo.mioli;
CIII.F Di;S TltAVALX DF LA STATION DK PATIIOl.fXWl: VKGlVlALF.
SECONDE ÉDITION
CoiisidiM'abkMiieiit augineutée el aoconipajj-iiée
lie M) liyni'es dans le lexl<>.
PAHIS
Augustin GHALLAMEL, Éditeur
RuK Jacob, 17
Eibrairie Maritime et Coloniale
1900
AVERTISSEMENT
POUR LA SECONDE ÉDITION
La première édition de cet ouvrage a paru, sous le
titre Les Maladies du Caféier^ dans la Revue des Cul-
tures coloniales . Elle y forme une série d'articles, dont
le premier en date a été inséré dans le numéro du
5 juin 1898; le dernier est récent (25 décem-
bre 1899).
Depuis la publication des premiers articles qui
furent assez espacés, un certain nombre de documents-
me sont parvenus, que je ne possédais pas dès le
début ; en même temps, plusieurs correspondants
m'ayant envoyé des échantillons qui me manquaient,
j'ai pu élucider quelques points obscurs. Pais, des
observations inédites ont été publiées, des travaux
nouveaux ont vu le jour, et j'ai dû relater le tout
pour que mon étude fût au courant et aussi complète
que possible. De telle sorte qu'ayant été amené à
modifier aussi l'ordre des matières et à illustrer cette
monographie d'un bon nombre de figures, il m'a paru
que tous ces changements justifiaient une « seconde
édition ».
D'' G. Delacroix.
LES MALADIES
ET
LES ENNEMIS DES CAFÉIERS
INTRODUCTION
En dehors des troubles plus ou moins profonds
que peuvent déterminer des conditions défavorables
de végétation, le Caféier, comme les plantes de culture
en général, se trouve exposé à de nombreuses mala-
dies, dues à Tinvasion de parasites. Ceux-ci, animaux
ou végétaux, sont nombreux et variés, qui s'attaquent
à cette plante ; et ces parasites, dans une région déter-
minée, peuvent prendre une telle extension que la
majorité des sujets se trouvent atteints à des degrés
divers.
La maladie est dès lors constituée à l'état épidé-
mique et, dans de telles conditions, l'agglomération
des individus a un rôle prépondérant pour amener ce
nouvel état de choses. Cette loi biologique s'applique
d'ailleurs à tous les êtres vivants.
Chez les plantes en particulier, les conditions nor-
males de répartition et de densité des espèces vivant
à l'état sauvage sont le plus souvent très différentes
de celles que l'homme établit artificiellement et qu'il
réalise par la culture. Elles résultent, pour l'état na-
turel de la plante, d'une sélection déjà lointaine, à
laquelle plusieurs facteurs ont coopéré, dont le résultat
final est l'adaptation de la plante au milieu où nous la
rencontrons. En rompant cet équilibre, en augmentant
souvent dans de grandes proportions la densité des
agglomérations, l'homme favorise le développement
et l'extension des parasites. D'un autre côté, au point
de vue biologique, la culture extensive d'un végétal
favorise souvent ces parasites ; car, en dehors de
l'augmentation numérique des plantes hospitalières,
elle transforme en général celles-ci, de manière à
offrir à leurs parasites une alimentation meilleure.
Dès lors, pour combattre efficacement une maladie,
non seulement on devra procéder, dans la limite du
possible, à la destruction du parasite, par des procé-
dés qui d'ailleurs varieront avec chacun des cas, mais
encore il faudra placer les plantes cultivées dans de
telles conditions qu'elles puissent, par leur vigueur,
lutter contre les pertes que leur fait subir le parasite;
et l'action de ce dernier est d'autant plus déprimante
pour l'hôte que celui-ci est plus affaibli. On y par-
viendra en réalisant, autant qu'on le pourra, les con-
ditions normales de végétation de la plante quant au
sol , à l'exposition , à l'altitude , à la température
moyenne, au degré hygrométrique de l'atmosphère, etc.
C'est alors seulement que la lutte contre les parasites
sera possible et pourra se réaliser avec chances de
succès. Ce qui revient à dire que la première indication
pour le traitement des plantes ainsi attaquées est de
les soumettre à une culture rationnelle, en pre-
nant ce terme dans son sens le plus large. Ces obser-
vations paraîtront sans doute banales, mais elles sont,
en pathologie végétale, d'une importance trop consi-
dérable pour qu'il ne soit pas inutile de les rappeler.
Ce sont des considérations de ce genre qui ont suggéré
au D^' Ernst (1) ce début de phrase : Un enemigo ciel
(i) A. Ernst. Estudios sobre las deformaciones, enfermedadcs y enemi-
gos del arhol de café en Venezuela. Caracas, 1878.
arhol de café^ y en nuestra Immilde opinion el mas
temible, el hombre... « Un ennemi du café et, à notre
humble avis, le plus redoutable, Thomme... «
Les maladies des Caféiers comprennent naturelle-
ment, nous venons de le voir, deux groupes bien dis-
tincts :
I. — Maladies d'origine non parasitaire ;
II. — Maladies produites par des parasites végétaux
ou animaux.
MALADIES NON PARASITAIRES
Les maladies non parasitaires résultent d'une altération
de l'état physiologique normal due à un agent non animé :
l'action vulnérante simple d'un corps extérieur produisant
une blessure, ou bien l'action des causes météorologiques,
chaleur, lumière, humidité, ainsi que l'action ph3^sique ou
chimique du sol , s'exerçant dans des conditions défavo-
rablesou contraires à l'élat ordinaire de la plante, étatdepuis
longtemps acquis par la sélection naturelle.
Monstruosités. — 11 n'est pas logique de comprendre,
dans les maladies non parasitaires, les déviations d'ordre
tératologique qu'on appelle vulgairement monstruosités.
Elles intéressent avant tout la forme extérieure, et, si la
fonction est modifiée et parfois abolie, elle ne l'est néan-
moins que secondairement. La plus connue de ces déforma-
tions et aussi la plus fréquente est l'avortement d'une
des graines de la baie ; celle qui reste n'étant pas comprimée
sur sa face interne prend une forme ovoïde et constitue le
café moka. En tout cas, ces modifications dans la forme
n'ont guère d'importance pratique, et comme leur étude
sort du cadre que nous nous sommes imposé, nous n'y in-
sisterons pas.
Parmi les troubles pathologiques, de nature non parasi-
taire, les seuls ayant quelque intérêt résultent d'vme cha-
leur et par suite d'une sécheresse trop intense ou encore
d'une excessive humidité.
Chaleur trop intense. — LeCaféier,le Coffea arabica du
moins, de par son lieu d'origine (le plateau abyssin Kafï'a),
ne trouve pas en général, sous l'équateur, des conditions
convenables de végétation; et, à moins qu'il ne soit planté
à une altitude convenable pour en tempérer l'efFet, l'ardeur
des rayons solaires nuit considérablement, aux racines su-
perficielles. La végétation faiblit au bout de peu de temps
et les Caféiers languissants ne tardent pas à périr sous les
attaques réitérées de leurs parasites.
Le remède naturel à opposer à cet état de choses est
connu et employé depuis longtemps par les planteurs; il
consiste dans l'emploi des arbres porte-ombre. Ce n'est
pas ici le lieu de discuter sur les qualités qui doivent guider
le planteur dans son choix à cet égard, qualités variables
d'ailleurs avec les sols et les régions où on doit les utiliser.
Au point de vue qui nous occupe, nous conseillerons d'é-
viter avant tout que le porte-ombre soit de nature à abriter
des parasites animaux ou végétaux, capables de nuire au
Caféier.
Excès d'humidité. — « Le Caféier, dit Raoul (i), réclame
« un sol profond. Si la racine pivotante est arrêtée par les
« roches, le tuf ou un sol compact, la plante meurt. » Pour
n'avoir pas tenu compte de cette donnée, bien des planteurs
ont éprouvé des mécomptes. Et si le Caféier préfère une terre
meuble, sablonneuse ou entremêlée de petites pierres et riche
en humus, un peu d'argile n'est pas nuisible, pourvu que le
drainage soit bon, le sol étant en pente, par exemple. Un
terrain imperméable où l'eau persiste dans le sous-sol, une
(i) Manuel pratique des cultures coloniales, par E. Raoul et P. Sagot.
Tome II, P" partie . Culture du Caféier, par E. Raoul, Paris, 1894.
terre marécageuse, en un mot, est funeste au Caféier d'A-
rabie, qui supporte toujours mieux la sécheresse que l'excès
d'humidité, la plante y périt presque infailliblement, même
si le ])iv()t trouve assez de profondeur pour s'enfoncer en
toute liberté. Dans ce cas, la mort de l'arbre est le résultat
de l'asphyxie simple des racines, par manque d'oxygène, et
le phénomène se produit sans Tintervention d'aucun para-
site. L'asphyxie aboutit à la pourriture humide des racines,
dans laquelle interviennent de nombreux organismes sa-
prophytes, bactéries, champignons, anguillules, qui pullu-
lent fort abondamment dans les sols humides, surtout dans
les contrées chaudes.
On jiourrait drainer le sol pour éviter ces inconvénients;
mais il sera de beaucoup préférable de choisir, pour le Ca-
féier, un emplacement plus convenable, ou, en cas d'impos-
sibilité, de faire une autre culture. D'ailleurs ce fait est
bien connu, et il est rare de voir établir des plantations de
Caféier d'Arabie dans de telles conditions.
Le Caféier de Libéria n'est pas aussi exigeant à ce point
de vue; sa végétation est sulhsante et peut même être
bonne, là où le Caféier d'Arabie ne saurait se maintenir.
C'est grâce à ces propriétés précieuses, malgré la qualité
secondaire de ses graines, que la culture du Libéria s'est
peu à peu étendue dans les plaines dans bien des régions
chaudes.
Coulure vraie du Caféier. — La coulure vraie du Caféier
consiste en ce phénomène qu'après une floraison normale
le développement du fruit ne se fait pas ou simplement s'é-
bauche à peine pour s'arrêter bientôt. Dans ce dernier cas,
la baie noircit très vite, la graine reste petite, avortée, inu-
tilisable.
De mauvaises conditions atmosphériques, telles que des
pluies excessives pendant une période de floraison, ont une
influence marquée sur la production de cet accident de vé-
gétation; mais c'est surtout lorsqu'il y a une surabondance
— io-
de (leurs sur un pied que la coulure s'y observe (i). Il est
probable aussi que d'autres influences doivent intervenir,
la nature du sol, par exemple; mais je ne possède pas de
renseignements à ce sujet,
La seule indication à remj)lir, si l'on a quelque raison de
craindre la coulure, c'est la suppression d'un nombre sulli-
sant de fleurs.
i) De BouTiLLY, ino Revue des Cultures coloniales », 5 août 1898, p. 35.
II
MALADIES PARASITAIRES
A. — Maladies dues à des végétaux.
B. — Maladies produites par des animaux.
A.
PARASITES VEGETAUX DES CAFEIERS
Les parasites végétaux des Caféiers sont, pour la
majeure partie des Champignons : Urédinées, Asco-
mycètes, sans doute aussi Basidiomycètes. On trouve
encore, parmi ces parasites, au moins une Algue et
quelques végétaux supérieurs, des Phanérogames.
13
MALADIES PRODUITES PAR LES CHAMPIGNONS
Pour la commodité de l'exposition, nous diviserons ces
maladies en deux groupes :
A. — Maladies des feuilles ;
B. — Maladies des racines, du tronc et des branches.
A. — Maladies des Feuilles
HÉMILÉIA
Les Urédinées, famille de champignons, à laquelle appar-
tient V Heniileia vastatrix^ produisent, en fructifiant sur les
organes vivants des plantes qu'ils attaquent, des amas de
poussière rouge orangé ou couleur de rouille. Cette colora-
tion a fait donner aux maladies produites par les Urédinées
le nom de Rouilles ; et ce terme conviendrait fort bien pour
désigner la maladie produite sur les Caféiers par V Ileniileia
vastatrijc-, si, depuis longtemps déjà, le même mot de
« rouille « ne servait à caractériser les désordres dus à la
larve de Ceniiostonia coffeella. Pour éviter toute confusion,
nous appellerons, comme on le fait généralement, la
« rouille vraie » des Caféiers la maladie de l'héniiléia ou
simplement V « hémiléia ».
En anglais, on la désigne communément sous le nom de
« coffee-leaf disease » (maladie de la feuille de Caféier) et
quelquefois de « red spot » (tache rouge).
L'hémiléia fut découvert en i868, par le D'" Thwaites(3), à
Ceylan, dans le district de jNIadulsima, dans la partie monta-
gneuse du sud-est de l'île. L'année suivante, la maladie
apparaissait sur le continent, au Maïssour, et, depuis lors,
son aire d'extension s'est considérablement accrue, comme
nous le verrons plus loin.
Des feuilles de Caféiers malades, envoyées en Angleterre
— 14 —
par le D' Thwaites, ont permis à Berkeley et Broome de
décrire sommairement le champignon parasite qui la cause ;
ces mycologues le nommèrent Heniileia vastatrir, genre et
espèce nouveaux (1).
Depuis cette époque, Fétude de la maladie et du champi-
gnon ont donné lieu à la publication d'un nondjre considé-
rable de notes et de travaux dont je cite les plus impor-
tants (i). Néanmoins il subsiste encore certains points de la
(i) — (Ij Berkeley et Broome, in « Gardener's Chronicle », 6 iiov. 1869,
p. ii5^. — (2) Berkeley, Enemies of the Coffee-Tree, in « The Ceylon
Observer », 23 mai 1870. — (3) D' Thwaites, Beport for 1871, in J. Nietner,
The Coffee-Tree and its Enemies in Ceylon, 1' éd., Colombo, 1880, p. •l'I.
— (4) Russel, Administration Report on the Central Province for 1871.
— (5) Berkeley, in « Linnean Soc. Journ., Bolany », XIV, p. 93, pi. 3.
(ig. 10; et « Quarterly Journal of microscopical Science », 1873, p. 79. —
(6) D''Thwaites, The Ceylon Coffee Fungus, in « Quarterly Journ. ofmicr. Se. »,
1874, p. 298-300 (extrait du D' Thwaites' Annual Report of the Peradeniya
hotanical Garden). — (7) Hooker, in « Gard. (]hron. », 1874, p. 253. —
(8) Farlow, in « Quarterly Journ. of micr. Se. », juillet 1874. — (9) Cooke,
in<( Indian Muséum Report », 1876, p. 5. — (10) Hooker, Report on the pro-
gress and condition of the Royal Gardens at Kew diiring the year 1876. —
(11) Cooke, Orange mould on forest trees, in « Grevillea », 5, 1877,
p. 145. — (12) Cooke, Leaf-disease on Coffee and other trees, in « Gard.
Chron. », 1877, VII, p. 441 — (13) Berkeley, Coffee-leaf disease, in « Gard.
Chron. », VII, p. 377. — (14) D' Talmy, médecin de la marine. Notes sur
les maladies qui attaquent les Caféiers en divers pays. Tirage à part,
Paris, 1878 (reproduit dans les Publications de la Société des études
indo-chinoises. — Essais agricoles et industriels faits en Cochinchine
depuis la fondation de cette colonie jusqu'en 1897. Tome I, Imp. Rey,
1897). — (15) R. Abbay, Observations on Hemileia vastatrix, the so-called
Coffee-leaf disease, in « Linn. Soc. Journal, Botany », vol. XVII, 1878,
p. 173, pi. i3 et 14. — (16) R. Abbay, Proceedings of the Planters Asso-
ciation of Ceylon for the year ending february 17, 1879, Colombo. —
(17) The compaign of 1879 against Coffee-leaf disease, Colombo, 1879. —
(18) U. Morris, E.rperiments on the Coffee-leaf disease (analysé in« Gard.
Chron. », 1879, I, p. 564; H. P- 240). — (19) D. Morris, Coffee-leaf
disease of Ceylon and Southern-India, d'après « Nature », 3 sep-
tembre 1879, et « Gard. Chron. », 1879, p. 53i, fig. 87. — (20) D. Morris,
Note on the structure and habit of Hemileia vastatrix, tlie Coffee-leaf
disease of Ceylon and Southern-India, in « Linn. Soc. Journ., Botany »,
XVII, London, 1880, p. 5i2-5i7, i pi. — (21) M. C. Cooke, Tvo Coffee
diseuses, in « Popular Science Review » n° LIX, p. CXXXV. — (22) W. T.
Thyselton Dyer, The Coffee-leaf disease of Ceylon and Southern-India.
in « Quarterly Journ. of micr. Science », 1880, p. 119-129, 6 pi. —
(23) Bruinstma, Jets over de Ceylon'sche Coffiebladziekte opJava, in « Isis,
Maandschrift voor Naturvetenschap », 1880. — (24) D»" William Bidie,
Remarks on the Coffee-leaf disease, in « Linn. Soc. Journ., Bolany», XVII,
— 15 —
biologie du parasite qui demanderaient à être élucidés ou
vérifiés ; il serait utile surtout que les indications bien
nettes du traitement fussent établies par des expériences
précises dans les stations agronomiques des régions tro-
picales.
Je n'ai vu nulle part la maladie signalée sur les fruits, et
il semble que ce ne soit que très exceptionnellement qu'on
1881, p. 458. — (25) « Gardcncr's Chronicle )) : {a) 1877, p. 107; (h) 1881, I,
p. 2o3; (c) 1881, II, p. 568; (d) 1893, p. 862. — (26) H. Marshall Ward,
The Coffee-leaf diseuse, a preliininary report hy the governinent-cryptoga-
mist, Peradeniya, i5 juin 1880. — (27) H. Marshall Ward, Coffee-leaf
disease, second and third Reports, in « Sessional Papcrs », Colombo
(Ccylon), 1880 et 1881 (reproduits in « The weekly Ceylon Observer <>.
1880 et 188 1). — (28) H. Marshall Ward, On the Morphology of Hcmileia
vastatrix Berk. and Br., the Fungiis of the Coffee disease of Ceylon, in
« Quarlerly Journ. ofmicrosc. Se. », nouvelle série, 1882, p. i-ii, pi. I-III.
— (29) H. Marshall Ward, Researches on the life-history of the Coffee-
leaf disease, in « Linn. Soc. Journ., Botany », vol. XIX, p. 299-335,
juin 1882. — (30) H. Marshall Ward, in « Trimcns' Journal of Botany
british and foreign », nouvelle série, vol. XI, London, 1882, p. 255. —
(31) J. P. Stork, JAe Coffee-leaf disease, in« Gard. Chrou. », 1882, 1, p. 219,
220. — (32) J. Delalande, Observations sur les maladies des Caféiers à la
Réunion, Rennes, i883. — (33) H. Semler, Die tropische Agrikultur, 4 vol.
Wisraar, 1886-1892. — (34) W. Burck, Over de Koffiehladziekte on haar
te hestrijden, Amsterdam, 1889. — (35) « Tropical Agriculturist »,
Colombo (Ceylon) : années 1889-1890, («) p. 189, 469; 1890-1891, [h] p. io4,
439; 1891-1892, {c) p. 107, 746; 1893-1894, [d] p. 63i; 1895-1896,
(e) p. 829. — (36) De Bérard, Rapport sur une maladie des Caféiers aux
îles Philippines, in « Bulletin du Ministère de l'agriculture », 1898, n» 8,
p. 1008-1024, Paris. — (37) W. T. Thiselton Dycr, Préventive measures for
the Coffee-leaf disease, in « Royal Gardens Kcw Bulletin of miscellaueous
Informations » 1893, p. 362. — (38) Id., « Bull. Kew », 1894, p. 456. —
(39) E. Raoul et P. Sagot, Manuel pratique des cultures coloniales et des
plantations des pays chauds. Tome II, P* partie : Culture du Caféier, par
E. Raoul, Paris, 1894. — (40) « Vossischc Zeitung », n" 428, i3 sept. 1894.
— (41) Prof. D"" Sadebeck, Einige Beohachtuiigen und Bemerkungen iiber
die durch Hemileia vastatrix verursachte Blattfleckenkrankheit der Kaffee-
bxume, in « Forstlich-naturwisscnschaflliche Zeitschrift », IV, 1895,
p. 340. — (42) Bonâme, Rapports annuels de la Station agronomique
de l'île Maurice (Colony of Mauritius], années 1896 {a), 1897 (b). —
(43) P. Hennings, Eine neue Blattfleckenkrankheit (Hemileia Woodi), auf
den Ibo-Kaffee, in Beutsch-Ostafrika, in Zeitschrift fur tropische Landwirth-
schaft, Der Tropenpflanzer, n°^ 5 et 8, 1897. — (44) Fritz Noack, Moles-
tias de plantas culturaes propagadas pela importacao de sementcs e
mudas, in « Bolelim do Instituto Agrononiico do Estado de Saô-Paulo eui
Campiuas », IX, mars 1898. — (45) Raedt van Oldenbarnevelt, De Koffiecul-
— 16 —
puisse voir les fructifications du champignon sur les parties
extrêmes de très jeunes rameaux.
jNI. Marshall Ward (27, Second Rej)ort) pense, d'ailleurs,
que cette action sur les rameaux est, en général, produite
par des champignons étrangers à Thémiléia.
Apparence de la maladie. — Dans le premier stade de la
maladie, les feuilles atteintes portent déjà les filaments du
champignon, dans leurs tissus, que rien ne vient encore en
déceler extérieurement la présence. Et précisément, c'est
là un fait où M. Sadebeck(41) croit trouver une cause active
de dispersion de la maladie, lorsqu'on a importé, dans des
régions encore indemnes, de jeunes pieds de Caféiers très
récemment envahis et ne montrant encore au dehors
aucune trace de mal.
Le premier symptôme d'infection de la feuille est fourni
par l'apparition d'une petite tache jaunâtre, de dimension
fort réduite, i à 2 millimètres au plus au début. Cette déco-
loration très localisée ne se montre bien à cette période qu'à
la face inférieure ; elle paraît plus évidente, translucide en
quelque sorte, et comme une petite tache d'huile, si l'on
prend soin de regarder la feuille par transparence, en
l'interposant entre l'œil et la lumière.
Cette première apparence est due, nous le verrons, à la
modification que le mycélium du parasite imprime au con-
tenu cellulaire, encore vivant à cette période, à la chloro-
phylle en particulier. Quant à la face supérieure de la
feuille, elle n'est pas encore sensiblement modifiée dans
tuur op Java, Gravenhagc (La Haye), 1898. — (46) M. Cornu, in « Revue
Coloniale », n° 44, 3 novembre i8()8. — (47) Georges Massce, A Text-hook
of plant-diseases caused hj cryptogamic parasites, London, 1899. —
(48) Edmond Bordage, Notice sur les parasites du Caféier à l'île de la
Réunion, in « Revue des Cultures coloniales, n» 28, 5 mai 1899, Paris. —
(49) Schelfer, Vcrslag om tret don Staat \'aii' s Lands Plantentuin te Bui-
tenzorg, 1877. — (50) P. Hennings, Die wichtigsten Pilzkrankheiten der
Kulturpflanzen unserer Kulunien, in « Deutsche Kolonialzeitung »,
i^"" juin 1895, p. 117.
17
sa couleur. La décoloration s'accentue sur la face infé-
rieure, en même temps que la tache y grandit progressi-
vement; puis, lorsque cette tache a atteint environ trois
millimètres, elle se couvre
d'un enduit pulvérulent, d'un
jaune assez clair d'abord, qui
passe à l'orangé vif et s'at-
tache aux doigts quand on
touche à la partie envahie de
la feuille. A ce moment, le pa-
rasite a produit au dehors ses
premières spores qui impri-
ment leur couleur à la tache.
La dimension de cette der-
nière augmente encore, et,
couverte de sa poussière oran-
gée, on peut la voir arriver à
un diamètre d'un centimètre et
demi.
La face supérieure reste dépourvue de la matière rouge,
car les spores ne s'y produisent pas; elle devient peu à peu,
à partir du centre, d'une couleur livide ou brunâtre plus ou
moins marquée. La face inférieure de la tache, elle aussi,
se modifie ; le milieu se décolore d'abord, en prenant un
ton grisâtre indécis, et dans les taches déjà un peu âgées,
c'est la périphérie seule qui forme une couronne jaune
orangé. La forme des taches est, en général, arrondie (fig.i);
parfois une nervure, moins facilement pénétrable aux fda-
ments du champignon, la limite sur un coté, où elle acquiert
un contour plus ou moins polygonal. Il peut arriver aussi
que deux ou plusieurs taches voisines deviennent con-
fluentes, et alors la tache générale qui en résulte prend de
plus grandes dimensions, et son contour est plus compliqué
de forme.
La poussière rouge orangé renferme quelquefois
Fig-. I . — Face inférieure d'une feuille
de Caféier attaquée par Vllemileia
vastatrix. (Réduction aux 3/4 de
la grandeur naturelle.)
— 18 —
de petites larves qu'on voit déjà nettement à la loupe,
longues d'un millimètre à un millimètre et demi, colorées
en rouge, comme la surface qui les porte et assez peu
mobiles (fig. ■>.). Plusieurs au-
teurs les signalent : le D""
Thwaites (6i, le D"" Bidie (24),
dans rinde; M. Delalande i32i,
M. Bordage (48) , à La Réu-
,.. T I ri nion. Pour M. Bordasse, c'est
r ip. vi. — Larve d mit' Lecidoiuvo, & '
habitant les taches d héiniiéia. A ane larve de Cécidomye (Dip-
i^auche, la larve entière, grossisse- < n t-, » i ii
ment environ ■?.o diam. A droite, tere). Peut-etre u est-clle pas
la partie antérieure de la larve, différente du CecidonU/û IWe-
grossissement environ (xi diani. ^
dinicola, qui n'est pas rare sur
beaucoup d'Urédinées, surtout des formes Urédo, en
Europe. En tous cas, bien que cette larve se nourrisse des
spores du champignon parasite, le développement de ce
dernier n'en semble guère affecté.
Dans l'intervalle des taches, le plus souvent la couleur
verte se maintient sur les feuilles ; mais, si ces taches sont
nombreuses et confluentes, la feuille brunit et ne tarde pas
à se dessécher. Assez souvent aussi, sur les feuilles mou-
rantes, la portion de limbe qui entoure la tache d'hémiléia
conserve, pendant assez longtemps, une coloration vert
pâle bien visible; mais cette marge elle-même jaunit à la
fin, et la feuille meurt définitivement.
Conditions de développement. — L'humidité intense est
très favorable au développement de la maladie et à son
extension rapide. En même temps, le vent est un facteur de
dispersion fort important : il transporte sur les feuilles
encore saines les germes du champignon, dont l'humidité
détermine le développement rapide. Aussi est-ce pendant
la saison pluvieuse, dont le moment d'apparition et la durée
sont très variables suivant les régions, que la maladie
sévit et se répand activement sur les feuilles. Les observa-
tions recueillies à Ceylan par M. Marshall \^'ard (29) sont
— 19 —
particulièrement instructives à ce point de vue; je les
résumerai brièvement.
A Ceylan, et dans la région méridionale de la péninsule
indoue en général, la mousson, vent du sud-ouest à la fois
chaud et très humide, qui vient de la mer des Indes, souffle
de juillet à fin septembre. Elle s'accompagne, le plus sou-
vent, d'un temps couvert, avec augmentation notable de
Tétat hygrométrique de l'air. Les conditions les plus avan-
tageuses pour le développement de VHemileia vastatrix, et,
en général de tous les champignons parasites, se trouvent
alors réalisées.
A ce moment, une grande partie des fruits du Caféier
ont mûri et sont récoltés, mais la végétation de la plante
n'en continue pas moins et avec vigueur. Il en est de même
du parasite, malheureusement, et la maladie, évoluant dans
un milieu aussi favorable, acquiert alors son maximum
d'intensité. C'est en septembre surtout qu'on trouve le plus
de feuilles atteintes, à des degrés divers. Les jeunes feuilles
peuvent être envahies dès leur épanouissement; pourtant,
lorsque les taches jaune orange s'y montrent, on voit géné-
ralement au-dessus d'elles deux ou trois paires de feuilles
plus jeunes, développées depuis l'infection. La vio-
lence du vent éparpille les spores et les dépose à d'assez
grandes distances sur des Caféiers ou d'autres arbres :
M. Ward, ayant déposé des toiles dans des plantations et
dans les environs, put, à l'aide du microscope, y constater
des quantités innombrables de ces germes.
Ces mêmes spores, trouvées sur des arbres voisins des
Caféiers, firent croire à plusieurs personnes que la maladie
de l'hémiléia attaquait aussi ces arbres, plantés soit à titre
d'abri pour le Caféier, soit par le fait du hasard. Le D' Tliwaites
(3 et 4) et Cooke (11, 12) ont les premiers fait justice de cette
opinion en démontrant que les lésions qui pouvaient for-
tuitement exister sur les feuilles, à côté de spores à'Hemi-
leia vastatrlv, étaient, en réalité, dues à des parasites tout
~ 20 -
à fait différents de ce dernier et, par suite, sans relation
aucune avec lui.
Vers la fin, et après la période de la mousson, en octobre
surtout, une grande quantité de feuilles malades tombent,
et l'arbre est à moitié dénudé. Aux Philippines, dans le dis-
trict de Lepanto (île de Lucon), après une première atteinte
en 1891 (36), les branches de Caféier ne conservaient que
deux ou trois paires de feuilles, au lieu de six à huit qu'elles
ont habituellement.
Ensuite, d'octobre à fin décembre, le mal s'atténue, mais
ne disparaît pas entièrement ; parfois môme la fin de cette
période est marquée par une recrudescence courte, mais
souvent intense de la maladie.
La saison sèche, qui à Geylan s'étend de janvier à fin
mars, est, en somme, le seul moment où Fcn ne voit que
peu ou pas de feuilles malades. Les vents alizés du nord-
est, qui sont secs, au moins pour la partie méridionale de
l'île, protégée par d'assez hautes montagnes, font alors sentir
leur action sur les Caféiers. La végétation ne tarde pas à se
ralentir, et, pendant cette période de repos relatif, la plante
achève dans ses tissus l'accumulation des réserves nutri-
tives, qui serviront plus tard à l'édification de nouvelles
feuilles et à la production des fruits. Pendant ces trois
premiers mois de l'année, les taches d'hémiléia, si elles ne
sont pas tout à fait absentes, cessent, en tout cas, de
s'étendre. En effet, la sécheresse de l'air arrête le dévelop-
pement du parasite et ce n'est que dans les bas-fonds, dans
les vallées étroites et humides, que la maladie se maintient
avec une assez faible intensité.
En avril-mai, l'atmosphère redevient humide, mais par-
fois le ciel reste serein; et comme l'air se maintient calme,
la précipitation de rosée pendant la nuit peut être abon-
dante. De ce moment, grâce à l'humidité, avec la reprise
de la végétation du Caféier, le développement des nouveaux
bourgeons, puis l'épanouissement et la fécondation des
fleurs, recommence une nouvelle période active dans l'évo-
— di-
lution de riiémiléia. x\lors, sur les feuilles oii le cham-
pignon végétait à l'état dormant, les spores reparaissent
et la maladie se répand à nouveau, pour acquérir, comme
nous Tavons dit, son développement le plus intense pen-
dant la mousson de septembre.
Des observations à peu près analogues ont été faites, aux
Indes néerlandaises, par M. Biirck en particulier i34). Et,
à part quelques différences qui tiennent à des causes exclu-
sivement locales, la maladie de Thémiléia se comporte par-
tout à peu près de même.
En résumé, comme beaucoup de maladies cryptoga-
miques, l'hémiléia procède par poussées, par invasions
successives, d'autant plus intenses et durables que les con-
ditions de chaleur et d'humidité se trouvent convenable-
ment et pendant plus longtemps réalisées. Ce sont elles,
on le conçoit, qui règlent la végétation du parasite.
Les feuilles sont, en général, envahies dès leur jeunesse;
mais il n'est pas rare, dans des conditions favorables de
développement, de voir le nombre des taches augmenter
sur des feuilles déjà adultes.
L'âge des Caféiers n'a aucune influence. Le D" Bidie a
observé la maladie (24) sur des Caféiers n'ayant encore que
leurs deux cotylédons.
Le préjudice causé à l'arbre n'est pas fatalement très
grave aux premières atteintes. La végétation faiblit, il est
vrai, plus ou moins. En effet, dans les parties qui corres-
pondent aux taches sur les feuilles, la fonction chlorophyl-
lienne et l'assimilation sont bien vite supprimées. Cette
perturbation que la présence du parasite détermine dans
la nutrition de la plante est en connexion étroite avec le
nombre et l'étendue des taches. La diminution de la récolte
en baies en est la conséquence; mais son importance est
assez variable. Sur les arbres très atteints les graines sont
mal venues, restent petites et souvent mûrissent mal. Aux
Philippines (36), à la suite de la première atteinte en 1891,
la récolte se réduisit à 35 % de ce qu'on espérait.
En même temps, la plante, dans laquelle raceiimulation
des réserves, hydrocarbonées surtout, a été réduite du
fait de la maladie, émet rapidement de nouvelles feuilles
pour remplacer celles qui sont tombées; de ce fait, la
plante s'épuise encore, et la déchéance devient bientôt très
apparente. Si, dès lors, les attaques graves se reproduisent
souvent et que chaque fois une partie du feuillage tombe
prématurément, si les conditions extérieures, humidité,
nature et qualité du sol, sont un peu défectueuses, l'état de
décrépitude s'aggrave de plus en plus. Et quand le Caféier,
pour reconstituer plusieurs fois une partie de son feuillage,
a utilisé peu à peu toutes ses réserves nutritives, réserves
que l'état misérable de sa végétation ne lui permet pas de
renouveler, il périclite brusquement et meurt au moment
de la saison sèche.
L'influence des engrais sur la marche et l'intensité de la
maladie n'a fait, à ma connaissance, l'objet d'aucune étude
spéciale; c'est une lacune qu'il serait urgent de com-
bler. D'après M. Lecomte (i), les cendres de bois répan-
dues aux pieds des Caféiers seraient fort utiles et aideraient
la plante à résister à l'action déprimante du parasite. Cette
matière renferme beaucoup de potasse sous la forme de
carbonate : on sait que c'est un élément indispensable à la
végétation du Caféier.
Au point de vue de la gravité de la maladie, l'étendue de
la plantation ne manque pas d'importance. L'hémiléia est
toujours plus répandu dans les grandes agglomérations de
Caféiers que dans les plantations moyennes, intercalées au
milieu d'autres cultures (35, a). C'est là, d'ailleurs, nous
l'avons dit dès le début de notre étude, un caractère com-
mun à toutes les maladies parasitaires, végétales aussi
bien qu'animales. L'encombrement est la cause efficiente
de leur généralisation. Une trop grande densité dans la
plantation agit dans le même sens.
De même, un excès d'ombrage, en diminuant l'aération et
(i) Revue des Cultures coloniales, n° 22, 5 février 1899, p. 80.
— 23 —
en augmentant rhumiclité de l'air, favorise le développe-
ment du parasite. Néanmoins, il est indéniable que des
rideaux de grands arbres convenablement orientés agissent
très heureusement contre l'extension de Fliéniiléia. En
effet, pour une localité donnée, on le conçoit facilement,
c'est suivant la direction du vent dominant que le parasite
se propage peu à peu à l'aide des spores charriées par le
courant aérien. Des abris suffisamment hauts arrêtent au
passage un nombre considérable de ces spores et beaucoup
d'entre elles se dessèchent et périssent sur place", avant
d'avoir atteint les Caféiers.
Il est à observer que lorsque le Caféier végète pour ainsi
dire à l'état de nature, dans un climat, sur un sol et à une
altitude convenables, qu'il ne subit aucune taille ou seule-
ment une taille modérée, il résiste bien en général à l'hémi-
léia, car il répare facilement ses pertes. C'est, de même,
par la qualité avantageuse du sol qu'il faut expliquer les
dégâts moins intenses dans les terres siliceuses et ferrugi-
neuses (39, p. 4), si elles sont assez profondes et bien drai-
nées. L'absence d'argile, ou une faible quantité seulement
de cette substance, est une circonstance favorable pour la
végétation du caféier, du moins le Caféier d'Arabie.
On comprend jjien maintenant l'influence néfaste des
conditions culturales défectueuses, aggravée encore quand
les arbres ont été plantés sur des sols que leur nature phy-
sique, chimique ou géologique rend ))eu propres à cette
culture. La nocivité de la maladie dans de send)lables con-
ditions vient toujours compliquer et augmenter l'état de
végétation précaire où subsiste la plante. M. Sadebeck (41)
a insisté particulièrement sur ce sujet. C'est à ce groupe de
causes qu'il faut attribuer sans doute l'abandon progressif
de la culture du Caféier au Natal, abandon qui s'étendra cer-
tainement à d'autres régions, en Afrique surtout, où le
Caféier a été souvent planté d'une façon un peu inconsi-
dérée, sans s'inquiéter suffisamment des conditions néces-
saires à sa réussite.
Ces causes d'ailleurs ne sont pas étrangères aux désastres
produits par Thémiléia à Ceylan, bien que d'autres raisons
qu'on pourrait qualifier d'extra-pathologiques aient amené
beaucoup de planteurs de l'ile à arracher systématiquement
leurs Caféiers, même encore en état de bon rapport.
Dégâts. — On peut juger de l'importance pécuniaire des
dégâts amenés par l'hémiléiasi l'on examine les statistiques
publiées sur Ceylan. En 1878, année particulièrement défa-
vorable pour le Caféier, la maladie aurait produit une perte
évaluée à 5o millions de francs. Et, pendant les dix années
qui ont suivi l'apparition de Vllemileia vastatriXy le préju-
dice éprouvé par les planteurs de Ceylan ne serait pas infé-
rieur à 35o millions (15). D'ailleurs, l'exportation du café, qui
y avait atteint le chiffre de 41-885.097 kilos en 1879, est
tombée à 9.067.292 kilos en 1884 et à 2.8i5.488 en 1893.
Depuis quelques années, la production se relève un peu,
mais l'introduction du Libéria, qui permet d'étendre à la
plaine la culture du Caféier, n'y est certainement pas étran-
gère. Il faut dire qu'à Ceylan le Caféier fut planté un peu
partout, que bien des terres à Caféier étaient, sinon de mau-
vaise qualité, du moins peu appropriées à cette culture,
qu'enfin on a soumis la plante à un régime épuisant pour lui
faire rendre le maximum de récolte par tous les artifices
possibles, taille, apport excessif d'engrais, etc. Puis, lorsque
l'hémiléia eut considérablement diminué les rendements,
sans qu'on connût encore de moyens bien pratiques de
réduire ses ravages; lorsque, en un mot, la culture devint
sensiblement moins rémunératrice, un revirement s'opéra,
la « fièvre du thé » s'empara des esprits. Presque partout le
thé fut substitué au Caféier; en 1879, déjà, un dixième des
surfaces de culture occupées par le Caféier donnait asile à
d'autres plantes, et surtout l'arbre à thé. Depuis cette
époque, la culture de cette dernière plante s'est répandue
de plus en plus, et, à l'heure actuelle, elle constitue la source
la plus importante des revenus de l'ile.
— 25 —
Histoire du champignon. — Le champignon qui produit
cette redoutable maladie de la feuille, VHemileia vastatrix,
appartient, avons-nous dit, à la famille des Urédinées.
M. Bùrck (34) a, il est vrai, professé une opinion différente;
mais les savantes et minutieuses recherches de ]\I. Marshall
A^'ard ne laissent subsister aucun doute sur la place
qu'occupe le champignon dont nous parlons, dans la classi-
fication mycologique. C'est dans le même groupe que se
rangent les Piiccinia, les Uromyces^ etc., et, en général, les
champignons qui produisent les « rouilles » des plantes
sauvages ou cultivées.
Étudions maintenant l'histoire biologique de ce parasite.
Elle a été établie par les observations et les expériences de
nombreux botanistes et mycologues, surtout Berkeley, le
D' Thwaites, Cooke, R. Abbay, le D' Morris, Thyselton Dyer,
Marshall Ward, Biirck, Sadebeck, dont j'ai énuméré plus
haut les travaux les plus importants.
Les premières spores, les plus nombreuses sur la plante
vivante et les plus anciennement connues forment les amas
orangés que nous avons signalés à la face inférieure des
feuilles malades. Ces amas constituent Vuréclo et ces spores
de l'urédo sont nommées par les mycologues urédospores.
L'emploi du microscope est nécessaire pour les observer, de
même que toutes les particularités de la structure intime du
champignon.
Ce n'est que lorsque le mycélium, c'est-à-dire l'organe
filamenteux formant l'appareil végétatif du champignon,
s'est déjà bien avancé dans l'intérieur du tissu de la feuille
et l'a intimement pénétré, qu'on voit apparaître les urédo-
spores. Elles sortent en petits bouquets un peu élargis du
parenchyme de la feuille par l'ouverture des stomates.
Ces urédospores, d'abord hyalines, à peu près lisses, sont
produites à l'extrémité de filaments du mycélium situés
dans le voisinages des stomates et qui, agglomérés en une
26
Fig. j. — Bouquet d ui'édospo
res jeunes sortant par l'ori-
fice d'un stomate : Vr, uré-
dospores ; Pa. paraphyses
My, mycélium.
masse dense, sortent par Fouverture de ces organes (fig. .)).
Ces filaments portent d'abord un léger renflement hyalin, à
leur sommet; celui-ci augmente bientôt de volume; et, tout
en conservant sa transparence, il
se sépare par une cloison trans-
versale du reste du filament.
L'urédospore esl alors difleren-
ciée du mycélium, et elle persiste
jusqu'à la fin de son évolution
constituée par une cellule unique.
Bientôt, elle augmente de volume ;
à peu près arrondie au début, elle
acquiert une forme ovale, plus ou
moins régulière, s'atténuant sou-
vent un peu vers la base, son poinl
d'insertion sur le filament. Puis la surface et le contenu
de la cellule d'urédospore se modifient complètement.
Au début, les urédospores sortent de l'ouverture du
stomate en une masse arrondie, étranglée à sa base,
formée des filaments fertiles. A mesure que leur volume
augmente, elles se compri-
ment réciproquement ; celles
du centre s'allongent un peu,
les périphériques prennent la
forme d'une pyramide tron-
quée, à base supérieure arron-
die, ainsi que la face externe,
tandis que les deux faces in-
ternes s'aplatissent. Parfois,
les filaments qui touchent les
bords de l'ouverture du sto-
mate et sont comprimés par
elle ne semblent pas évo-
luer, par leur extrémité. Ils se modifient peu, s'arron
dissant et s'élargissant un peu seulement par leur som
met sans prendre nettement le caractère des urédo'
Fig. 4. — Groupes d'urédospores : à
gauche, vues de profil ; à droite, de
face. A droite et en bas, vues par
dessous avec les paraphyses au cen-
time ; à droite et en haut, vues par
dessus.
— 27 —
spores. Ce sont là, autant que j'ai pu m'en rendre
compte par l'examen d'échantillons malheurevisement déjà
un peu secs, les organes décrits par R. Abbay(15) sous le
nom de cystides. Ces sortes de paraphyses ne sont pas
rares chez les Urédinées. On les voit, en particulier, bien
développées, dans les Melampsora ^ voisins du genre Hc-
inileia. Là, comme partout où on les rencontre dans cette
famille de champignons, leur origine n'est pas différente
de celle que je crois devoir leur attribuer chez VHemileia
vastatrix : ce ne sont que des urédospores avortées, arrê-
tées dans leur développement, comme Ta déjà déclaré
M. Massée (47).
Enfin, les urédospores acquièrent leur forme et leurs
dimensions définitives, en même temps que la membrane
se différencie en deux couches, toutes deux hyalines :
l'externe épaisse, l'interne très mince et en contact immé-
diat avec le contenu cellulaire. La face externe de l'uré-
dospore se bombe, devient plus convexe,
en se couvrant d'un grand nombre de
petites verrucosités obtuses, de 3 ou 4 [J-
de haut (i). La surface interne, qui au
début est sensiblement formée de deux
plans, se creuse un peu, mais elle reste à
peu près complètement lisse (d'où Téty-
mologie du terme Hemileia : Jieiui^ à demi
et leios, lisse).
A l'état adulte, la spore dont la surface
externe est nettement convexe, et Tin-
terne concave, a souvent ainsi une ap-
parence réniforme. Pendant que ces
modifications se sont opérées dans la
forme, le contenu de l'urédospore s'est
transformé aussi. On y voit apparaître
dès le début des corpuscules incolores arrondis : ce sont
^. :"). — Urédosiio-
res à' Hemileia vas-
tatrix. Eu haut la
mise au point du
microscope a été fai-
te sur le contenu de
l'urédospore; en bas,
sur la surface.
(i) Le |x est l'unité do mesure pour les objets vuf
?quivaul à un millième de millimètre.
:roscopc
il
— 28 —
des vacuoles remplies de liquide cellulaire, ce que M. Van
Tieghem a appelé des hydroleucites, noyées dans un proto-
plasma granuleux. Dans celui-ci se montrent bientôt des
granulations de couleur jaune d'or ou orangé, ainsi que
quelques sphérules plus volumineuses, remplies d'un liquide
oléagineux et colorées en jaune vif. Ce sont les corpuscules
et les sphérules colorés qui impriment à l'urédospore et par
suite à la tache d'hémiléia sur la feuille une couleur
orangée (fig. 4 et 5).
L'urédospore étant tout à fait mûre, l'extrémité du fila-
ment sur lequel elle a pris naissance se gélifie et l'urédo-
spore se détache. Elle reste sur la tache ou dans son voisi-
nage, ou bien elle tombe sur
la face supérieure d'une feuille
placée au-dessous ; souvent
aussi le vent l'entraîne au loin.
A ce moment, en tous cas, elle
est apte à germer et elle peut
atteindre 35 tj. dans sa plus
grande dimension; mais, en
moyenne, les urédospores ne
dépassent guère 3o ;;..
Les urédospores ancienne-
ment formées, qui tombent sur
la tache et y persistent, se dé-
colorent peu à peu en vieillis-
sant et deviennent à peu près
hyalines, tout en conservant
les aspérités de leur surface.
Lorsque l'urédospore mûre
de V Hemileia vastatrix se
trouve dans des conditions
convenables de température et
d'humidité, elle germe rapidement. La germination s'établit
en général par deux points opposés (fig. 6) où l'exospore
s'amincit et d'où sort un filament limité par l'endospore
Fig. 6. — Germination des urédo-
spores d'He/nilcia i>astatrix . A
gauche, stade du début ; l'g. fila-
ments germinatifs ; au milieu, à
une période plus avancée ; à droite,
extrémité d'un filament gcrminatif
déjà développé. (D'après M. Mar-
shall Ward.^
— 29 —
très ténue. On peut voir parfois plusieurs spores germina-
tifs, et M. Marshall Ward en a compté jusqu'à cinq. Le
contenu de l'urédospore s'éclaircit, et lorsque le filament
germinatif a acquis une certaine di-
mension, les granulations colorées de
Furédospore ont quitté la cavité de celle-
ci pour se rendre dans le filament. Le
filament germinatif peut se ramifier,
mais il ne se cloisonne pas toujours.
Souvent son extrémité est un peu ren-
flée, simulant une spore secondaire
(fig. 7). Puis, lorsque la germination a
acquis une certaine longueur, si elle
s'est effectuée sur la face inférieure
d'une feuille de Caféier, le filament s'in-
sinue par son extrémité dans l'ostiole
d'un stomate (fig. 8). Bientôt, tout en se
ramifiant, il progresse peu à peu entre
les cellules superficielles, détruisant de proche en proche
la substance qui les unit. L'in-
fection est alors opérée.
M. Marshall Ward a pu se
persuader, par une observation
attentive des infections qu'il
opérait en déposant des uré-
dospores sur la face inférieure
de feuilles de Caféier, que la
germination de cette urédo-
spore peut commencer même
avant 24 heures. Le jour sui-
vant, le filament germinatif
atteint les stomates, et, au troisième jour, le mycélium a
déjà pénétré entre les cellules de la feuille. C'est à la tem-
pérature de 24° centigrades environ que cette germination
de l'urédospore s'accomplit aussi rapidement, dans un
milieu riche en humidité. Ce sont là les conditions optima
Fig. 7. — Extrémités
de filaments germina-
tifs d'urédospores
d'/fe?ni/eia castatrix.
Germinations artifi-
cielles comme pour la
fig. 6. (D'après M.
Marshall Ward.)
.-Ur
Fig. 8. — Pénétration d'ui
ment germinatif d'uiédo
A'Hemileia vastatii.v ]);
stomate. (D'après M. M;
Ward.)
.hall
— so-
dé développement du parasite; elles se trouvent souvent
réalisées dans les régions chaudes au moment de la saison
pluvieuse, et on comprend alors que cette période soit aussi
celle de l'extension rapide de la maladie.
Les filaments germinatifs d'urédospore ne semblent pas
capables de perforer directement la cuticule saine de la
feuille et, en somme, de pénétrer celle-ci autrement que
par les ouvertures naturelles des stomates. M. Ward n'a
pu opérer l'infection par la face supérieure de la feuille, à
peu près dépourvue de stomates, qu'en enlevant au préa-
lable par une coupe tangentielle la cuticule de la feuille et
en mettant à nu le parenchyme sous-jacent.
M. Bûrck, qui a contribué aussi pour une bonne partie à
étendre nos connaissances au sujet de V Hemileia vasta-
Irix (34), a précisé le temps strictement nécessaire pour que
les urédospores puissent germer en présence de l'eau ; il
l'estime à une durée de contact de 2 heures 20 minutes en
moyenne. Il a montré, de plus, que pour les feuilles étalées
et ayant par suite dépassé l'état tout à fait jeune, c'est plus
souvent vers la pointe que se produisent les nouvelles
taches. On doit, en effet, considérer que les urédospores
tombent en général sur la face supérieure de la feuille et
qu'entraînées par les eaux pluviales, c'est dans la partie la
plus déclive, à la pointe seulement, que les gouttes d'eau
qui les contiennent séjournent assez longtemps pour que la
pénétration s'opère.
D'autres observations de M. Biirck nous ont également
fourni une des raisons pour lesquelles les feuilles jeunes
et encore enroulées sont bien plus vulnérables ^vis-à-vis
de l'hémiléia. Leur position permet, en effet, à l'eau d'y
persister plus longtemps et aussi de mouiller plus faci-
lement la face inférieure garnie de stomates, déjà suffi-
samment différenciés, par lesquels se fait l'infection.
C'est pourquoi Ton voit tant de jeunes feuilles atteintes
toutes les fois que l'hémiléia sévit avec quelque intensité.
Les premières observations faites au sujet de la germi-
- 31 —
nation des iirédospores par le D"' Thvvaites et M. Abl)ay (15)
diffèrent sensiblement de celles de M. Ward. Ce que
M. Ward regarde comme une urédospore, et c'est mainte-
nant l'opinion généralement admise, était considéré par
M. Abbav comme un sporange, d'où il voyait sortir des
spores. Ces observations, contestées d'abord par M. Morris
(20), n'ont pas été vérifiées depuis ; on doit les considérer
comme des erreurs d'observation, et les prétendues spores
de M. Abbay ne sont peut-être pas autre chose que les
sphérules du contenu de l'urédospore, expulsées de celle-ci
par la déchirure de la mendjrane, à la suite d'une pres-
sion de l'objectif du microscope sur la lamelle couvre-
objet. De plus, M. Abbay aurait vu ces mêmes spores,
issues du prétendu sporange, germer par la production
d'un fdament, dont le sommet portait des chapelets de
petites spores secondaires disposées comme les conidies
d'un Pénicillium. Cette notion a d'ailleurs fait douter à un
esprit éclairé comme l'était Berkeley que Yllciitilcia vasla-
trix fût une Urédinée, un tel mode de germination ne pa-
raissant guère admissible pour une urédospore. Mais
comme M. Abbay n'a jamais pu obtenir d'infection sur les
feuilles vivantes de Caféier avec cette forme Pénicillium, je
considère avec M. Ward que c'est là un organisme étranger
à VHemileia vastatrix. Je pense que ce n'a pu être qu'une
impureté qui s'est glissée dans les cultures, sans doute
même le Pénicillium, glaucum, cette moisissure verdâtre
qu'on observe partout à la surface du globe sur les matières
organiques exposées à l'humidité et qui constitue vrai-
semblablement l'espèce la plus répandue dans la classe des
champignons.
Si les urédospores ont été desséchées pendant quelque
temps, il faut attendre un temps variable avant l'apparition
de tout indice de germination, et celle-ci s'établit dans ce
cas avec une lenteur proportionnée à l'état de sécheresse
de l'air ambiant. Les urédospores formées au début de la
saison sèche se trouvent précisément dans ce cas, et cela
— 32 —
nous explique Tatténuation qu'on observe dans le déve-
loppement de la maladie dès le commencement de cette
période.
Dans Tair sec, les urédospores peuvent rester vivantes
plusieurs semaines sans entrer en germination. C'est ainsi
que des échantillons de feuilles de Caféier atteintes d'hé-
miléia ont pu, en 1882, être envoyés de la Réunion en
Angleterre, à Kew, et de là expédiés à Strasbourg, sans
que les urédospores qu'elles portaient eussent perdu leur
faculté germinative, puisqu'elles développèrent des fila-
ments lorsqu'on les plaça dans les conditions requises de
chaleur et d'humidité.
Des températures extrêmes, trop basses ou artificielle-
ment trop élevées, sont défavorables aux urédospores.
Elles arrêtent leur germination et les tuent en peu de
temps.
De môme, un certain nombre de substances sont suscep-
tibles d'empêcher la germination des urédospores ou de
tuer les jeunes mycéliums qui en sortent. M. Ward cite, à
ce propos, les solutions faibles d'acides et d'alcalis en
général, l'acide sulfureux, l'acide phénique, déjà recom-
mandés à l'état de vapeurs, par plusieurs auteurs pour le
traitement de l'hémiléia, comme nous le verrons plus loin.
Mais on doit retenir en première ligne le jus de tabac,
expérimenté par M. Biirck (34), et surtout les préparations
cupriques. jNI. Sadebeck (41) a étudié comparativement, dès
1889, l'action du jus de tabac et de la bouillie bordelaise
sur les urédospores de V Hemileia vastatrix. Il a constaté
que la bouillie bordelaise tue les urédospores en quelques
minutes ; l'action du jus de tabac est identique, mais elle
est plus lente. Ces observations ont été le point de départ
du traitement le plus actif que l'on puisse conseiller actuel-
lement contre l'extension de l'hémiléia.
Lorsque l'infection est réalisée, c'est-à-dire lorsque le
filament germinatif de l'urédospore a pénétré le paren-
— 33 —
chyme de la feuille de Caféier, il se passe un certain temps,
nous l'avons déjà dit, avant qu'une modification extérieure
quelconque vienne indiquer la présence du parasite, bien
que l'analyse microsco])ique permette déjà de la déceler
sûrement. M. Ward considère qu'en général c'est vers le
1 4' jour que la tache se montre avec évidence ; peu distincte
au début pour un œil non exercé, elle prend bientôt la
teinte jaunâtre et produit les urédospores caractéristiques.
Pourtant, le môme auteur l'a vue apparaître dès le 9' jour,
dans des cas particulièrement favorables pour le parasite
et sur des feuilles très jeunes et succulentes; d'autres expé-
riences lut ont prouvé que la sécheresse allonge notable-
ment la durée de cette période (29). Il résulte aussi de ses
observations que la variété de Caféier n'est pas sans impor-
tance, non plus que l'âge de la feuille, puisque sur les
feuilles adultes la tache n'est guère visible avant le 17' jour.
Ces différences dans l'évolution de l'hémiléia s'expliquent
d'ailleurs sans dilliculté, par cette raison que, chez les
feuilles jeunes, la minceur et le défaut d'incrustation des
membranes facilitent singulièrement l'extension du mycé-
lium; et, de ce fait, la période d'incubation de la maladie se
trouve raccourcie. D'un autre côté, il est indiscutable que
ces deux conditions d'épaisseur et d'incrustation des mem-
branes varient sensiblement d'une variété à une autre.
La notion de la durée d'incubation de l'hémiléia a per-
mis à M. Biirck (34) de fournir l'explication de ce fait, facile
à vérifier : que la maladie paraît en général plus intense sur
la troisième paire de feuilles à partir du sommet du rameau
que sur toutes les autres, alors qu'à ce moment les deux
premières paires non déroulées semblent souvent encore
indemnes. Cela tient à ce que les feuilles de la troisième
paire, qui sont alors en général étalées, ont été infectées très
jeunes dans le bourgeon, et que pendant le temps où les
deux paires supérieures se sont montrées, l'hémiléia a
atteint sur la troisième paire sa période aiguë, période
pendant laquelle la production d'urédospores est à son
3
— 34 —
maximum. A ce moment, sur les deux premières paires, au
contraire, Tinfection, quoique souvent réalisée, peut n'a-
voir pas dépassé la période d'incubation où elle n'est pas
encore apparente.
La tache une l'ois visible, les urédospores sortent par les
stomates au bout de très peu de jours, et d'autant plus
rapidement que les conditions extérieures sont j)lus avan-
tageuses pour la végétation du parasite. Les urédospores se
détachent à mesure qu'elles mûrissent, et en même temps
de nouvelles surgissent à leur place. La production des
urédospores pourrait ainsi durer sur une tache de lo à
16 semaines et même plus '29;.
Le nombre des urédospores produites est très considé-
rable ; M. Ward aurait pu en compter sur une seule tache
jusqu'à iSo.ooo. Elles sont toujours plus nombreuses sur
les jeunes feuilles, à cause du foisonnement plus abondant
et plus rapide du mycélium.
Le mycélium d'Hcniileia vaslatrix est constitué par le
développement du filament germinatif de l'urédospore dans
les tissus de la feuille du Caféier. 11 a été vu dès les j)re-
mières observations, mais c'est encore à ]\L Marshall AVard
que nous en devons une étude approfondie (28). Je me j)er-
mets d'ajouter quelques observations personnelles sur ce
sujet.
A l'état jeune, ce mycélium est grêle, formé de filaments
hyalins, ramifiés, sobrement cloisonnés, assez souvent rem-
plis d'un protoplasma finement granuleux. Il pénètre entre
les cellules, les dissocie en détruisant à l'aide de ses sécré-
tions le ciment qui les unit (fig. 9). Quand il rencontre sur
sa route des espaces intercellulaires, il les comble en pro-
duisant souvent de courtes ramifications un peu irrégu-
lières de forme, plus ou moins renflées au sommet, ce qui
donne un peu à cette masse une apparence coralloïde. La
dimension moyenne des filaments est d'environ 6 ]}. en dia-
mètre.
Des coupes transversales un peu fines, faites dans une
feuille atteinte, permettent de voir la pénétration du mycé-
lium dans rintérieur des cellules de la feuille. Les filaments
Fig. 9. — Mycélium A' llemileia vastatrix. A gauche, coupe transversale dans une
l'cuille atteinlo : E.s., épiderme de la face supérieure de la feuille ; My, mycé-
lium ; Se, ses suçoirs. — A droite, pénétration des suçoirs dans les cavités
fcllulaircs : mêmes lettres. (La figure de droite d'après M. Marshall Ward.)
y envoient des rameaux, agencés comme de véritables su-
çoirs, en général étroits, courts et trapus, brusquement
renflés en général, arrondis à leur sommet et possédant un
contenu chargé de granulations brillantes. Pour une cellule
donnée, leur nombre est variable. On n'en rencontre en
général qu'un ou deux; mais sur des feuilles très atteintes,
on peut voir des cellules dont les parois sont pénétrées de
toutes parts.
La première manifestation du parasitisme sur la cellule
vivante est le changement de couleur des plastides chloro-
phylliens qui peu à peu jaunissent. A mesure que le suçoir
s'accroît dans l'intérieur de la cellule parasitée, le contenu
de celle-ci perd progressivement les caractères qui le dis-
tinguent dans les éléments vivants et il ne tarde pas à périr.
Il se contracte et se coagule en une masse, d'abord faible-
ment colorée, mais prenant ensuite une teinte brunâtre
plus prononcée, à laquelle participe moins fortement l'en-
veloppe de la cellule. Parfois, cependant, on trouve des
— 36 —
cellules d'oîi le protoplasme disparaît à peu près complè
tement et est remplacée d'abord par un liquide aqueux,
puis par de l'air.
Le rôle du suçoir cesse alors, car V Hemileia vastatrix,
comme les Urédinées en général, étant un parasite dans
toute l'acception du mot, ne végète qu'aux dépens de la
matière vivante. Pendant ce temps le mycélium se développe
vers la périphérie de la tache, s'avancant de proche en
proche dans les parties vivantes du parenchyme foliaire.
Néanmoins son extension n'est pas indéfinie, car nous
savons que la dimension de la tache ne dépasse pas une cer-
taine limite.
Les portions du mycélium qui sont les plus voisines de
la lace inférieure de la feuille s'amassent dans la chambre
postérieure des stomates; ils s'y enchevêtrent étroitement
les uns dans les autres et forment des corps arrondis,
opaques, dont la nature a été expliquée par M. Morris (20).
Ces organes, fréquents chez les champignons, ont reçu le
nom de stromas; ils sont le résultat d'une différenciation
plus ou moins marquée du mycélium qui peut arriver à
simuler un véritable parenchyme. La portion de ces stromas
la plus voisine de l'ouverture des stomates émet des fais-
ceaux de filaments hyalins, libres, qui sortent en gerbe par
l'ostiole. Ce sont les pédoncules des urédospores qui vont
se différencier à leur sommet, ainsi que je l'ai décrit ci-dessiis.
Plus tard, quand la production des urédospores a cessé
sur les taches, M. Marshall Ward y a observé (28) la forma-
tion d'une seconde espèce de spores, les téleutospores
(spores tardives), qui se rencontrent assez généralement
chez les Urédinées. Leur mode de formation est le même
que celui des urédospores, auxquelles on les trouve d'ail-
leurs souvent mélangées. Comme celles-ci, elles prennent
naissance à l'extrémité de courts stérigmates, qui sont de
même des ramifications ultimes du mycélium et sortent par
les stomates en un faisceau un peu divergent à partir de
Tostiole d'oîi il émerge. Encore jeunes, et dès leur appari-
tion hyalines et arrondies, elles ressemblent à s'y méprendre
à des urédospores envoie de formation; mais leur évolution
ultérieure va les en différencier nettement. A l'état adulte,
et lorsqu'elles sont fraîches, leur contenu montre de nom-
breuses granulations de couleur orangé vif, mais leur forme
est différente de celle des urédospores; elles sont irréguliè-
rement arrondies, ou plus souvent en forme de toupie un
■■-'■S;,d
Fig. 10. — Téleutospores d Ilemileia vastadi.v ci leur germination. An milieu,
deux téleutospores mûres ; à gauche, la germination normale : Pr, promycé-
lium ; Spd, sporidie ; Stg, son stérigmate. A droite, promycélium isolé dont la
cellule terminale a donné deux sporidies. (D'après M. Marshall Ward.)
peu surbaissée, plus larges et moins hautes que les urédo-
spores. L'exospore est aussi moins épaisse et absolument
lisse (fig. lo). Ce sont bien, sans doute, des téleutospores
qu'a vues Cooke (9), quand il déclare qu'en vieillissant les
urédospores perdent les aspérités de leur surface, ce qui
est contraire à la réalité des faits.
La téleutospore germe sur place et d'une façon toute dif-
férente de l'urédospore, comme nous le verrons tout à
l'heure. Ces téleutospores sont toujours beaucoup moins
nombreuses que les urédospores.
La production des téleutospores est la dernière manifes-
tation de l'activité du mycélium du champignon parasite.
C'est sans doute pour cette raison qu'on les voit naître le
plus souvent dans les portions centrales de la tache. Dans
cette région, en effet, les cellules de la feuille complètement
mortes sont devenues incapables de nourrir le mycélium
— 38 —
qui les a peu à peu épuisées, les amenant à la déchéance
finale. Avant de périr, comme les cellules de son hôte qu'il
a tuées, ce mycélium produit alors ses téleulospores.
C'est au moment où elles sont formées que la tache prend,
vers son milieu, cette teinte grisâtre, indécise, qui succède
à une coloration plus foncée. Ce phénomène s'explique faci-
lement : A cette période, on rencontre sur la tache un nombre
assez restreint de téleutospores orangées, mêlées à de nom-
breuses urédospores anciennes et pour la plupart décolo-
rées ; la teinte qui en résulte se superposant à la coloration
faiblement brunâtre du tissu détérioré et en partie rempli
d'air, il en résulte pour l'œil l'impression d'une tache d'un
blanc grisâtre ou plutôt de couleur indéfinissable.
Après la formation des téleutospores, on rencontre sou-
vent, sur les taches, d'autres petites espèces de champi-
gnons qui vivent sur les parties mortes et parachèvent défi-
nitivement leur destruction. Ils ne sont en aucune façon
parasites, ni liés de quelque manière que ce soit au cycle
de développement de VHemileia vaslatrix.
Les téleutospores peuvent germer sur place, encore atta-
chées à leur support, sur la feuille même, si elles se trou-
vent dans des conditions convenables de chaleur et d'humi-
dité. Elles émettent à leur sommet un filament germinatif
de nature spéciale, le promycélium, qui ne prend qu'un
développement limité. Cet organe ne se ramifie j)as ; son
enveloppe mince et transparente est le prolongement de la
membrane interne de la téleutospore dont il est issu.
Lorsque le promycélium est devenu six ou huit fois plus
long que la téleutospore et que le contenu de celle-ci a, en
grande partie, émigré dans la cavité du filament, trois cloi-
sons transversales apparaissent et divisent ainsi le promy-
célium en quatre cellules. Chacune d'elles pousse dans le
voisinage immédiat de la cloison qui la limite une ramifi-
cation latérale grêle. L'extrémité de ces rameaux se renfle
en une petite masse sphérique ouovalaire, à contenu orangé
finement granuleux et montrant souvent dans sa masse
— 39 —
une grosse vacuole arrondie et incolore. Ce sont des sporei-
secondaires, les sporidies. Leur menibrare est mince,
hyaline et lisse; leur dimension est beaucoup plus faible
que celle de la téleutospore. La cellule terminale du pro-
mycélium produit sa sporidieà son sommet, et, occasionnel-
lement, elle peut donner naissance à deux sporidies qui
sont placées côte à côte (fig. lo).
Détachées de la feuille, les téleutospores germent facile-
ment dans Feau pure, Teau sucrée faible et d'autres liquides
de composition plus complexe. La longueur du promycé-
lium, variable avec le milieu de culture, y est toujours plus
grande que dans la germination spontanée de la téleuto*
spore sur la feuille.
Les sporidies, une fois
mures, germent aussitôt
dans l'eau et divers liqui-
des nutritifs. Le phéno-
mène s'accomplit tout
aussi facilement quand
elles sont encore fixées Fig. n. — Goniunalioii des sporidies d7/c-
au promycélium. Elles ""''"'" "f"u'" ' "' ''''''"' ^'d!!'ïf 'Z
i J h, c el (i, phases successives de la ger-
émettent un filament très mination.
délié qui atteint en lon-
gueur environ quatre fois le diamètre de la sporidie
(fig. II). M. Marshall Ward, à qui nous devons toutes ces
observations (27, 28), a pu réaliser la germination des spo-
ridies sur des feuilles de Caféier vivantes; mais il ne les a
jamais vues pénétrer les tissus et produire une infection
quelconque, comme on y arrive facilement avec des ger-
minations d'urédospores. Aussi déclare-t-il ignorer le sort
ultérieur des germinations de sporidies et le rôle de ces
organes, rôle qu'il y aurait grand intérêt à établir, nous
allons voir de suite pourquoi :
En dehors des urédospores et des téleutospores, on sait
qu'un bon nombre d'Urédinées montrent encore deux
autres formes de spores naissant dans des réceptacles
— -40 —
spéciaux, lesquels, dans Tordre ordinaire de leur apparition,
sont la spermogonie ou aecidiole et l'secidium. Les quatre
formes se suivent régulièrement : la production de sper-
mogonies et d'sccidiums étant liée à la pénétration des ger-
minations de sporidies nées de la téleutospore, Turédo
prenant naissance lors de sa première apparition après la
pénétration du filament germinatif d'une spore d'tpcidium.
On n'a pas constaté sur le Caféier la présence de spermo-
gonies ni d'œcidiums, mais cela ne prouve nullement que
VHemileia vastatrix soit dépourvu de ces deux formes. Il
faut considérer, en effet, que, chez un certain nombre d'Uré-
dinées, les formes spermogonie et œcidium d'un côté, urédo
et celle à téleutospores de l'autre, ne peuvent prendre nais-
sance que sur deux plantes différentes et qu'en pareil cas
les spores d'œcidium, pas plus que les téleutospores, ne
sauraient infecter la plante sur laquelle ils végètent. Or,
d'après M. Marshall Ward, c'est le cas des téleutospores
de V Hemileia vastatrix. On voit donc que l'hypothèse émise
plus haut n'est nullement dépourvue de vraisemblance. Je
ne vois pas pourquoi, en tout cas, on devra de préférence
rechercher ces formes spermogonie et fccidium sur des
Rubiacées, comme le conseille M. Marshall Ward (29),
plutôt que sur des plantes d'une autre famille. En effet,
dans les Urédinées qui établissent la série de leurs fruc-
tifications sur deux hôtes différents, ceux-ci sont sou-
vent botaniquement fort éloignés l'un de l'autre. Tel est,
par exemple, le cas du Puccinia graminis, qui cause la
rouille la plus commune des céréales : il donne sa spermo-
gonie et son oecidium sur l'épine-vinette, son urédo et ses
téleutospores sur le blé, l'avoine et un certain nombre
d'autres graminées. Quoi qu'il en soit, il y a là, on le com-
prend, une lacune dans nos connaissances au sujet de
VHemileia vastatrix; et ce n'est que lorsqu'elle sera com-
blée que nous serons exactement renseignés sur les dif-
férents modes d'infection du Caféier par la maladie de
l'hémiléia.
— 41 —
L'hémiléia attaque toutes les variétés du Caféier d'Arabie,
mais il en est parmi elles qui sont plus sensibles à son
action : telle est la variété Maragogipe (38). D'origine bré-
silienne, c'est-à-dire d'une région jusqu'ici indemne de la
maladie, il semblait que sa croissance rapide, la dimen-
sion notable de ses feuilles, dussent lui permettre de ré-
sister sufïisamment à la maladie (39, p. 89). En réalité, il
n'en est rien, et, transportée hors de sa patrie, elle a mon-
tré le grave défaut de souffrir beaucoup de l'hémiléia.
On sait depuis longtemps (25 a) que le Caféier de Libéria
est aussi fréquemment atteint que le Caféier d'Arabie,
Comme on le plante assez souvent dans des terrains bas et
un peu humides, cet habitat y facilite l'extension du cham-
pignon; mais la puissance de végétation de la plante lui
permet d'en souffrir beaucoup moins. La chute des feuilles
est moins fréquente que chez l'Arabica, et c'est à cette cii •
constance surtout que le Libéria doit le développement
pris par sa culture depuis quelques années.
Il est remarquable que les hybrides d'Arabica et de
Libéria jouissent d'une immunité bien plus grande que celle
des parents. Aussi a-t-on cherché à répandre à Ceylan
depuis quelques années les hybrides du Libéria et de la
variété Maragogipe de l'Arabica. Il en est de même à Java,
pour l'hybride de Libéria, et de la variété Java qui se
greffe bien sur le Libéria et y pousse vigoureusement. Mais
le grand défaut de ces hybrides de Libéria et d'Arabica,
défaut que la culture n'a pas encore corrigé, c'est de four-
nir des graines bien moins appréciées au point de vue
commercial que celles des variétés de l'Arabica. D'un autre
côté, le café Leroy, de Maurice et de la Réunion, considéré
par beaucoup de botanistes comme une espèce spéciale
[Coffea laiiriiia) et que M. Raoul croit être un hybride du
Café marron [Coffea mauritiana) avec l'Arabica est atteint,
lui aussi, par l'hémiléia, mais peu gravement (32, 42 b). Le
D^ Thwaites(3) et M. M. Ward (28) ont également trouvé le
champignon à Ceylan sur le Coffea travancorensis^ qui vit
— 42 —
à Tétat sauvage dans les jungles, et, actuellement, riiémi-
léia est très répandu sur cette espèce {35 e^
Enfin, il est démontré que l'hémiléia peut aussi se mon-
trer sur des Rubiacées autres que celles du genre Coffea.
Le D' O. Warburg (41, 43j Fa vu, dans le jardin de Bui-
tenzorg (Java), attaquer diftérentes espèces du genre Gardé-
nia dans le voisinage de Caféiers malades. A Ceylan, on a
signalé aussi l'hémiléia, mais avec doute, sur une autre
Rubiacée, Diplospora spliœrocarpus (35 c).
Répartition de la maladie. — L'hémiléia, observé à Ceylan
en i8(i8, s'y est vite généralisé. L'année suivante, il attei-
gnait la péninsule indoue (21), dont les plantations furent
envahies en peu de temps. Il était à Sumatra en 1876(49);
bientôt après, en 1879, Java était contaminé (17, p. 89
et i.)o), puis les îles Fidji (22), Maurice (1880), la Réu-
nion (1880,). Natal a été atteint sans doute vers 1878. Pour
Madagascar, oîi la maladie est déjà assez ancienne, je n'ai
pas trouvé de documents pour en préciser la date. En lout
cas, des feuilles apportées par le D'' Keller en i88(S, de
Madagascar à Zurich, présentèrent à l'examen du D"" Cra-
mer les fructifications du champignon iD'" Gœldi, Relato-
rio sobre a molestia do caffeeiro na provincia do Rio de
Janeiro, 1887, p. 100). Au Tonkin, il a été signalé en 1888
par Balansa [Revue niijcoîogique, 1888, p. 78). Les récentes
plantations de l'Afrique orientale allemande, dans l'Ou-
sambara, présentaient des traces évidentes de l'hémiléia
en 1894 (40), et on vient de le signaler à Zanzibar [Revue des
Cultures coloniales, n"du j janvier 1900). Raoul déclare con-
taminés ou fortement suspects Bornéo et la JNIalaisie (39).
Les Philippines sont envahies depuis 1890 ou 1891 (36).
Aux îles Samoa, on l'a récolté en 1894 (llarkness, in
North American Fungi, n° 8198, de Ellis et Everhart). Enfin,
M. Sadebeck (41) et M. Hennings (43) croient Vlleniileia
vastatrix indigène dans le centre africain, et j'avoue qu'il
me paraît difficile d'admettre qu'il en soit autrement. En
— 43 —
effet, dans la région du lac Vicloiia-Nyanza, où le Caféier
d'Arabie a été trouvé depuis longtemps (1861), par l'explo-
rateur Grant, à Tétat sauvage, on y a depuis lors observé
à deux reprises TUrédinée du Caféier. Le D'" Fischer Ta
vue le premier, puis |)lus lard le l)"^ Stuhlmann (1897). Le
second l'a récoltée sur la rive occidentale du lac à Bukoba,
dans la partie la plus éloignée de l'Afrique orientale alle-
mande. La plante hospitalière serait une variété nouvelle
du Caféier d'Arabie, Coffca arctbicd var. ShihlnKiiiiii, d'a-
près le D'' Warburg.
En somme, à Tlieure actuelle, on ne considère comme
indemnes que la côte occidentale d'Afrique, la Nouvelle-
Calédonie et toute l'Amérique avec les Antilles (44, 46 .
M. P. Hennings (50, p. 171) indique le Guatemala comme
étant contaminé. Peut-être y a-t-il erreur. La maladie qui
y sévit serait due au SliWuni fUividuni^ dont nous parlerons
plus loin [Tropical Agriculturist, i'"' mars 1897, p. 63 1).
J'ajouterai que INI. F. V. Morren, dans un ouvrage tout
récent [KoffiecuUuur in Giuitemcthi^ Amsterdam, 1899), ne
fait aucune allusion à la présence de l'hémiléia et qu'il cons-
tate que, dans ce pays, on ne rencontre sur le Caféier aucune
maladie grave. Je ne crois pas non plus que l'hémiléia se
rencontre aux îles Sandwich et au Queensland (Australie),
où le Caféier est également cultivé.
En tous cas, dans toutes les régions où nous venons de
constater la présence de VHemileia vastatri.r, il est bien
certain qu'il y a été importé, hormis sans doute Ceylan et
le centre africain ; et, dans la plupart des cas, ce sont,
comme le pense jNL Sadebeck, très probablement de jeunes
plants récemment envahis qui ont apporté le mal. On dit
souvent que les graines décortiquées et sèches sont inof-
fensives (46). Mais je crois qu'il y a quelques restrictions à
faire à ce sujet.
Origine de l'hémiléia. — Ceci nous amène à rechercher
l'origine de l'hémiléia, la raison pour laquelle il est apparu
— 44 —
brusquement à Ceylan en 1868, et sV est si rapidement
répandu, Tout d'abord, il est logique de croire que si les
Caféiers de Ceylan étaient déjà atteints avant cette
époque, il fallait que le champignon y fût rare, car
personne ne l'avait signalé. jNI. M. Ward a accusé le
Coffea travancorensis (44) d'avoir contaminé l'Arabica. 11
considère que l'extension énorme prise par la culture du
Caféier a offert à un moment donné un support nutritif si
avantageusement approprié pour le parasite que ce dernier
a pu s'y multiplier à l'aise et s'y développer très rapide-
ment. Cependant, si, en réalité, les choses se sont ainsi
passées, il est singulier que le fait ait tardé si longtemps à
se produire et qu'on n'y ait pas plus tôt rencontré le para-
site; car c'est en somme vers l'année 1670 que les Hollan-
dais introduisirent à Ceylan la culture du Caféier. 11 est vrai
qu'elle n'y a pris d'importance qu'après l'occupation défi-
nitive de l'île par les Anglais (i833) ; en i8d6 déjà, l'expor-
tation du café arrivait presque à la moitié (220. 089 quintaux)
du maximum qu'elle a atteint en 1870.
J'ajouterai que ce fait de l'apparition brusque d'une épi-
démie nouvelle et son extension très rapide sur une plante
de grande culture ne constituent pas un cas isolé en patho-
logie végétale. M. P. Hennings (50) rappelle, à ce propos,
l'histoire de la Puccinie des jNlauves {Piiccinia Malvacea-
riim), qui est une Urédinée comme VHeiuileia vastatrLv.
La Puccinie des Mauves, qui avait été observée dès 1869
en Espagne, s'est montrée brusquement en 1872, dans les
environs de Bordeaux sur les Mauves et quelques genres
voisins de Malvacées, Roses trémières, etc. (i). Depuis,
elle a envahi l'Europe continentale jusqu'en Sibérie, l'An-
gleterre, et on l'a trouvée même en Australie. Ce parasite,
heureusement pour les mycologues, avait été décrit bien
des années avant par ^Montagne sur des échantillons de
(i) DuRiEU DE Maisonnei vi; ET Mad. ***, Apparition subite et invasion
rapide d'une Puccinie exotique dans le département de la Gironde, in
« Actes de la Société linnéenne de Bordeaux », XXXIX, 2^ livraison, 1873.
— 45 —
Guimauve {Alt/hva offici/ialis), provenant du Chili. Car, si,
comme le fait observer Durieu, le champignon n'eût pas été
déjà connu, « on se demande quelles seraient les opinions
« des botanistes, leurs hypothèses plus ou moins hasar-
« dées, pour explicjuer son arrivée subite partout où croit
(( une mauve ». L'invasion du PhytopJitord de la maladie de
la pomme de terre, de l'Oïdium, du Mildiou, du Black-Rot
de la vigne fournissent des exemples analogues.
Une autre opinion sur la cause de l'apparition de l'hémi-
léia à Ceylan a été émise par Cruwell (10). Il avait trouvé, au
cours d'un Vovage à la république de Libéria, des feuilles
de Coffea liberica quelque peu décolorées, et il en conclut
qu'à Ceylan on avait dû importer l'hémiléia en même temps
que ce nouveau Caféier. Le Libéria n'a, en effet, pénétré à
Ceylan que peu de temps avant l'invasion de l'hémiléia,
ainsi qu'en témoigne une note d'iVlexander (i) relatant l'his-
toire de l'introduction du Libéria à Ceylan depuis les pre-
miers essais infructueux tentés en 1866, jusqu'à l'établis-
sement de plantations qui furent faites sur une grande
échelle dix ans plus tard et réussirent parfaitement. Des
feuilles de Caféier de Libéria récoltées par Cruwell furent
envoyées à Kew ; mais Berkeley, à qui les échantillons
furent soumis, déclara que la décoloration devait être attri-
buée à une autre cause que Thémiléia. D'ailleurs, jusqu'au-
jourd'hui, la maladie n'est pas signalée siu* la côte occiden-
tale d'Afrique, pays d'origine du Caféier de Libéria, et
l'opinion émise par Cruwell paraît dénudée de fondement.
Examinons maintenant la question sous une autre face.
On n'a jusqu'ici décrit que trois espèces dans le genre
Hemileia, et elles ne se rencontrent que sur des Rubiacées.
Ces trois espèces sont bien voisines les unes des autres et
on peut être tenté, à l'exemple de M. Massée, d'attribuer à
(i) J. Alexandkr. Colonial Notes. The introduction and cultivation of
Liberian Coffee in Ceylon, in « Gardener's Clironicle », XV, p. 33i, 33^.
— 46 —
la seule influenoe du support les différences légères qu'on
peut observer entre elles.
Les deux autres espèces du genre sont Heiuileia Canlliii
et Hemileia Woodi.
\i'Hemilei(( Caiithii Berkeley et Broonie, décrit dans les
Fungi of Ceijlon, n" 833, par Berkeley, attaque à Ceylan et
aux Indes une plante sauvage, qui y est commune, le Can-
thium (Ploctronia) campanulatum. 11 diffère à peine de
V Hemileia vastatri.r.
Pour Vllewileia Woodi, il a été trouvé vers i88o,à Natal,
par M. J. ^I. A^ ood, sur le Vangueria iiifausta et décrit
par Kalcbbrenner et Cooke [Grevillea, IX, p. cas). En 1894,
le D'" Volkens le retrouvait dans la région du Kilima-
N'djaro sur un autre Vangueria à fruits comestibles, le Van-
gueria edtilis. Peu de temps après (1890), M. Perrot ren-
contrait la même espèce sur un Caféier sauvage, le Coffea
Iho Frœhner, près de Lindi, dans l'Afrique orientale alle-
mande (43). Yi' Hemileia Woodi constitue, à la face supé-
rieure des feuilles, des taches brunes, arrondies, devenant
confluentes sur le tard; à la face inférieure, les taches
montrent de petites pustules rouge orangé, pulvérulentes,
pâlissant bientôt et blanchissant en vieillissant. Elles sont
formées d'urédospores nombreuses, irrégulièrement arron-
dies, plus ou moins concaves d'un coté, de couleur jaune
d'or, hérissées de petites pointes surtout sur la face con-
vexe et pédicellées. Cet Hemileia ne s'éloigne guère du
vastatrix que par ses urédospores pédicellées. On y voit
bien certains organes spéciaux, paraphyses ou cystides,
lisses, aplaties, hyalines. Mais nous savons que de tels
organes se voient sur les taches, jeunes surtout, de V Hemi-
leia vasiatrix, où Abbay (15) les a constatées le premier.
Enfin, dans ces deux espèces, la dimension des urédo-
spores est à peu près la même, de 3o à 35 \}.. M. Massée
(47, p. 28) déclare même qu'à son avis, il serait presque
certain qu'à l'occasion VHemileia Woodi envahirait le
Caféier, et il ajoute que ce serait vouloir « aller au-devant
— 47 —
« d'un désastre que de planter des Caféiers dans le voisi-
« nage de Vangueria »,
Ces quelques considérations ne donnent pas évidemment
à préjuger d'une façon certaine sur l'origine réelle de
Vllcniileid vastatriv et la cause de son extension subite
sur les Caféiers, puisque les documents sur ce sujet sont
insuffisants. J'ai cru cependant devoir les exposer pour
mettre exactement la question au point.
En tous cas, il serait fort intéressant de tenter l'infection
des Caféiers d'Arabie et de Libéria surtout, avec chacun
des deux Hemileia, CnntJiii et Woodi, et de môme l'infection
de Canthium et de Vangueria avec V Hemileia vastatrix. Si,
en cas de réussite et au bout de quelques passages sur les
plantes hospitalières, on assistait à une évolution des spores
de l'un queh^onque des parasites vers un autre des trois
types décrits à' Hemileia, on pourrait affirmer l'identité de
deux ou môme des trois espèces. Et dès lors la solution de
ce problème éclairerait d'un grand jour la question de l'ori-
gine de la maladie sur les Caféiers.
Je crois nécessaire de rappeler ici Texistence possible
de formes spermogonie et aecidium sur une ou plusieurs
plantes non encore déterminées ; mais ce n'est encore qu'une
hypothèse, et il n'est pas mieux démontré que l'infection
par V Hemileia vastatrix de plantes autres que les Caféiers
ait pu, à notre insu, jouer un rôle actif dans l'apparition ou
l'extension de la maladie. J'ai voulu signaler ce côté du
sujet, mais je ne m'y arrête pas plus longtemps.
Traitement. — Dès l'apparition de l'hémiléia, on proposa
et on mit en usage un certain nombre de remèdes. Ber-
keley (2) conseilla le premier l'emploi du soufre en insuf-
flations ou des solutions d'acide sulfureux.
Abbay (16) préconise le badigeonnage des troncs à l'eau
de chaux; et, pour préserver plus sûrement les plantations,
il insiste sur la nécessité de récolter et d'incinérer soigneu-
sement les feuilles tombées et, en général, tous les débris
— 48 —
qui jonchent le sol : mesure excellente qui donne de bons
résultats, quand elle peut être convenablement appliquée.
M. Morris (18,1) considère que, pendant la période de
végétation active du parasite, toutes les parties du Caféier,
ainsi que la terre, doivent être copieusement traitées à la
fleur de soufre ; et, de ce traitement, il attendait l'arrêt du
développement et la mort du mycélium parasite. Un peu
plus tard (18, II), il a conseillé d'adjoindre à une partie de
fleur de soufre deux parties de chaux en poudre et d'em-
ployer en insufflations sur les arbres malades le mélange
de ces deux substances, qui produit de l'acide sulfureux en
présence de l'air humide.
L'acide sulfureux, à l'état de vapeurs, proposé en fumiga-
tions par M. Wall et d'autres expérimentateurs, a été éga-
lement essayé (17, p. 8 et p. ii à 22). On le produisait par la
combustion d'un mélange de soufre, salpêtre et charbon de
bois, mélange oii ces produits sont associés dans des pro-
portions différentes de celles de l'ancienne poudre à canon,
et qui est moins fusant que cette substance. Malheureuse-
ment, l'acide sulfureux montra ce grave défaut qui était à
prévoir : il corrodait fortement les feuilles, les jeunes sur-
tout, ce qui aggravait encore le mal.
M. Storck (31) préfère aux substances précédentes les
vapeurs d'acide phénique.
M. Biirck (34), ayant constaté l'action efficace du jus de
tabac, recommande de traiter les feuilles de Caféier avec ce
liquide et concurremment avec une solution d'acide sulfu-
rique : et, pour réduire l'infection au minimum, il donne une
grande importance à l'établissement d'abris destinés à
arrêter le vent qui étend le mal en apportant les germes
du parasite. Dans le but d'éviter l'affaiblissement des
arbres, dû à l'enlèvement systématique des feuilles malades,
il s'est arrêté à l'emploi d'un instrument de son invention,
une sorte d'emporte-pièce, qui n'extrait de la feuille que la
partie contaminée.
Peu de temps après, l'action incontestable des prépara-
— 49 —
lions cupriques, comme moyen de préservation dans bon
nombre de maladies des plantes, vigne, pomme de terre, etc.,
suggéra à plusieurs personnes l'idée d'utiliser la bouillie
bordelaise pour enrayer les dégâts de Fhémiléia. Les expé-
riences de M, Sadebeck (41) établirent pleinement le bien-
fondé de cette pratique en démontrant que la bouillie bor-
delaise tue en quelques minutes Furédosporc, l'agent actif
de dissémination de la maladie. Depuis lors, l'efficacité de
ce traitement a été démontrée en maintes circonstances.
En somme, la bouillie bordelaise constituait, sur les
autres substances employées auparavant un progrès
notable; car si, en réalité, aucune parmi ces dernières ne
s'est montrée complètement inefficace, les résultats obtenus
étaient insuffisants. D'un autre côté, l'excès de main-d'œuvre
([ue nécessitent quelques-unes des opérations proposées
les rend très onéreuses et a toujours empêché leur généra-
lisation. Pourtant, quelques mesures accessoires, l'emploi
des abris, la récolte et la destruction par le feu des feuilles
malades tombées méritent d'être conservées et utilisées
selon le cas.
L'application de la bouillie bordelaise n'exige pas une
main-d'œuvre très considérable, quand la maladie se pré-
sente avec une intensité moyenne ; mais, dans les cas
d'attaque grave, où il devient nécessaire de renouveler plus
souvent les traitements, il n'est pas toujours possible de lé
faire dans les plantations très étendues surtout, et le ré-
sultat obtenu est insuffisant.
Il faut, en effet, considérer qu'au moment où la bouillie
bordelaise est surtout utile, c'est-à-dire pendant la période
d'extension rapide de la maladie qui est la saison des pluies,
les violentes averses ne sont pas rares. Elles lavent les
feuilles et entraînent rapidement le dépôt cuprique qui pro-
tège celles-ci contre l'infection. C'est la raison pour laquelle
des savants comme M. Treub et M. Sadebeck (41), des pra-
ticiens comme M. Semler(33), sans rejeter complètement le
4
— 50 —
traitement à la bouillie bordelaise, ne lui accordent cepen-
dant qu'une importance secondaire.
On connaît heureusement, à l'heure actuelle, des formules
de bouillies cupriques sensiblement plus adhérentes que la
bouillie bordelaise ancienne, dont la composition et le mode
de préparation n'étaient pas, en général, bien précisés.
La bouillie sucrée de Michel Perret réalisait déjà un
progrès sensible, qu'Aimé Girard mit en évidence par des
expériences très précises; il montra que l'adhérence de la
bouillie sucrée était nettement supérieure à celle de la
bouillie bordelaise simple. Puis survinrent les dégâts
graves produits parle Black-Rotdans beaucoup de vignobles
en France, surtout ceux du Sud-Ouest. Comme pour l'hémi-
léia du Caféier, la bouillie bordelaise était souvent inca-
pable de préserver les vignes pendant les étés très humides,
où des pluies incessantes lavaient les feuilles au fur et à
mesure des traitements. Les viticulteurs ainsi éprouvés
sentirent le besoin de posséder un agent plus actif que la
bouillie bordelaise ou les autres similaires; il était, en tous
cas, indispensable de préciser les diverses conditions de
leur emploi, et les formules les mieux appropriées pour
obtenir le maximum d'effet utile. Il se créa, à cet effet, un
courant de recherches qui a amené quelques résultats pra-
tiques.
En premier lieu, M. G. Lavergne indiqua une formule de
bouillie au savon, sans addition de chaux qui se montra
bien adhérente.
Puis MM. Guillon et Gouirand étudièrent l'adhérence d'un
certain nombre de bouillies cupriques. Ils pulvérisaient ces
bouillies sur des plaques de verre poli, parfaitement net-
toyées au préalable à l'alcool. Les plaques étaient exposées
après séchage à une pluie artificielle régulière et identique
pour toutes et d'égale durée, et ensuite le cuivre restant
fournissait par son dosage le pouvoir adhérent de la bouillie.
Ces expériences établirent plusieurs faits qui sont à retenir:
i" Les bouillies, quelles qu'elles soient, sont d'autant
— 51 —
moins adhérentes qu'elles sont plus anciennement préparées.
2" La bouillie bordelaise neutre est plus adhérente que
les bouillies bordelaises acide ou basique.
y La bouillie bordelaise simple, la bouillie bordelaise
additionnée de gélatine ou de mélasse sont celles qui con-
servent le plus longtemps leur adhérence après leur prépa-
ration.
4*^ La gélatine (à la dose de 3 Y^q dans une bouillie borde-
laise neutre à 2 % de sulfate de cuivre); le savon (bouillie à
2 % de sulfate de cuivre et 3 % de savon, sans chaux); la
mélasse (à la dose de i % dans une bouillie bordelaise neutre
à 2 % de sulfate de cuivre), sont, dans l'ordre décroissant,
les substances qui donnent le plus d'adhérence aux bouillies.
5" Pour ce qui est de l'addition de mélasse et de gélatine,
l'augmentation en poids de ces substances diminue l'adhé-
rence de la bouillie.
6° Les autres bouillies cupriques utilisées jusqu'ici à
base de carbonate de soude ou de potasse, l'eau céleste, le
verdet, n'offrent aucun avantage sur la bouillie bordelaise.
D'un autre côté, des expériences assez analogues tentées
par jNL J. Perraud sur feuilles de vignes et raisins lui ont
donné des résultats très approchants. M. Perraud accorde
une importance considérable à la nature de la chaux qui
entre dans la préparation de la bouillie bordelaise. L'adhé-
rence sera toujours plus grande en employant la chaux
grasse qui ne devra être éteinte qu'au moment de l'emploi.
Il préconise une formule de bouillie à la colophane solu-
bilisée par le carbonate de soude, que ses expériences lui
ont montrée être plus adhérente et plus active que toutes
les formules qu'il a expérimentées.
1 es expériences que je viens de relater, pour si instruc-
tives qu'elles soient en elles-mêmes, devraient cependant
être complétées par des essais faits directement et dans
des conditions analogues sur les Caféiers; car, bien que la
feuille de ces plantes soit lisse et glabre sur ses deux faces,
0:^:
on ne saurait cependant Fassimiler à une surface de verre
polie, plane et dépourvue d'accidents à sa surface.
Nous savons déjà que, pour le traitement de riiéniiléia,
l'adhérence est le facteur le plus important. C'est pourquoi
je m'arrêterai à l'emploi d'un des composés suivants :
1° La bouillie bordelaise neuîi'e à 2 % de sulfate de cuivre;
2° La bouillie à la chaux additionnée de i % de mélasse;
3° Les bouillies au savon ;
4" La bouillie à la colophane.
Je vais les étudier successivement et montrer leurs qua-
lités et leurs défauts.
Le mode de préparation de la bouillie ^^ordelaise est
simple; toutefois, il faut reconnaître qu'en général on
apporte peu de soins à sa fabrication et l'effet utile s'en
ressent.
On procédera comme il suit :
On fera dissoudre dans la moitié à peu près de l'eau à
employer les 2 % de sulfate de cuivre. La solution peut se
faire à chaud dans une quantité d'eau moindre. Mais il est
plus simple de la faire à froid dans un vase en cuivre, en
grès ou en bois, d'une contenance suffisante, un tonneau
défoncé d'un côté par exemple. Les cristaux de sulfate de
cuivre seront immergés près de la surface du liquide dans
un panier en fil de cuivre, ou, plus simplement, dans un
nouet de linge à mailles larges ou un panier d'osier. La
solution de sulfate de cuivre, plus lourde que l'eau tombe
au fond et le sel se dissout assez rapidement à la surface.
Il est indispensable, pour cette opération, d'éviter l'emjjh^i
de tous ustensiles en fer. Ce métal, en effet, se substitue
au ('uivre en donnant du sulfate de fer, et la dissolution
s'appauvrit d'autant.
La chaux, récemment éteinte et, si possible môme, éteinte
au moment de l'emploi, sera délayée dans l'eau restante, et
on versera le lait de chaux ainsi obtenu dans la solution de
sulfate de cuivre assez lentement et en agitant constam-
— 53 —
iiienl. Il vaut toujours mieux procëdei* ainsi et se servir
d'un lait de chaux très dilué que de l'aire une pâte épaisse
de chaux en n'employant que très peu de liquide. Le dépôt
qui se produit est à grains plus fins et il encrasse moins les
instruments d'épandage. On conçoit par suite qu'il se
répande plus régulièrement sur les feuilles et que son
action soit plus parfaite.
Pour obtenir une bouillie neutre, ni acide ni alcaline,
il suffira, si la chaux est pure, d'un poids de cette substance
inférieur à la moitié du poids de sull'ale de cuivre employc'.
Mais, comme la qualité réelle de la chaux, au point de vue
chimique, est souvent inconnue, soit que le calcaire utilisé
pour sa fabrication soit impur, ou que la cuisson n'en
soit pas parfaite, il sera toujours préférable de confec-
tionner un lait de chaux à deux parties pour 5o ou 60 d'eau,
qu'on versera lentement dans la solution de sulfate de
cuivre jusqu'à ce que le liquide ((ui surnage ne rougisse
plus le papier de tournesol bleu, c'est-à-dire ne soit plus
acide, comme l'est naturellement le sulfate de cuivre. En
un mot, il faut que le sulfate de cuivre se trouve entière-
ment décomposé j)ar la chaux, sans qu'il y ait un excès de
celle-ci.
On devra donc, avant d'arriver au résultat définitif,
essayer à plusieurs reprises un papier de tournesol bleu. Le
résidtat obtenu, on vérifiera, en employant le papier de
tournesol rouge, s'il n'y a pas excès de chaux. Dans ce
cas, le papier rouge bleuirait, et il sera nécessaire de
rajouter par petites quantités du sulfate de cuivre. L'état
neutre est obtenu lorsque le liquide qui surnage ne
modifie en rien la couleur des papiers de tournesol rouge
ou bleu.
Ce résultat acquis, la bouillie, bien agitée d'une façon
définitive, peut être utilisée de suite, et nous savons déjà
qu'elle sera d'autant plus adhérente, c'est-à-dire utile, que
l'emploi suivra de plus près sa confection. Il sera toujours
bon de tamiser la bouillie, pour éviter, dans les instruments
— 34 —
d'épandage, la présence de parcelles solides qui en obstruent
ou encrassent les organes.
En principe, on évitera de verser le sulfate de cuivre
dans le lait de chaux, surtout si on a employé de la chaux
vive et qu'on n'ait pris qu'une faible quantité d'eau. Dans ce
cas, l'hydratation de la chaux développe une température
assez élevée, et, d'après M. Gayon, c'est à cette cause qu'on
doit attribuer la formation possible d'un précipité noir abso-
lument inactif. Ce précipité est du bioxyde de cuivre ou
oxyde cuivrique (Gu G), dû à la simple déshydratation en
présence de la chaleur de l'oxyde de cuivre hydraté bleu,
lequel est, nous allons le voir, le principe actif du déj)ôt
de la bouillie bordelaise.
Si l'on manquait de papiers de tournesol bleu et rouge,
on y pourrait remédier de façon simple :
On reconnaîtra que la bouillie renferme un excès de sul-
fate de cuivre en trempant dans le liquide qui surnage un
morceau de fer quelconque, une simple lame de couteau par
exemple. Si le fer se recouvre d'un mince enduit rougeâtre
de cuivre, il y a dans la bouillie un excès de sulfate de cuivre,
et dans ce cas, le liquide surnageant, tout en restant trans-
parent, conserve une légère teinte bleuâtre.
S'il y a, au contraire, excès de chaux, il suffit de recueillir
dans un verre un peu de ce liquide qui surnage et de souf-
fler doucement sur sa surface; il s'y forme une mince pelli-
cule blanchâtre de carbonate de chaux, l'acide carbonique
existant dans l'air expiré.
Dans la bouillie bordelaise, le sulfate de cuivre est immé-
diatement décomposé par l'adjonction de la chaux et il se
forme un précipité insoluble d'un beau bleu constitué par le
mélange de bioxyde de cuivre hydraté (Cu O^ H") avec du
sulfate de chaux. Quand la bouillie est devenue neutre, le li-
quide, dès que le dépôt est tombé au fond du vase, est parfai-
tement transparent et renferme seulement une petite quan-
tité de chaux en dissolution. L'hydrate d'oxyde de cuivre,
qui seul agit dans la bouillie bordelaise, est à peu près com-
plètement insoluble dans Teaii pure; il ne se dissout que
très lentement dans les eaux météoriques qui renferment en
dissolution de l'acide carbonique et des traces de carbonate
d'ammoniaque donnant ainsi naissance à du bicarbonate de
cuivre, entièrement soluble. Il est admis que cette solution,
toujours très faible, de bicarbonate de cuivre, agit sur les
spores qu'elle rencontre en empêchant leur germination; il
n'est guère probable, en effet, que l'hydrate d'oxyde de
cuivre puisse, comme quelques personnes l'ont pensé, pro-
duire une action quelconque par son simple contact.
L'épandage de la bouillie bordelaise se fait avec des pul-
vérisateurs, soit à dos d'homme pour les petites exploita-
tions, soit à dos ou à traction d'animal pour les grandes. Il
est à observer, toutefois, que les pulvérisateurs à dos
d'homme manœuvres par des ouvriers consciencieux et
exercés répandent les bouillies d'une façon plus uniforme,
au moins pour la majeure partie des nombreux systèmes
qu'on trouve dans le commerce. Pour remplir le pulvérisa-
teur, le mélange sera puisé par des augets en bois ou en
cuivre, après avoir eu soin, au préalable, d'agiter la bouillie
dans le récipient, pour que le mélange du liquide et du pré-
cipité soit aussi homogène que possible. De cette manière,
la quantité de produit cuprique déposée sur les feuilles sera
sensiblement la même, pour toute l'étendue de la plantation.
Enfin on devra, autant que possible, conduire la pulvérisa-
tion de telle sorte que les deux faces des feuilles y partici-
pent également.
Le mode de fabrication de la bouillie, le soin à apporter à
son application ont une importance considérable; mais la
question de l'opportunité des traitements, c'est-à-dire la
détermination précise des époques oîi ils doivent être faits,
est encore une condition non moins indispensa])le de réus-
site dans la lutte contre l'hémiléia.
Les données que j'ai fournies plus haut ont montré que
c'est avec la saison des pluies que se produisent les pre-
— oC) —
mières taches. C'est, par suite, un peu avant son début que
théoriquement on devrait faire le premier traitement; son
but, en effet, est d'empêcher la germination des urédospores
que va déterminer une température humide et chaude. Ce
premier traitement est. le plus important de tous, puisqu'il
réduira la première infection au minimum et atténuera, par
ce fait, la violence des suivantes. Pour qu'il portât tous ses
fruits, il serait déjà trop tard d'attendre l'apparition des pre-
mières taches. Aussi, ce premier traitement sera-t-il copieux;
car, son but étant surtout d'empêcher la germination des
spores, on doit couvrir sur la feuille le maximum de sur-
face. En même temps, on apj)ortera à la confection et à la
pulvérisation de la bouillie toutes les précautions énumé-
rées ci-dessus.
Les traitements suivants seront plus ou moins rappro-
chés, suivant l'intensité des chutes de pluie. Il sera toujours
nécessaire de faire une nouvelle application toutes les fois
qu'on verra apparaître de nouvelles taches, de manière à
immobiliser les urédospores qui vont s'y produire en empê-
chant leur germination.
Les conditions qui règlent l'application des traitements
varient d'ailleurs d'une région à une autre. Elles sont, en
somme, sous la dépendance étroite de l'intensité de végé-
tation du parasite, liée elle-même à toutes les influences
climatériques locales. En tous cas, la protection ne sera
réellement effective que si le traitement est généralisé, de
telle manière que, pour un rayon assez étendu, aucun foyer
d'infection ne puisse persister.
Actuellement, parmi les composés cupriques, c'est encore
la bouillie bordelaise qu'on utilise le plus fréquemment;
aussi en ai-je décrit minutieusement la préparation et
l'usage. D'ailleurs, ce que j'ai dit au sujet des indications
et de l'opportunité des traitements s'applique aussi bien aux
autres bouillies, et je m'abstiendrai d'y revenir.
La bouillie bordelaise présente quelques inconvénients
qui ne sont pas sans importance.
— 57 —
Elle a été reconnue plus adhérente à Tétat neutre; mais
il faut avouer — et ce n'est pas la première fois que ce fait
est mis en lumière — que, si la bouillie peut être confec-
tionnée neutre, elle redevient rapidement alcaline. En effet,
la chaux est peu soluble dans l'eau, et, lorsque la totalité du
sulfate de cuivre a été décomposée, les parcelles de chaux
en excès, malgré la gangue de sulfate de chaux et d'hvdrate
d'oxyde de cuivre qui les environne, ne tardent pas à se
dissoudre en certaine quantité dans la liqueur. Si Ton
diminue la quantité de chaux, de façon à se rapprocher
aussi près que possible du quantum nécessaire à la décom-
position du sulfate de cuivre, on risque fort d'allonger nota-
blement la durée de préparation de la bouillie, et même, si
la chaux s'était un peu carbonatée, de n'en apporter qu'une
quantité insuffisante.
Par le volume considérable du dépôt insoluble qu'elle
donne, la bouillie bordelaise encrasse souvent les pulvéri-
sateurs. De plus, la lenteur de la solubilisation de l'hydrate
d'oxyde de cuivre par les eaux météoriques rend cette
même bouillie moins rapidement active que plusieurs
autres, la bouillie bourguignonne, par exemple, qui est à
base de carbonate de soude. Dans cette dernière, l'action du
carbonate de soude sur le sulfate de cuivre donne un pro-
duit soluble, le sulfate de soude, et un dépôt formé du
mélange d'hydrate d'oxyde de cuivre et de carbonate de
cuivre, plus facilement transformable en bicarbonate de
cuivre soluble que l'hydrate d'oxyde de cuivre seul. L'en-
crassement du pulvérisateur est sans importance ; malheu-
reusement, la bouillie bourguignonne est assez rapidement
entraînée et résiste mal à des averses fortes et continues.
Dans le môme ordre d'idées, une bouillie à base de car-
bonate de potasse présenterait le grand avantage d'apporter
au sol de la plantation un élément utile aux Caféiers, la po-
tasse, alors qu'au contraire la soude, répandue en quantité
même assez faible, est défavorable à la végétation. Mais le
carbonate de potasse coûte au moins trois fois plus cher
— 58 —
que le carbonate de soude, et la bouillie potassique a été
reconnue moins adhérente encore que la bouillie sodique.
Il serait facile d'ailleurs, en modifiant un peu la formule
de la bouillie bordelaise, de solubiliser une petite quantité
de l'hydrate d'oxyde de cuivre qui y est contenu. 11 suffit
d'ajouter à la bouillie terminée un peu d'ammoniaque.
Le liquide surnageant prend une teinte bleue, tout en
restant transparent, et suivant la quantité d'ammoniaque
employée, il y existe une quantité plus ou moins grande de
ce produit complexe qu'on a appelé ammoniure de cuivre,
et qui, sous le nom de réactif de Schweizer, est utilisé
comme dissolvant de la cellulose. Une quantité d'ammo-
niaque de a pour looo de bouillie me sendde suHisante. On
pourrait aussi mettre dans la l)ouillie un léger excès de sul-
fate de cuivre, mais nous savons cpic co serait diminuer
son adhérence.
En somme, si l'adhérence esl la coutlition indis|)ensable
de l'activité d'une bouillie, encore l'aut-il que le ])roduit
déposé sur les feuilles puisse ch)nu(M", sous l'aclio;! ties eaux
météoriques, un produit cupri(|ue soluble om])ècliant toute
germination de spores.
Voyons maintenant commentées coiulitions sont réalisées
dans les autres bouillies que j'ai citées.
La bouillie sucrée, à base de mélasse, peut être confec-
tionnée soit par le procédé de Michel Perret, soit en addi-
tionnant simplement la bouillie bordelaise de la quantité
suffisante de mélasse, i % seulement d'après MM. Guillon
et Gouirand. Néanmoins, la composition chimique de la
bouillie obtenue peut varier sensiblement, suivant son mode
de préparation, la quantité et la nature de la mélasse em-
ployée. Pour confectionner la bouillie sucrée de Michel
Perret, on prend en général deux parties de chaux et deux
parties de mélasse que l'on mêle en remuant dans quantité
suffisante d'eau. Il se forme alors des combinaisons de chaux
avec les sucres de la mélasse, saccharose, glucose, lévulose.
— 59 —
Dans deux parties de sulfate de cMiivre dissous à part, on
verse la mixture de mélasse et chaux, on agite vivement,
on parfait avec de l'eau la quotité de cent parties et la bouillie
est faite.
Par ce procédé, la décomposition du sulfate de cuivre par
la chaux et les sucres de la mélasse ou leurs combinaisons
amène, comme dans la bouillie bordelaise, la formation
d'hydrate d'oxyde de cuivre et de sulfate de chaux, dont
une faible partie entre en dissolution; mais, de plus, l'oxyde
de cuivre entre en combinaison avec les sucres de la mé-
lasse, formant des sels, peu stables d'ailleurs, qui sont
solubles et colorent en bleu le liquide qui surnage quand on
laisse reposer la bouillie. De même, le dépôt renferme des
sucrâtes de chaux, composés insolubles des sucres de la
mélasse avec la chaux. Comme il y a, en général, excès de
chaux dans cette bouillie, la réaction en est le plus souvent
alcaline.
On obtient un résultat analogue en remplaçant la mélasse
par une plus faible quantité de sucre ordinaire (saccharose)
pur. Le sel dissous est alors un saccharate pur de cuivre.
Il en est de môme avec les glucoses, mais la quantité de sel
de cuivre (glucosate) soluble est très faible et le liquide est
à peine coloré. Les sucrâtes de cuivre dissous dans cette
bouillie à la mélasse se décomposent assez vite; c'est là
sans doute l'origine du dépôt noir brun d'oxyde de cuivre
qui s'observe dans la bouillie au bout de peu de temps.
La bouillie sucrée obtenue par l'adjonction de mélasse à
une bouillie bordelaise neutre ne renferme pas nécessaire-
ment un sel de cuivre en dissolution. On s'en rend compte
en remplaçant la mélasse par une certaine quantité, environ
la moitié par exemple, d'un des sucres qu'elle peut ren-
fermer, saccharose, glucose, etc. Dans de telles conditions,
si on filtre la bouillie, le liquide qui passe est parfaitement
hyalin et ne renferme pas de sel de cuivre. Mais si l'on
remplace les sucres purs par une quantité de un pour cent
de mélasse un peu acide, le liquide fdtrant est coloré en
— 60 —
bleu par un sol de enivre dissous et sa rëaelion est alcaline.
La formation de ee sel de cuivre tient sans doute à la pro>-
senee d'un acide organique coinj)lexe dans la mélasse; en
effet, comme on vient de le voir, l'apparition d'un sucrate
de cuivre semble exiger la formation préalable du sucrate
de chaux correspondant. Et ce dei'iiiei' corps ne prend nais-
sance que si on emploie le procédé de Michel Perret.
Quelle que soit d'ailleurs leur composition, les bouillies
sucrées sont plus adhérentes que les bouillies bordelaises,
et on devra préférer les formules qui donnent nai:
un produit (Uiprique soluble.
issance a
La première formule de bouillie an savon, (pii a été donnée
|)ar ^L G. Lavergne en 1897, est la suivante :
SavDii noir i .000 urammcs.
Siiltalc (If cuivre )oo grammes.
I'"au 100 litres.
On dissoul,;» part, le sa^on,en le malaxanl dans l'eau avec
une spatule ou un instrument analogue (jnelconque ; puis,
après dissolution complète, on verse peu à peu l'eau savon-
neuse dans la solution de sulfate de cui\ re, en agitant for-
tement. Puis, on ajoute la (piantité d'eau ni'ccssaire pour
faire loo lilrt^s. La bouillie est d'un l)cau verl. Comme elle
renferme souvent des grumeaux, elle (h^nande plus que
toute autre bouillie cuprique à èti'e lamis(''e avant l'emploi.
Elle a l'avantage d'adhérer fortement aux feuilles; mais
bien des expérinuMitateurs ont obtenu des jnixtures presqiu?
inutilisables, à dé|)ol très granulé, iournissant, à leur sur-
face, une mousse épaisse, consistante. Aussi, les pulvéri-
sateurs s'encrassent-ils très rapidement et leur nettoyage
est assez laborieux.
Depuis les ])remiers essais de M. Lavergne, on a aug-
menté la quotité j)our cent de sulfate de cuivre et on l'a
amenée juscpi'à '>. % de sulfate de cui\ r(^ contre 3 % de
savon.
- Gl —
Les insuccès (|iii st^ produisent clans la labiicalion des
])()iiillies au savon, insuccès cjuil n'est pas toujours possible
d'éviter, tiennent à des causes multiples, mais surtout à la
nature très varial)le des savons et à la composition des
eaux employées.
Les sa^olls pau\ res en alcalis, ou du nu>ins eji carbo^
liâtes alcalins, Iburnissent particulièrenuMit des préci[)ités
compacts. L'eau très calcaire donne aussi naissance à des
savons de chaux cpii agissent dans le même sens. On a mis
en vente, il est \ rai, des savons spéciaux, en poudre, dont
la composition exacte n'est d'ailleurs [)as bien connue; mais
on riscpierait Tort de n'en pas rencontrer partout.
Dans les bcniillics au savon, suivant les |)roporlious rela-
tives de suUale de cuivre et de savon, le c-uivre est précipité
en cjuantité variable sous l'orme de sel insoluble.
Avec les proportiojis de i % de sulfate de cuivre et 3 %
de savon noir, une certaine partie du sulfate de cuivre
reste en dissolution; mais elle est accompagnée d'un autre
sel cupricpu' soiuble, dû à la présence d'acides organicpies
complexes, diOérenls de ceux dont j'ai parlé pour la mélasse,
(pioicpie se conipoilant de même au point de vue cbijuicpie.
l'ne analyse de celle bouillie, que mon ami "SI. \. \'ivier,
directeur de la station agronomicpu' de Melun, a bien voulu
i'aire sur ma demande, lui a en effet prouvé : i° c[ue la partie
licpude de la J)ouillie contient très approximativement les
deux tiers du cuivre total; v"cjuela cjuantité d'acide suli'u-
ricpie cjui se lrou\e dans le licjuide filtré est insuffisante pour
saturer tout l'oxyde de cuivre, d'aulajil cpi'il v existe en
même temps du sulfate de potasse. Double raison pour c|ue
le cuivre en dissolution soit en grande partie à l'état de sel
organicjue.
Le reste du cuivi-e est précipité en un dé|)ôt vert, formé
d'oléate, de margarate, de stéarate, etc., de cuivre, dépôt
insoluble dans une eau tenant en dissolution de l'acide car-
bonicpie, soluJde seulement dans l'eau chargée d'ammo-
niacjue. L'eau |)hniale ne j-eniplil cette dernière condition
— 62 —
que très irrégulièrement; aussi, lorsque le (?uivre soluble
a disparu, entraîné rapidement par les pluies violentes, le
dépôt restant sur la feuille ne diffère guère d'un vernis et
il peut être insuffisant. D'un autre coté, sur des organes
jeunes, la quantité notable de sel de cuivre soluble contenu
dans la bouillie peut être corrosive. En somme, malgré leur
adhérence considérable, les bouillies au savon ne sauraient,
à mon avis, être préférées aux bouillies sucrées.
La bouillie à la colophane de M. Perraud est, d'après son
auteur, bien plus adhérente que la bouillie bordelaise, et
le cuivre qui persiste sur les feuilles est solubilisable assez
facilement. Les réactions chimiques qui se produisent sont
identiques à celles de la bouillie bourguignonne et le
liquide qui surnage reste incolore.
La colophane ne se mélangeant pas à l'eau, M. Perraud
la solubilise en la transformant en une espèce de savon
résineux. A cet effet, dans une solution bouillante de car-
bonate de soude à aS %, il projette de la colophane pul-
vérisée à la dose de 25 %, en agitant fortement.
Le produit refroidi se conserve pendant quelque temps;
par suite, il n'est pas besoin de dissoudre à nouveau de la
colophane chaque fois qu'on doit faire de la bouillie.
La formule ])réconisée est la suivante :
Eau loo litres .
Sulfate de cuivre -i kilogr.
Colophaue solubilisée o,5oo gr.
Carbonate de soude Quantité suffisante pour
alcaliniser légèrement.
La colophane préparée est versée dans une certaine
quantité d'eau tenant en dissolution le sulfate de cuivre. Au
mélange bien brassé on ajoute une solution de carbonate
de soude suffisante pour alcaliniser légèrement, c'est-à-dire
jusqu'à ce que le papier de tournesol rouge commence à
bleuir-, enfin on termine en introduisant la quantité d'eau
suffisante pour faire cent parties.
— 63 —
Cette bouillie donnerait, d'après M. Perraud, d'excellents
résultats. Pour le cas de riiéniiléia, il sera bon de Texpé-
rimenter comparativement aux autres.
En employant pour dissoudre la colophane la potasse
caustique sous ("orme de potasse d'Amérique, il en faut une
quantité sensiblement plus faible que de carbonate de
soude; on pourrait, après avoir achevé la décomposition du
sulfate de cuivre, produire une alcalinité légère à l'aide du
carbonate de potasse. Si, comme il est probable, l'adhé-
rence se maintenait suffisante, la présence de cette quantité
de potasse, très faible cependant, sera une condition avan-
tageuse pour le Caféier, comme dans le cas que j'ai cité
plus haut.
On a préconisé rt'cemment les sels de mercure pour rem-
placer les sels de cuivre dans le traitement des maladies
cryptogamiques des végétaux, et on les a employés à des
doses beaucouj) j)lus l'aibles. L'action de ces substances ne
s'est pas en général montrée supérieure à celle des com-
posés cupriques; et, comme les sels de mercure amènent
une dépression sensible de la végétation chez les plantes,
comme leur emploi n'est pas sans présenter quelques
dangers pour les ignorants ou les imprudents, je ne veux
pas m'y arrêter plus longtemps et je me dispenserai de
les conseiller.
Le traitement pratiqué contre l'hémiléia à l'aide des com-
posés cupriques serait bien des fois insuffisant si l'on pre-
nait soin d'observer quelques précautions accessoires. Leur
but est la destruction des feuilles malades qui entraîne la
disparition des spores virulentes ([u'elles peuvent ren-
fermer.
Divers procédés ont été mis en usage. Le traitement au
soufre ou à la chaux pour les feuilles tombées, recommandé
par divers auteurs, est coûteux et insuffisant. De même, le
procédé de stérilisation proposé par M. Sadebeck (41) et qui
— G4 —
consiste à arroser les débris à la bouillie bordelaise n'est
guère plus pratique. Je pense, au contraire, que l'idée
émise par Abbay (16) d'accumuler les feuilles tombées et
de les bri'der est infiniment plus rationnelle. On ferait de
petits tas de })lace en })lace de ces feuilles tombées et de
tous autres débris jonchant le sol, et pour en favoriser l'in-
cinération, on pouri'ait au besoin les arroser de pétrob^
ou de quelque autre matière inflammable.
A Java (45), on a obtenu de bons résultats d'un labour
assez profond qui enfouit les feuilles et les reiul en même
temps inoffensives.
Pour diminuer l'intensité de l'infection, on n'oubliera
])as, surtout quand il sera fait de nouvelles plantations, que
les grandes étendues d'un seul tenant sont bien ])lus ex-
posées à une dangereuse extension du mal, et que, dans ce
cas, les haies d'arbres élevés arrêtent au passage une grande
quantité des germes entraînés par le vent, sans dommage
aucun pour les plantes ligneuses autres que les Caféiers.
L'expérience des j)lantes de Java est, sur ce point, con-
cluante. Mais, comme l'a fait ol)server M. Semler ^33), le
procédé n'est guère applicable eu pays de montagne et il
est bien peu efficace; de plus, il obligt^ à sacrifier des sur-
faces considérables d'un sol qui peut avoir une grande
valeur. Le même auteur objecte encore qu'à rom])i-e des
grands arbres le Caféier ne saurait pousser convejiablcment
partout et enfin que le morcellemeni ri'nd rexploitation plus
difficile.
M. Semler croit également que, pour diminuer l'intensité
de la maladie, il serait nécessaire de limiter autant qu(^ pos-
sible la production du feuillage au moment où YJfci/n'/cia
vastatrix se développe le })lus aciivement, c'est-à-dire
en général pendant la deuxième moitié de la saison plu-
vieuse. L'abondance de feuillage, en effet, en même temps
qu'elle diminue l'aération défavorable au champignon, ofl're
à ce dernier un support plus étendu. M. Semler conseille,
])ar suite, de ne pratiquer les façons culturales et l'apport
- Go —
d'engrais, qui influencent la poussée des feuilles, qu'à un
certain moment dont l'époque doit être déterminée d'une
façon précise, et de telle manière qu'au moment de la
période dangereuse le Caféier ne possède que le minimum
de feuillage. J'ignore si cette méthode a donné quelque
résultat au point de vue pratique. Elle me semble inutile
et d'ailleurs elle n'est guère réalisable, puisque la végétation
du Caféier et celle de son parasite sont intimement liées
l'une à l'autre et régies par les mêmes influences détei mi-
nantes.
A maintes reprises, pour faire disparaître une maladie de
plante se montrant pour la première fois dans une région,
on a essayé les « traitements d'extinction ». On les réalise
en détruisant par le feu toutes les plantes atteintes, ainsi
que les pieds sains qui les environnent; parfois même on
a écobué le sol. Ces traitements n'ont que bien rarement
réussi jusqu'ici et l'iiémiléia n'a pas fait exception à la règle.
L'expérience faite par le gouvernement anglais aux îles Fidji
en 1879 est, à ce sujet, bien probante (22). Sur la propo-
sition de son envoyé, le D"" W. Mac-Gregor, il acheta toutes
les plantations malades et les fit détruire i)ar le feù; mais la
maladie n'en persista pas moins.
Mesures préventives. — Voyons maintenant quelles me-
sures on doit édicter pour empêcher l'introduction de l'hé-
miléia dans des contrées encore indemnes.
En premier lieu, de l'opinion de toutes les personnes qui
se sont occupées de ce côté de la question, il est une mesure
({ui s'impose : la prohibition absolue de l'importation de
Caféiers de toutes espèces et variétés, quel que soit leur âge,
et quand bien même ils ne présenteraient extérieurement
aucune trace de la maladie. Pour plusieurs régions jusqu'a-
lors indemnes, régions séparées du foyer primitif par de
vastes étendues marines ou de très grands espaces dé-
pourvus de Caféiers, il a été reconnu que l'infection ne
connaissait d'autre origine que l'introduction de plants
— 66 —
paraissant sains, jeunes la plupart du temps. M. Cornu (46)
pense qu'on devrait surtout interdire d'une f'aeon formelle
aux jardins coloniaux l'expédition de Caféiers vivants.
Aussi bien que celle des plants, Timportation des fruits
frais est à proscrire ; car les spores tombées à la surface du
péricarpe peuvent y persister assez longtemps à l'état vivant
pour amener une infection dès leur arrivée à destination.
Quant aux fruits desséchés, comme l'ancienneté de leur
dessiccation ne pourrait être appréciée par les agents de
l'administration et que, s'ils sont assez récents, ils peuvent
encore receler des spores virulentes, il semble plus simple
de les interdire également.
On sait que quelques Rubiacées sont attaquées par des
Hemileia^ que ces Hemileia sont assez voisins pour qu'on ait
pu supposer qu'ils ne constituent qu'une seule espèce, que,
de plus, ï Hemileia vastatri.r a été trouvé sur des Gardénia.
Cette considération doit décider les gouvernements inté-
ressés à imiter la Hollande qui a interdit à Java l'importation
de plantes fraîches et aussi bien de graines de toutes les
Rubiacées. Il y aurait peut-être quelques restrictions à
apporter à une mesure aussi sévère. Exceptionnellement,
l'importation des quinquinas ou des ipécacuanhas, par
exemple, pourrait être tolérée, car on n'y a jamais constaté
à' Hemileia, ni aucune autre Urédinée.
Au sujet des graines, qu'elles soient ou non numies de
leur parche, les avis sont partagés, pour ce qui est de leur
introduction directe sans aucune précaution préalable,
M. Cornu (46) les considère comme inoffensives. Je crois
prudent, néanmoins, de faire subir à ces graines un traite-
ment destiné aies désinfecter, de manière à détruire toute
possibilité de développement ultérieur des spores à' Hemi-
leia que le hasard aurait pu y apporter dans le pays où s'est
pratiqué le dépulpage. La seule condition à exiger du trai-
tement est qu'il n'altère pas sensiblement la faculté germi-
native des graines auxquelles on l'applique.
Dans ce but et sur ma demande, M. Dybowski a bien voulu
— 67 ~
faire exécuter quelques essais au Jardin Colonial de Nogent-
sur-Marne qu'il dirige. Pour la désinfection des graines de
café, j'avais conseillé l'emploi comparatif de l'acide sulfu-
reux en vapeurs et, d'autre part, de solutions de sulfate de
cuivre et de sublimé corrosif (bichlorure de mercure) à dif-
férents titres.
Les graines déjà en état de germination ont eu beaucoup
à souffrir du traitement, comme c'était d'ailleurs à prévoir.
Les va})eurs d'acide sulfureux en vase clos ont retardé la
germination vis-à-vis des témoins et, au bout de cinq
semaines, les o.j'ô des graines n'avaient pas germé. Avec
une solution de sublimé corrosif à i °/„„ ])endant une, deux
ou trois heures, les résultais, sensiljlement les mêmes,
n'ont guère différé du précédent.
Seules, les solutions de sulfate de cuivre, tout en retar-
dant un peu la germination, sont susceptibles d'être utili-
sées. La solution à 2 % n'a détruit le pouvoir germinatif des
graines que dans i/o des cas, après des immersions de une,
deux et trois heures. La proportion des graines germées
restait la même avec ces durées différentes du trempage.
L'emploi d'une solution plus faible, 5 grammes de sulfate
de cuivre pour un litre d'eau, par exemple, sera suffisant
pour tuer les spores à' Hcmilcia vastatri.t\, puisque celles-ci
perdent toute faculté de développement après un contact de
quelques minutes avec la bouillie bordelaise, dans laquelle
les composés solubles de cuivre sont pour ainsi dire
absents.
La durée d'immersion sera au plus d'une demi-heure.
Les graines seront brassées convenablement dans la solu-
tion, de manière à expulser les bulles d'air qui, persistant
dans le sillon, pourraient empêcher l'action du sel de cuivre
sur quelque spore. Puis, ces graines, ayant été enlevées et
rincées aussitôt après à grande eau, on les fera sécher à
l'ombre le plus rapidement possible.
— 68
KOLEROGA
On désigne au Maïssour (Mysore), dans THindoustan,
sous le nom de koleroga ^terme emprunté à la langue canara,
une maladie du Caféier que les planteurs anglais ont appelée
aussi black-rot (pourriture noire), ou encore leaf-rot (pour-
riture de la feuille), et qui, au Venezuela, porte communé-
ment le nom de candeUllo.
D'après le D"" Ernst (i), elle a été signalée au Venezuela,
dès 1868, par Miguel Errera et reconnue aussitôt d'origine
cryptogamique. Le D'' Ernst ainsi que Cooke (2) la diffé-
rencient nettement de la « rouille » (« mancha de hierro » en
espagnol, « iron stain » en anglais), produite par un insecte
lépidoptère, le Cemiostoma coffeella, et aussi de différentes
maladies des feuilles dues à des champignons y produisant
des macules; car, primitivement, le koleroga avait été géné-
ralement confondu avec toutes ces affections.
D'après Cooke (3), c'est surtout dans la région du Malnad,
au Maïssour, que le koleroga est particulièrement répandu,
en dehors du Venezuela. Le D' J.-D.-A. Cockerell (4) Ta
également vu à la Jamaïque, où il semble avoir été observé
dès 1864, sans qu'on l'ait néanmoins étudié (5). Enfin, à Java
aussi, le Caféier est atteint, et le mal serait bien plus fré-
quent que ne le croient beaucoup de planteurs (6). La maladie
peut atteindre d'autres plantes; au Maïssour, Cooke cite un
(i) D' Ernst, op. cit., p. 14, et Botanische Notizen an Caracas, in « Bota-
nisches Centralblatt », i88o, 2, p. 1 178-1179.
(2) Cooke, The Coffee diseases in South-America, in « Linnean Society's
Journal, Botany », vol. XVIII, pi. XVIII (Séance du 3 février 1881).
(3) Cooke, Tvi>o Coffee diseases, in « Popular Science Review », n" LIX.
(4) Gardners Chronicle, XIII, 1893, p. 3o3.
(5) Id., VIII, 1877.
(6) Rallier, E. Die Krankheiten des Kaffeebaumes, in « Wiener illus-
trirte Zeitung », 1880, p. 458. — Raedt van Oldenbarnevelt, De Kofjiecul-
tuur op Java. S' Gravenhage (La Haye), 1898.
— 69 —
palmier, l'Aréquier {Areca Catechu); à Java, d'après
M. Raedt van Oldenbarnevelt, un arbre à ombrage pour le
Caféier, le dadap (légumineuse du genre Albizzia), en souffre
aussi parfois.
Dans rinde, la maladie apparaît au mois de juillet, et,
d'après le rapport des indigènes, il ne se passe pas d'année
humide, sans qu'elle se montre et sévisse plus ou moins
fortement.
L'arbre attaqué se reconnaît de loin aux nombreuses
feuilles desséchées qui pendent entre les rameaux, souvent
détachées, mais semblant retenues comme par des toiles
d'araignée. Ces feuilles atteintes présentent, sur une
étendue variable de leur face inférieure, parfois sur presque
toute la surface, une très fine membrane, d'un blanc gri-
sâtre, ayant assez l'apparence et la consistance de la bau-
druche, lisse et adhérente à l'état sec, et qui se rétrécit en
s'épaississant quand elle atteint le court pétiole qu'elle
couvre. Quand le temps est très humide, ce revêtement
devient visqueux, et on le détache sans difficulté par frag-
ments, avec la pointe d'une aiguille ou d'un canif. La feuille,
dès lors, souvent tuée dès le début, se décompose; la pelli-
cule visqueuse brunit de plus en plus, et, sous l'influence
d'une humidité persistante, il en découle goutte à goutte un
liquide foncé.
Le D' Ernst assure que cette mince membrane gagne le
pétiole et la feuille opposés, puis^ se répandant sur l'entre-
nœud, passe au nœud suivant sur les deux feuilles qui s'y
insèrent. Il ajoute que, sans pouvoir dire exactement où
commence l'attaque, il s'est bien rendu compte que le mal
procède toujours, en suivant une marche ascensionnelle,
montant du tronc vers les branches et non pas en sens con-
traire . A
La gravité, et même l'apparence de la maladie, diffèrent
dans l'Inde et au Venezuela. Au Ma'issour, d'après Cooke,
les fruits sont souvent attaqués et tombent en masse ; il a
estimé, d'après les renseignements recueillis, que la perte
— 70 —
annuelle n'était pas loin d'atteindre le quart de la récolte,
Au Venezuela, le D"" Ernst n'a pas noté cet envahissement
des fruits et, de la lecture de son mémoire, il semble résulter
que la maladie ne produit que peu de dégcàts. De plus, le
même auteur ne fait aucune allusion à la viscosité possible
de Tenduit qui couvre les parties malades. Or, Texamen
d'échantillons envoyés à Cooke par le D' Ernst lui-même
a permis au mycologue anglais d'aflirmer l'identité des deux
parasites dans le candelillo et le koleroga. C'est donc à une
cause extérieure, peut-être une sécheresse plus grande de
Tatmosphère au Venezuela, ([u'on doit attribuer ces varia-
tions.
A Java aussi, le koleroga cause moins de dommages que
dans l'Inde, d'après M. Raedt van Oldenbarnevelt.
L'examen, à une forte loupe, des portions malades permet
déjà de résoudre la fine pellicule en une quantité considé-
rable de filaments très ténus, intriqués les uns dans les
Fig. 12. — PeUicitlaria Koleroga. — A droite, mycélium, /ï, ot sporos (conidios),
Co. — "A gauche, un filament fertile, Fi, avec une conidie mûre, Co, et une
autre jeune, pédicellée, Co.j. (D'après Cooke.).
autres. L'étude au microscope d'une portion de cette mem-
brane ramollie par une immersion suffisante dans l'eau
montre que ces filaments, disposés en un réseau serré,
constituent le mycélium d'un champignon; ils sont hyalins,
cloisonnés, copieusement ramifiés, croisés dans toutes les
directions, d'un diamètre variant de 5 à 7 [;. 1/3. Vers le
sommet de ces filaments, il s'y produit de petits corps glo-
— 71 —
bilieux, faiblement hérissés, courtement pédicellés à l'état
jeune, entièrement sessiles lorsqu'ils sont adultes. Ces
corps globuleux ont tous les caractères de spores, mais on
ne les a jamais vus germer (fig. i-^.).
Le tout, fdaments et corps globuleux, est agglutiné par
la matière visqueuse, qui sans doute provient de la gélifica-
tion de la partie externe de la membrane des fdaments. Une
immersion de douze heures dans Feau n'a pas permis à
Cooke de dissoudre cette membrane et d'obtenir la mise en
liberté des spores.
L'acide nitrique rend bien les fdaments et les spores plus
nets, mais ils ne tardent pas à se dissoudre et à disparaître
dans la masse.
La place de ce champignon dans la classification n'est
pas sûrement établie. Le D'" Ernst avait cru y voir une
forme Oïdium, qu'il avait rattachée à une espèce de Péri-
sporiacées non décrite, Erysiphe scandens ; il en a donné
une figure dans la planche qui accompagne son mé-
moire. M. Hallier croit également qu'il appartient à ce
groupe (i). Cooke n'a pas admis cette détermination. L'exa-
men du champignon de Venezuela lui a montré, je l'ai dit
plus haut, qu'il s'agissait du même parasite qu'au Maïssour.
Conformément à son opinion qui a prévalu, on nomme cette
espèce Pellicularia Koleroga Cooke, genre et espèce tous
deux nouveaux fa). Il est considéré comme une Mucédinée,
et ce n'est sans doute (priin état incomplet d'une forme à
asques inconnue.
Quoi qu'il en soit, le mycélium ne semble pas pénétrer
les tissus de la feuille, et Cooke, tout en s'étonnant qu'un
champignon épiphyte, c'est-à-dire entièrement superficiel,
puisse nuire aussi gravement à la plante, déclare cependant
que cette déchéance du Caféier ne peut reconnaître d'autre
(i) Hallier, E., loc. cit.
(2) Cooke, in « Grevillea », IV, 1875, p. 116. — Id.. p. i34 [Affinities
of Pellicularia). — Id., IX, 1880, p. 10.
— 72 —
raison que rol)striirtion des stomates de la face inférieure
de la feuille.
L'emploi de la fleur de soufre en insufflations, conseillé
par le D"" Ernst et aussi par Gooke, a donné au Venezuela
quelques bons résultats. De même, lorsque l'existence de la
maladie était reconnue dès son apparition, l'enlèvement ra-
pide et l'incinération des parties atteintes a permis de res-
treindre notablement l'extension du mal au Venezuela et
dans l'Inde.
— 73 —
CHAMPIGNONS MAGULICOLES
Je désigne sous ce titre i ii certain jiombre d'espèces,
dont le mycélium, attaquante tuant les cellules du paren-
chyme de la feuille, produit sur celle-ci des taches de cou-
leur variée; sur ces taches ou macules apparaissent les
fructifications qui se montrent sur l'une ou l'autre des faces,
ou sur les deux pour certaines espèces. Ces fructifications
se présentent en général comme de petits points noirs, plus
ou moins nettement visibles à l'œil nu.
Ces divers champignons maculicoles ne peuvent en gé-
néral être différenciés que par un examen attentif au mi-
croscope, et à la condition expresse que leurs organes de
fructification soient parvenus à l'état de maturité. C'est pour-
quoi ils ont été souvent confondus les uns avec les autres, et
aussi parfois avec les dégâts de la rouille sur la feuille, dont
la cause est un insecte lépidoptère du genre Ceiniostoma.
Les maladies produites sur les feuilles par ces parasites
n'ont pas, en général, reçu de nom particulier. Le D'' Spe-
gazzini(i) leur applique le nom viruela (variole), et M. Adolfo
Tonduz, celui de maya^ sous lequel on désigne ces lésions
à Costa-Rica.
Les champignons qui les produisent ne sont pas tous
également répandus ni également nuisibles, et leur étude
complète nécessite encore des recherches. Comme les
champignons en général, on les trouvera toujours plus
répandus dans les parties abritées, basses et moins sèches;
leur période de développement coïncide avec la saison des
pluies et subit un temps d'arrêt pendant la période chaude
et sèche.
(i) D"" Carlos »Spegazzini. Las enfermedades del Cafeto en Costa-Rica
((' Revista de la Facultad de Agronomia y veterinaria », n" 122, octobre 1896,
la Plata).
— 74 —
La lésion produite, sur la feuille du moins, se localise à
la macule, qu'on voit souvent isolée du tissu voisin par une
formation circulaire de liège plus ou moins colorée et
proéminente ; ce liège est ici peu abondant, en général.
Aussi, voit-on les macules persister sur la feuille sans se
détacher du tissu vert qui les entoure. Le dommage est
insignifiant quand les taches sont peu nombreuses; mais,
si les feuilles sont couvertes de macules, la fonction chloro-
phyllienne surtout, et, par suite, la nutrition générale se
trouvent ralenties dans la plante. Parfois même, les feuilles
couvertes de taches peuvent tomber après avoir progressi-
vement jauni et dépéri, et, la cause d'infection })ersistant,
si les conditions extérieures, l'humidité en particulier, sont
avantageuses, les nouvelles feuilles qui apparaissent sont
envahies à leur tour.
Dans la tache, on peut voir, à l'aide du microscope, que
le mycélium du champignon non seulement entoure les
cellules, mais pénètre même leur cavité. Le résultat immé-
diat de ce phénomène est la mort de la cellule. Le proto-
j)lasma et les contenus cellulaires tués et coagulés se réunis-
sent en une ou plusieurs masses dans l'intérieur de la cellule ;
elles ne tardent pas, par un processus chimique encore mal
élucidé, à brunir et donnent à la macule une teinte brunâtre
plus ou moins imiforme.
Dans plusieurs espèces, les macules se décolorent en
vieillissant à partir de leur centre. Au microscope, on trouve
les cellules centrales à peu près dépourvues de leur contenu
brun; il est remplacé par de l'air, qui dontie la couleur
blanche à la macule. Le mycélium du champignon a utilisé
le contenu pour son développement; et, dès lors, obéissant
à une loi biologique pour ainsi dire générale et dont les
effets sont particulièrementvisibles chez les êtres inférieurs,
ildonne naissance àdes organesde reproduction. La réserve
de matière nutritive nécessaire au foisonnement du mycé-
lium étant épuisée, ce mycélium ne pouvant progresser
plus loin, à cause de l'obstacle oj)posé par le liège protec-
— 75 —
teiir, la fnictifîcation devient nécessaire pour assurer la
conservation de Tespèce.
Pour ce qui est du traitement, il ne saurait être que pré-
servatif, puisque dans les portions correspondant aux ma-
cules le tissu est tué. On devra s'appliquer à empêcher la
germination des spores et par suite la réinl'ection sui' les
surfaces encore saines; à cet effet, on utilisera les propriétés
anticrvptogami({ues des sels de cuivre dans les mêmes
contlilions que pour le traitement de l'hémiléia. Comme
toujours, Jes soins culluraux, le drainage du sol, s'il y a
lieu, remj)loi raisonné des engrais et surtout des engrais
azotés, destinés à aider la régénération du système foliaire,
aideront puissamment au succès d'un traitement préventif
convenablement oj)éré.
Sphœrella coffeicola (]()<d<o et Stilbum flavidum (^ooke. —
C'est à dessein que je réunis sous le même titre ces deux
espèces, car il n'est pas rare de les rencontrer ensemble
et cote à côte sur la même macule, bien que, plus souvent,
elles se montrent isolées. Elles semblent plus fréquentes sur
les feuilles de Caféier que tous les autres champignons
maculicoles.
La maladie que produisent les deux champignons que je
viens de nommer fut observée la première fois en Colombie,
vers 1876, par M. Saenz, professeur àl'Université de Bogota.
A cette époque, elle fut confondue avec le koleroga et la
rouille; un envoi de feuilles malades fait à Cooke permit
à cet éminent mycologue d'élucider la cause véritable de
la nouvelle maladie et de différencier celle-ci des deux
autres (i).
Le même auteur la siijnale éaralement en Nouvelle-Gre-
nade, au Venezuela, à Costa-Rica, où elle a commis des
dégâts importants, étudiés par M. Adolfo Tonduz \:>.\\ on l'a
(i) M. C.CooKi:, The Cuffee diseuse in South-Ainerica.
(2) The tropical Agriculturist, 1893-1894, p. 807, et 1894-1893, p. 12.
(Traduction anglaise de M. Ferguson.)
— 76 —
reconnue aussi au San-Salvador, d'après M. Saenz(i), ainsi
que dans la province de Chiapas, au Mexique (a), et au Gua-
temala (3).
C'est dans ces divers travaux que j'ai puisé mes docu-
ments pour la description qui suit.
La maladie exige pour son développement une saison plu-
vieuse prolongée, accompagnée d'une température plutôt
un peu basse. Elle débute en général par les parties hautes
ou froides des plantations et elle s'étend rapidement quand
les conditions météorologiques lui sont favorables. Les
arbres chétifs ou ceux qui végètent dans un sol qui leur
convient mal sont toujours plus gravement atteints. A l'ap-
proche de la saison sèche, les phénomènes morbides s'atté-
nuent, mais ils réapparaissent souvent avec une égale
intensité dès les premières pluies.
Il est encore des conditions secondaires pour le déve-
loppement et l'extension rapides de la maladie, qui, ici,
comme dans les maladies cryptogamiques du Caféier en
général, ne manquent pas d'importance. Je veux parler de
la trop grande densité de la plantation et aussi d'un om-
brage excessif. Il faut s'en méfier et, à l'occasion, savoir
y remédier.
Lorsque les taches apparaissent en nombre sur les feuilles,
celles-ci deviennent rapidement ternes, puis pâlissent; elles
ne tardent pas à tomber et l'arbre paraît tout pelé. De même,
les fruits peuvent être envahis : on voit alors le péricarpe
se mortifier par places ou même entièrement, et, au moindre
vent, les baies très jeunes se détachent. Tout au moins, de
ce fait déjà, se produit une perte sensible de récolte. Si,
d'un autre côté, les Caféiers ont eu à supporter plusieurs
fois de suite une atteinte grave, ils s'affaiblissent notable-
ment; et, bien qu'en général ils puissent résister, de cette
(i) The tropical Agriculturist, 1894-1895, p. i3.
(2) Id., 1897, P- 63o.
(3) Id., !*■■ mars 1897, p. 63i. — George Massée, A text-book of plant-
diseases, p. 446.
— 77 —
déchéance momentanée de la nutrition générale, il résulte
nécessairement un temps d'arrêt dans la croissance de la
plante et une diminution très appréciable de la production
du fruit.
Les taches qui apparaissent sur les feuilles et les fruits
immatures sont distinc-
tes les unes des autres,
à peu près arrontlies
Elles passent
(lîg. i3).
d'abord du ton vert
foncé de la feuille à une
teinte livide qui se mo-
difie progressivement
jusqu'à devenir presque
blanche. Sur la feuille,
ces macules visibles sur
les deux faces sont net-
tement limitées et bor-
dées d'une marge étroi-
te, légèrement proémi-
nente, de couleur brun
un peu rougeâtre. Le
diamètre de la tache
varie entre un demi-
centimètre et un centi-
mètre et demi. Parfois
la tache possède en de-
dans de la marge colorée
deux ou trois cercles concentriques à peu près de même
couleur que la macule. Dans de pareils cas, le microscope
démontre qu'il y a eu formation à plusieurs reprises d'un
tissu de liège insuffisant pour arrêter le mycélium du cham-
pignon et qui a été débordé par lui.
Le Slilbum flavidum Cooke paraît plus fréquent que le
second. Pour les taches des fruits en particulier, Cooke
déclare n'avoir jamais rencontré que cette forme sur les
Fig. rj. — SphœrcUa coffeicola. — Stilbum fia-
i'iditm. — En haut, à gauche portion de
feuille de Caféier portant 3 macules : l'une,
m. s. sans aucune fructification; la seconde,
.SY, portant le Stilbum; la troisième, Sp, le
Sphierella. — A droite, une fructification iso-
lée de S/ilbiim, grossissement environ 80. —
En has : A, asque de SphœrcUa coffeicola;
B, une spore isolée. (D'après Cooke.)
jeunes fruits. 11 se [)i-(''seiilc à la loupe coiiiiue une petite
tige jaunâtre, très grêle, terminée par une tète arrondie.
On en trouve un nombre variable sur les taches, souvent
cinq ou six. Au microscope, le pied se montre formé de
minces filaments, accolés les uns aux autres et (pii, vus en
masse, sont très faiblement jaunâtres. Vers le scjnimet,
ces filaments deviennent libi'es; ils se terminent |)ar des
spores extrêmement |)etites, à ])eu près hyalines, ayant à
peine un [x et demi de diamètre. C'est l'ensemble des fila-
ments libres et des spores ([ui l'orme la tête globuleuse.
Le Sphœrella coffeicola (]ooke est formé de petits points
noirs, peu nombreux sur la macule, où on n'en rencontre
pas plus de deux ou trois.
Ce champignon est un Pyrénomycète, et les points noirs
représentent ses périthèces en partie immergés dans le
tissu, munis d'un pore au sommet, s'ouvrant sur la face
supérieure de la macule; ces périthèces renferment seu-
lement des asques et sont dépourvus de pai'a|)hyses. Les
asques en forme de massue portent huit spores, fusiformes,
hyalines, munies d'une cloison transversale médiane, au
niveau de laquelle elles sont sensiblement étranglées ; on y
voit deux gouttelettes, et la dimension de ces spores est de
25 ]). de long sur 4 i^ et demi de large (fig. i.), A et B).
Le Stilhiini flaviduni a été considéré par Cooke comme
une forme inq)arfaite, une Mucédinée (moisissure) à fda-
ments mycéliens agrégés. Le fait de sa coïncidence assez
fré({uente sur une même macule avec le Sp]iœi-eU(( , fait
immédiatement venir à l'esprit l'idf'e d'une corrélation
entre les deux formes. De plus, la présejice du Stilhuni, qui
est la règle sur les macules jeunes des fruits, implique
bien (pie ce dernier est fraïudiement j)arasite. On doit
encore considérer que les Spltivrelhi sont, pour la nmjeui'e
partie, des parasites de feuilles vivantes, (ju'ils sont le
plus souvent maculicoles, et (pie l'association d'une forme
SpJiivrelld et d'une nuicc'dinée agrégée sur une même
macule n'est pas spéciale au Caféier (on la rencontre dans
— 79 —
l'Europe lempërëe pour le Spluerella isdi'iphora des
feuilles de Stellaire et aussi pour le Sphœrella Fragariœ
du P'raisiei'). On peut, dès lors, considérer comme vraisem-
blable l'opinion que le Stilbuin ne constitue que la phase
primaire de développement, la forme conidienne du Spliie-
rella coffeicoln . Cependant, je dois avouer que ce n'est là
qu'une impression, une simple hypothèse qui a besoin
d'être établie expérimentalement.
Plus récemment, M. S|)egazzini ii] a repris l'étude de
cette maladie sur un envoi que lui fit de Costa-Rica
M. Adolfo Tonduz.
Indépendamment du Slilbuni fUividum, qu'il rencontra
fréquemment sur les macules et qu'il croit èti'e la cause
unique de la maladie, il a vu sur ces mêmes nuicules, ac-
compagnant parfois le Stilbuni, un Pyrénomycète et une
forme incomplète, une ])ycni(h^ Cette pycnide ne serait
sans doute, d'après M. Spegazzini, (ju'une forme i]n[)ar-
faite de Pyrénomycète. Ce dernier champignon a été con-
sidéré avec doute })ar l'auteur, comme une espèce non
décrite, car il n'était pas entièrement développé. Cette
espèce nouvelle, Lœstadia coffeicola , n'est j)eut-ètre pas
différente du Sphœrella de Cooke encore immature, de
l'avis même de M. Spegazzini. Quant à la pycnide, PlujI-
loslivta i7)coffeicola Speg., d'une détermination également
douteuse pour son créateur, c'est avec cette forme sur
les macules que la viruela se montrerait la plus grave. Les
conceptacles de ce Phijllosticta s'ouvrent sur la face supé-
rieure de la macule, comme les périthèces du Sphœ relia
de Cooke et du Lœstadia ; ils renferment de petites spores
cylindracées, obtuses aux deux bouts, munies d'une fine
gouttelette, hyalines et sans cloison.
Pour ce qui est du Stilbuin flaviduiii, M. Spegazzini ne
le considère pas comme une forme imparfaite du groupe
des Mucédinées; il en fait un champignon autonome, un
(il !)'■ CaKI.OS Sl'IiGAZZIM, iip. cil.
Basidiomycète et le nomme Pistillaria flavida Speg. Je
n'accepte pas volontiers cette interprétation, traiilant que
M. Speggazini avoue n'avoir jamais pu rencontrer les
spores dans aucun des nombreux échantillons qu'il a eus
entre les mains. Je n'ai pas été plus heureux moi-même
dans l'examen d'un échantillon que m'avait transmis
M. Patouillard. M. Massée (i), qui n'a également pas réussi
à trouver les spores, conserve aussi cette espèce comme
un Stilbum.
Cette question, comme je l'ai déjà dit plus haut, exige
donc encore de nouvelles observations.
Je n'ai pas à insister sur le traitement dont j'ai donné les
indications principales. J'ajouterai seulement avec M. Spe-
gazzini et M. Massée, qu'il sera très utile de récolter et de
détruire par le feu les feuilles et les fruits tombés, sur
lesquels le ou les parasites se conservent et constituent,
dès que le temps redevient pluvieux, de nouveaux foyers
d'infection.
La prescription que je viens de formuler est d'ailleurs
applicable à toutes les maladies
de feuilles en général,
Cercospora coffeicola Berke-
ley et Cooke. — Cette espèce
produit sur les léuilles vivantes
du Caféier des macules, en
général j)etites (fîg. i4) ; leur
diamètre moyen est de 4 à 7
millimètres, et les plus grandes
Fig. 14. - Feuille de Caféier poi- atteignent rarement i centime-
tant les macules, T, du Cercospora ^
coffeicola. Xy^ Très jcuues, elles sont de
couleur brun, roux ou marron foncé, assez uniforme. Puis,
à mesure que la macule croît, le centre se décolore jusqu'à
devenir presque blanc, moins opaque que le restant de la
(i) George Massée, loc. cit.
— 81 —
feuille; mais il [)ei-siste une marge brunâtre, relativement
large, par rapport à la dimension de la tache, et dont la
teinte augmente progressivement d'intensité de detlans en
dehors. A la limite de la macule, on voit une ligne très
étroite et peu proéminente qui la circonscrit; la production
de liège protecteur est ici Tort réduite. Sur la iace ijifé-
rieure de la feuille, la macule, quoicpie bien apparente, est
moins différenciée qu'en dessus. Même arrivées à leur
plus grand développement, ces taches ne se crevassent
pas à leur partie centrale, connue on peut le voir quelque-
Ibis dans la maladie que j'ai décrite avant l'elle-ci.
Les taches, déjà un peu anciennes présentent le j)luw
souvent, à leur face supérieure, de petits points d'un noir
olivâtre, qui sont les fructifications du parasite.
La maladie a été signalée la première fois par Berkeley
sur un envoi fait par ^I. ^Morris, botaniste cUi gouverne-
ment à la Jamaïque. Berkeley lit parvenir des feuilles
atteintes à Cooke, et ce dernier y rencontra le champignon
l'ructilié ii}. Depuis lors, M. Lamson Scriliiier l'a retrouvé
sur des feuilles provenant du Guaténuda (■>.). Je l'ai moi-
nuune reçu de la Guadeloupe par l'intermédiaire de
M. Elot. La maladie produite par le Cercospora du Caféier
send)le moins grave que la [)récédente. On ne signale
pas la chute des feuilles, ni leiu- jaunissement, pas plus
que l'envahissement des fruits. Le seul renseignement que
je possède m'est fourni par M. Elot: « Les arbres affectés
de cette maladie semblent souffrir, leur végétation s'arrête. »
On le comprendra facilement quand je dirai que, parmi
les feuilles que j'ai tenues de M. Elot, l'une d'elles, dont
la longueur n'excède guère un décimètre, renferme jusqu'à
aj taches d'un diamètre variant de i ou -2. millimètres jusque
près d'un centimètre.
Au microscope, la fructification se montre constituée
par des houppes de filaments colorés en vert olive très
(i) Cooke, The Coffee-disease in South America.
(2) Journal of Mycology, 1888, p. 5.
8iJ —
pâle qui font issue du parenchyme de la feuille en déchirant
la cuticule de la face supérieure; une fois libres, ils
divergent en formant une petite louffe un peu éj)aissie à
sa base. Ces filaments, le plus souvent stériles, peuvent
atteindre une dimension de lioo [j, sur 4 <^le large; les
cloisons y sont toujours assez rares, •*. ou 3, rarement
plus. Berkeley n'avait pu y rencontrer de spores, Gooke ne
les trouva que dillicilement. Sur une quinzaine de macules
paraissant fructifères que j'examinai successivement, je
n'en ai vu de bien développées que sur une seule. Quand
les toutlés sont fertiles (fig. i5), les filaments resteirt plus
courts, leur longueur atteint au plus 80 [j,. Ils sont un peu
sinueux, leur calibre ])résente souvent, de place en place,
une faible dilatation en forme de petite ampoule ; et, vers le
sommet, sur lequel s'attache une %spore (conidie) unique, on
peut voir assez dillicilement de très fines denticulations. Les
spores sont eflilées par le sommet^
un peu élargies et arrondies à leur
base d'insertion ; elles sont à peu
j)rès hyalines, souvent légèrement ar-
(piées. A l'état adulte, elles portent
deux ou trois cloisons transversales
et ont comme dimensions ^5 \i. de long
sur 3 de large. Lorsque je reçus l'é-
chantillon de M. Elot, je ne décou-
vris pas de prime abord les spores, et
la détermination resta incertaine. Ce
n'est que quelques mois plus tard
que, reprenant cet envoi, j'y découvris
des touffes fructifères. Je tentai, dès
lors, de faire germer les spores; l'essai échoua, les spores
étaient mortes.
Ce parasite est une Mucédinée de la forme Cercospora.
La forme parfaite ascospore en est inconnue. Les cham-
pignons de ce groupe sont tous maculicoles sur des
feuilles.
V\^.y^.- Cercospora cf.
fcicola : l\ droite, toufl'e
de filaments frucliCères
portant des conidics, Co,
à divers degrés de dé-
veloppement ; à gauche,
une conidie isolée, mûre.
83
Ramularia [?) Gœldiana. — Le D"' Gœldi, dans le mémoire
qiril a consacré à ranguillule du Caiéier(i), a décrit avec
quelques détails une maladie des feuilles de cet arbre
observée par lui au Brésil et qui attaquerait également le
Caféier de Libéria. Sur les feuilles, Gœldi a vu de nombreuses
macules, qui, d'après les descriptions et les figures qu'il a
données, présentent de grandes ressemblances avec la
lésion du Cercospoi'a coffeicola. Les taches sont fréquentes
sur les bords du limbe foliaire ; elles peuvent exister aussi
sur les jeunes rameaux et elles se propagent et se multi-
plient très vite sur leurs feuilles, lorsque celles-ci se trou-
vent dans le voisinage de feuilles malades. Les macules se
couvrent rapidement de petits points noirs : ce sont les
fructifications du parasite, que, sur les feuilles, on ne trouve
qu'à la face inférieure. Les semis de Caféier sont parfois
envahis, et, sur les macules des cotylédons, on peut ren-
contrer les fructifications sur les deux faces. Au micros-
cope, on voit ces points noirs formés par des filaments
libres, cloisonnés, de couleur foncée, sortant par les sto-
mates au-dessous desquels se rencontrent de petits amas
pelotonnés de mycélium. Gœldi considère le })arasite comme
un Cercospora ; mais cette opinion, qui est peut-être exacte,
n'est cependant pas compatible avec le mode de formation
des sj)ores et leur forme qu'il décrit d'après ses propres
observations. Il aurait vu ces spores prendre naissance par
étranglement du filament au niveau de la dernière cloison,
ce qui amène plusieurs fois de suite la mise en liberté de
l'article terminal. Peut-être y a-t-il là quelque erreur d'ob-
servation ; en tout cas, l'auteur n'a pas décrit nettement les
spores et il ne sendjle pas les avoir vues à un état de matu-
rité surtisante pour établir les aliinités réelles de ce champi-
gnon et le classer exactement, M. le D"" P. A. Saccardo a
pourtant donné une diagnose de l'espèce (|iii nous occupe et
(i) D'E. A. (lŒLUi, Relalurio sobve a molestia do Caffeciro na provincia
do Rio de Janeiro, 1887,
— 84 —
il la nomme Ramidaria Gœldidiui Sacc (i). Cependant, la
classification proposée par M. Saccardo lui-même pour les
champignons de ce groupe, les Hyphomycètes ou Mucédi-
nées, ne permet pas de considérer le parasite en question
comme un Raniularia. Dans ce dernier genre, en elFet, les
spores sont cloisonnées et entièrement hyalines, aussi bien
(jue les fdaments. Or, Gœldi ne fait aucune mention du pre-
mier de ces caractères, et, pour ce qui est des fdaments, il
les dit expressément [Op. cit., p. 37) « couleur de fumée )>
[cor defiunaça). Dès lors, la nature réelle de ce champignon
reste douteuse et c'est pour cette raison que j'ai fait suivre le
mot Ramulavla d'un point interrogatif.
Glœosporium coffeanum G. Del. — J'ai décrit cette
espèce (2) sur des échantillons de feuilles de Caféier qui
m'ont été apportés delà Réunion. Je fai reçue à nouveau
plus récemment sur des feuilles de Caféier Bourbon prove-
nant de la côte est de Madagascar. D'après les renseignements
fort incomplets que j'ai recueillis, elle produirait des dégâts
appréciables dans les plantations en différents points de la
Réunion. Je dois avouer pourtant que, sur les feuilles où j'ai
trouvé ce champignon, il ne s'en trouvait qu'un petit nombre
qui ne fussent pas en même temps atteintes par r//^/;;t7e/«
vastatrix. On ne peut conserver de doutes sur ce point
que le champignon dont je m'occupe soit parasite des feuilles
vivantes, puisqu'il y produit des macules dans lesquelles les
cellules ont été tuées, macules bien diflerentes de celles de
VHemileia uastatrix; mais la coïncidence de ce Glœosporium
et de VHemileia ne permet pas d'établir d'une façon certaine
la part qui doit être attribuée au premier parasite dans le
dommage subi par le Caféier.
Les feuilles envahies présentent des macules brunes,
(i) P. A. Saccardo, Sylloge Fungoniiii, t. X, p. 554-
(i) G. Delacroix, Espèces parasites nouvelles. Glœosporium coffeanum
nos', sp., sur les feuilles vivantes du Caféier (PI. YIII, fig. E), in « Bulletin
de la Société mycologique de France, XIII, 1897, p. 110 ».
— 85 —
assez étendues, limitées en général par un bord libre du
limbe ; elles sont anguleuses sur les autres cotés et suivent
le plus souvent le contour des nervures secondaires. Les
fructifications qui ne se montrent que sur la face supérieure
de la feuille se présentent comme de très petits points noirs.
Elles ne sont pas enfermées dans un réceptacle, elles s'ou-
vrent librement au dehors. Le mycélium hyalin du parasite
passe entre les cellules ;
il ne semble pas les péné-
trer, mais les tue néan-
moins, et le contenu de
ces cellules du tissu de la
feuille est fortement co-
loré en brun ; dans le voi-
sinage de Tépiderme, le
mycélium s'agglomère en
une plaque brunâtre, une
sorte de coussinet de i4o
à 1 70 [j, de large, qui prend
la place d'une ou plu-
sieurs cellules épidermi-
ques détruites par le my-
célium. La surface de ce
coussinet produit de
courts filaments dressés, C3dindric|ues, de 18 à 20 p, de long-
sur 3 [j. et demi de large ; ils donnent naissance, par étrangle-
ment de leur partie supérieure, à des spores cylindro-
ovoïdes, droites ou un peu arquées, de i.") [j. sur 4 H-.
Lorsque cette fructification a pris un certain développe-
ment, elle fait éclater la cuticule de la feuille de dedans en
dehors, et, se trouvant en contact avec l'extérieur, les spores
se détachent et se disséminent à mesure qu'elles mûrissent.
MM. Ellis et Everhart ont publié dans la collection des
North American Fungi [1" série, n" 3198) un échantillon
récolté par le D'" Harkness aux îles Samoa en 1894, sur
lequel Y Hemileia vastatri.r est associé à une espèce non
■?A n-
Fig. iG.
Coupe transversale dans la fruc-
lication de Glœospoiiiim coffeanum : Co,
conidic; Pa. p., parenchyme en palissade.
— En haut : A, conidies isolées ; B, un
stérigmate, Si, terminé par une spore
encore immature.
— 86 ~
décrite de Glœosponuiii. Les deux auteurs Tont appelée
Glœosporiuin coffeicoliini . Je n'ai pu étudier cette espèce,
mais je suppose que ce doit être la même que celle
dont j'ai parlé.
Les bouillies cupriques usitées pour empêcher l'exten-
sion de l'hémiléia sont sans doute également actives contre
ce parasite.
ISI. P. Hennings (i) signale encore et décrit très sommai-
rement deux autres espèces dans la colonie allemande du
Cameroun (côte occidentale d'Afrique), toutes deux sur les
feuilles du Caféier de Libéria, Ces deux espèces, Fusariuin
coffeicola et Septoria coffeicola, sont maculicoles comme les
précédentes, mais elles semblent sans importance pra-
ti((ue.
M. Spcgazzini (o.) signale aussi quelques petites espèces
sur feuilles de Caféier d'Arabie dans l'Amérique Centrale.
Ce sont des Pyrénomycètes : Clypeoliun megalosporiim
et Micropelfis Tonduzii. D'après leur créateur lui-même,
elles ne paraissent guère mériter de considération, le dégât
produit étant à peu près nul.
(i) P. Hennings, Fitngi camerunenses, in « Englcr's Jahrb., XXII, 189'j,
p. 72 ». — P. Hennings, Die wichtigsten Pilzkvankheiten der Kulturpflanzen
unserer Kolonieii, in « Deutsche Kolonialzoitung, i^' juin i8c)5, n" 22 )>.
(2) D"" Carlos Spegazzini, Las Enfermedades del Cafeto en Costa-Rica ,
in « Revista de la Facultad de Agronomia y Velcrinaria de la Plala, n° 22,
octobre i8()6 » (Reproduit dans Adolfo Tonduz, La Fumagina del Cafeto,
San José (Costa-Rica), 1897, p. 2Ï et suivantes).
— 87 —
A. — Maladies des racines du tronc et des branches.
Ce sont de beaucoup les moins connues des maladies du
Caféier et nous ne possédons sur ce chajiitre que des rensei-
gnements insuftisants.
Pourridié des racines. — J'ai reçu, à plusieurs reprises, de
M. Auguste Elot, directeur du laboratoire agricole de la
Basse-Terre (Guadeloupe), des racines mortes de Caféier
semblant avoir succombé aux atteintes d'une maladie. Exté-
rieurement, la lésion ressemble à celle qui envahit la vigne et
un certain nombre d'arbres fruitiers ou forestiers en Europe ;
pour cette raison je l'appellerai, provisoirement du moins,
pourridié du Caféier.
M. Elot avaitaccompagné ses envois de lettres, qui m'ont
fourni sur le mode de développement de la maladie les quel-
ques renseignements que je vais reproduire.
D'après les observations de M. Elot, cette maladie apparaît
d'abord sur les racines du ])ois-doux de la ^lartinique
(Légumineuse du genre Inga), qui Là sert d'abri au Caféier;
et, des racines du pois-doux, elle passerait sur celles du
Caféier. Le Uocouyer est également susceptible d'être
atteint.
La maladie sévit avec quelque intensité, çà et là, en divers
points de la Guadeloupe : dans une plantation, par exemple,
elle se montrera par places, détruisant parfois toute une
rangée d'arbres. Les arbres envahis dépérissent progressi-
vement, mais d'une façon assez rapide, et lorsqu'ils sont
arrivés à la période ultime, on trouve le pivot entièrement
dépourvu de radicelles, celles-ci étant depuis longtemps
désorganisées et à peu près disparues. Sur des racines de
un à trois centimètres, les seules que j'ai eues eu ma pos-
(i) Voir le no du 20 janvior do la Revue des Cultures coloniales.
— 88 —
session, on voit par places une sorte de revêtement coton-
neux d'abord blanc, puis brunissant, qui ne tarde pas à se
concréter en prenant l'apparence de lames étroites, aplaties,
ramifiées, d'un gris plombé, terne, tranchant peu sur la
couleur générale de la racine désorganisée. Examinés au
microscope, ce revêtement aussi bien que les plaques se
montrent constitués par un mycélium stérile formé par des
filaments isolés, hyalins et très grêles dans le revêtement
cotonneux, lâchement agrégés dans les lames aplaties. Ces
filaments simples ou ramifiés devien-
nent à l'état adulte d'un gris plus ou
moins foncé; ils sont alors cloisonnés
transversalement ; leur diamètre est
d'environ 4 V- et ils montrent de temps
en temps ime varicosité latérale, quel-
quefois deux, immédiatement au-des-
sus de la cloison. L'absence de spores
et de tout autre organe de fructifica-
tion ne m'a pas permis de reconnaître à
quelle espèce appartient ce mycélium.
Les dilatations latérales du filament le
rapprochent beaucoup comme appa-
rence de ceux du Deniatophora neca-
//•/.r et surtout du RoseUinia aqiiila [i], qui produisent des
pourridiés sur la Vigne, le Mûrier, etc.; mais il serait
nécessaire de suivre d'une façon complète le développe-
ment de ce mycélium du Caféier pour affirmer l'identité
avec l'un ou l'autre. Le manque de matériaux en bon état
ne m'a pas permis de faire cette étude. 11 faut, en tous cas,
reconnaître que la largeur des filaments est presque de
moitié moindre que celle des filaments bruns du De mal o-
phora necatri.r et je serais, pour cette raison, tenté de
Fig-. 17. — Filaments de
mycélium observés sur
des racines mortes de
Caféiers de la Guade-
ipe.
(i) Voir à ce sujet : A.-N. Berlèse, Rapporti ira Dematophora e Rosel-
linia, in « Rivista di patologia végétale, I, 1892 ». — Prillieux et Delacroix,
Maladies des Mûriers, in « Annales de 1 Institut national agronomique,
XIII, 1893 ».
— 89 —
rapprocher plutôt le champignon des racines de Caféier du
Rosellin ici a q u il a .
Le mycélium du pourridiédu Caféier pousse des ramifica-
tions grêles, hyalines, qu'on retrouve profondément dans
les tissus de la racine ; elles peuvent pénétrer les éléments
du bois, qui ne tardent pas à se délignifier et à perdre en
partie leur cohérence.
11 n'est cependant pas établi d'une façon certaine que ce
champignon soit la cause première de la maladie et de la
mort de l'arbre. Sur plusieurs
arbres atteints, M. Elot a ren-
contré deux cochenilles sou-
terraines , étudiées par M .
Giard, dont je parlerai plus
loin. Dans d'autres cas, il a
vu, sur des racines de Caféiers,
vivants il est vrai, des tubé-
rositésqui pourraient bien être
dues à des anguillules; mais
elles n'ont pas été examinées
au microscope et leur origi-
ne reste incertaine. Pourtant,
ce qui pourrait donner un
certain poids à cette dernière
hypothèse, c'est que ce mycé-
lium brunâtre cjue j'ai observé
offre des caractères de ressemblance avec celui qu'a figuré
Gœldi et qui accompagne des anguillules (i). Nous verrons
que, dans les maladies vermiculaires des Caféiers du Brésil,
la destruction des racines est parachevée par une moisissure
noire, ce mycélium figuré par Gœldi, qu'on trouve abondam-
ment sur les racines mortes. Néanmoins, ici non plus, je ne
veux pas être trop affirmatif, car je n'ai pas eu la faculté de
comparer les deux mycéliums par l'examen au microscope.
Fig. i8. — Mycélium observé sur des
racines de Caféiers du Brésil tués
par une anguillule. En^, filament
plus jeune qu'en B. (D'après Gœldi.)
(i) Gœldi, Op. cit., pi. II, fig. Sa, 33, 34-
— 90 —
Il serait donc possible que des cochenilles ou des anguil-
lules eussent précédé, dans le cas qui nous occupe, l'appa-
rition du mycélium, dont l'action ne serait dès lors que se-
condaire. Nous aurons d'ailleurs à revenir plus loin sur le
même sujet.
Quoi qu'il en soit, et comme l'a fait remarquer M. Elot(i),
sur le conseil que je lui en avais précédemment donné, il
sera prudent de s'opposer à Textension de la maladie, mal-
gré l'incertitude où l'on se trouve sur son origine réelle.
Pour cela, on devra arracher les arbres malades, extirper
les racines aussi complètement que possible, les brûler,
écobuer partiellement le sol, dans le trou même de l'arra-
chage. On évitera l'humidité du sous-sol, en établissant,
toutes les fois qu'il sera nécessaire, des drainages ou des
fossés d'assainissement.
Il V a lieu d'essayer aussi l'action désinfectante du sulfure
de carbone, qui a donné quelques résultats avantageux dans
le traitement d'extinction du pourridié de la Vigne d\i au
Dematophora npcfitri.r[o.]. Le sulfure de carbone sera d'ail-
leurs également actif contre les cochenilles souterraines ou
les anguilhiles.
On a encore préconisé, mais plutôt dans un but insecti-
cide, un nouveau produit, le carbure de calcium, fourni
maintenant à bon marché par l'industrie (3) et qui, au con-
tact de l'eau, ou même simplement de l'air humide, donne
le gaz acétylène. Des expériences plus récentes semblent
prouver que ce corps agit surtout par la petite quantité de
phosphure de calcium qu'il renferme; celle-ci, en présence
(i) Aug. Ei.oT, Conférence siii- la culture du Caféier, faite à la Chambre
d'agriculture de Pointe-à-Pitre, séance du i6 juillet 1898.
(2) Voir à ce sujet : G. Fokx, communication à la Société d'agriculture
de l'Hérault, in Progrès agricole et yiticole. 17 décembre 1893, p. 578. —
C J. DuFOUR, Essai contre le « moisi » ou blanc des racines, in « Chronique
agricole du canton de Yaud, n" du 10 février 1898 ». - Id., n» du 2 5 février
i8ç)9. — Claude Brun,/.*» Pourridié. in» Réveil agricole de Marseille, n» du
5 juin 1898 ».
(3) Chuard, Chronique agricole du canton de Vaud. 10 mai 1896.
— 91 —
de l'eau, donne de rhydrogène phosphore, fortement toxique,
qui s'enflamme au contact de l'oxygène de l'air. L'emploi de
cette suhstance n'est pas exempt de dangers; son transport,
surtout, exige des précautions. En tout cas, son principal
avantage est son bas prix, car, s'il coûte moins cher
(pie le sulfure de carbone, son aciion est inférieure à celle
de cette substance. Il serait indispensable, si on voulait l'es-
sayer, de l'enfouir dans une terre absolument sèche, pour la
raison que nous avons donnée plus haut.
Le traitement du pourridié de la Vigne, tel que l'a formulé
le D"" J. Dufour, comporte d'abord un traitement d'extinc-
tion analogue à celui que j'ai proposé pour le Caféier. On le
fait suivre de la désinfection du sol, à l'aide ^du sulfure de
carbone, que l'on emploie à la dose de p.oo grammes par
mètre carré, soit y.o kilogrammes à l'are. Le sulfure est in-
trodm't à l'aide du pal, sur le sol contaminé, après l'arra-
chage et l'incinération des plantes mortes. On aura pris soin,
au préalable, d'isoler la portion atteinte par un fossé, dont
la terre sera rejetée vers l'intérieur, et ce fossé sera établi
à deux ou trois mètres au delà des pieds qui paraissent en-
core tout à fait sains. Un tel traitement d'extinction est à con-
seiller toutes les fois qu'il s'y rencontre des plantes très ma-
lades ou périclitant rapidement et qu'il importe, par suite,
de détruire au plus tôt, car ils ne peuvent être que des foyers
d'infection pour les pieds voisins. On peut aussi utiliser le
sulfocarbonate de potasse en solution dans l'eau, au lieu de
sulfure de carbone.
Une expérience de plusieurs années déjà a démontré au
D" J. Dufour que le plus grand nombre des pieds de vigne
replantés sur des sols pareillement traités se comportent
normalement, sans paraître souffrir des atteintes du pour-
ridié. D'autres essais ont été tentés avec des doses faibles
de sulfure de carbone, ou de sulfocarbonate de potasse en
solution, sur des ceps malades du pourridié, mais encore vi-
vants. L'effet du traitement, surtout dans les sols compacts,
argileux, où le sulfure de carbone se diffuse mal, n'a pas été
concluant et il n'est pas possible d'affirmer que le pourridié,
même peu développé, puisse être détruit par ce procédé.
L'action du sulfure de carbone, surtout dans le traitement
d'extinction, serait complexe d'après des recherches ré-
centes. M. Oberlin (i) admet que ce corps, en dehors de son
action destructive sur les organismes vivants du sol, ani-
maux ou végétaux, possède encore une véritable action sti-
mulante sur la végétation. Cette propriété, particulière au
sulfure de carbone, qui permettrait de cultiver, plusieurs
fois de suite et sans interruption une même plante sur un
sol donné, serait, comme le dit l'auteur, « de nature à nous
conduire sur une voie nouvelle, « en ce qui concerne la
question des assolements dans les cultures ». Elle serait
particulièrement avantageuse pour les planteurs de Caféiers,
toutes les fois qu'il faudrait remplacer des arbres.
L'action bienfaisante du sulfure de carbone sur la culture
est interprétée d'une façon assez simple par M. Gastine ; il
croit devoir l'attribuer aux nombreux organismes du sol
qui, tués par cette substance, constituent pour les plantes
un engrais azoté, précieux en ce sens qu'il se trouve
au contact même des radicelles. D'un autre côté, il y a lieu
de tenir compte des expériences de M. Perraud (2) qui
paraissent démontrer que le sulfure de carbone entrave le
travail de nitrification dans le sol.
En résumé, tous ces faits, qui ne sont pas encore
suffisamment établis, nécessitent de nouvelles recherches,
plus minutieuses et plus complètes. Néanmoins, ces don-
nées, spéciales au pourridié de la Vigne, sont applicables,
telles qu'elles sont, au pourridié du Caféier. 11 serait ce-
pendant nécessaire, par quelques expériences préalables,
de préciser exactement les quantités de sulfure de carbone
à employer, et surtout pour une région donnée, la période
de l'année où il sera le plus avantageux de le faire. A ce
(i) Ch. Oberlin. Effets du sulfure de carbone sur les sols épuisés ou
fatigués par la culture. Journal d'agriculture pratique, 1896, p. 4^9 et 499-
(2) J. Pkrraud, Annales de la Science agronomique. 1896, p. 299.
- 93 —
sujet, précisément, des expériences tentées à Java par
M. Koningsberger sur le conseil de M. Ritzema Bos (i)
pour la destruction de larves terricoles nuisibles n'ont
donné aucun résultat, et cet échec a été attribué à la haute
température du sol, d'où le sulfure de carbone s'évapore
avant d'avoir produit aucun effet utile. Peut-être dans ces
conditions le sulfocarbonate de potasse enfoui dans le sol
un peu avant la saison des pluies serait-il plus actif?
Le « pourridié » dont je viens de parler n'est peut-être
pas difterent de la maladie dont parlent Guérin-Méneville
et Perrottet (:>), maladie que l'un d'eux a observée aux An-
tilles et qui existait peut-être aussi à l'époque (vers i84o)
à la Réunion dans le cirque de Salazie. Elle « atteint, écri-
« vent ces auteurs, les Caféiers dans quelques localités et
« cause leur mort au moment où on s'y attend le moins,
« Cette maladie, qui se développe dans la terre, empoisonne,
« disent les habitants, tous les Caféiers qu'elle atteint. Elle
« est due à un très petit champignon qui se propage dans
« un espace de temps très court, surtout quand ce sol est
« riche en détritus de végétaux de facile décomposition.
« Ces détritus favorisent la multiplication des champignons,
« en entretenant une humidité constante au pied de l'arbre
« et en empêchant le renouvellement de l'air dans cette
« partie. » Ces auteurs ne fournissent pas d'autres rensei-
gnements sur la maladie ; ils préconisent un traitement
assez analogue à celui dont j'ai parlé : arrachage et inciné-
ration des pieds malades, avec écobuage du sol envahi.
Maladie du collet. — On désigne sous ce nom, à la
Réunion (3), une maladie du Caféier, qui y semble d'ail-
(i) J. RiTZEiMA Bos, Zeitschrift fur Pflanzeiikratikheiten, VIII, 1898,
p. 119.
(2) Guérix-MÉxNeville et Perrottet, Mémoire sur un insecte et un cham-
pignon qui ras'Ugent les Caféiers aux Antilles. Paris, 1842, p. 23.
(3) J. Delalande, Observations sur les maladies des Caféiers à la Réu-
nion. Rennes, i883.
— 94 —
leurs peu répandue. Je ne la connais pas; je cite l'auteur :
« Cette maladie n'a été remarquée jus((u à présent qu'à
« Saint-Benoît et à Saint-Pierre. Elle semble n'attaquer que
« les Caféiers du pays, mais surtoulles jeunes sujets. Quand
« ils paraissent vigoureux, sur le point de produire, ils se
« mettent à pousser d'une l'acon tout à lait anormale pen-
ce dant quelques semaines ou quelques mois, puis périssent.
« Si on examine attentivement un des pieds morts, on aper-
u coit une sorte d'hypertrophie de la couche subéreuse
« autour du collet, quelquefois au-dessous. 11 sendjle que
« les racines ont péri longtemps avant la tige. »
L'auteur incrimine, avec doute d'ailleurs, la cause invo-
quée par Guérin-Méneville et Perrottet, et il propose le
greffage des Caféiers du pays sur d'autres variétés qui n'ont
pas paru atteintes jusqu'alors.
Nous verrons plus loin que le « })ourridié » elles mala-
dies que j'en rapproche ont été attribuées par M. Thierry à
une cause toute différente du parasitisme d'un champignon.
Canker. — Cette maladie, appelée en anglais cdiiker
(chancre) ou hai'k disease (maladie de l'écorce), a été décrite
par Saner. D'aj)rès le Gardiier's ('Iifonicle [i, a) on trouve-
rait sur les (Caféiers atteints les racines couvertes d'un my-
célium blanc épais, A la base du Ironc, l'écorce se ratatine
et meurt. En môme temps les pousses se dessèchent ;
les feuilles prennent des taches d'un noir livide, pids
elles brunissent conq)lètenient, en se roulant, comme si
le soleil les eût grillées. La plante péril au jjout de peu de
temps.
Le D'" Talmy, reju'oduisant à peu près aussi le (jctrdiiei's
Chronicle (i, h), écrit sur ce même sujet (;>) :
(i) Gardner's Chronicle : a, 1874, p- 4i4- — /■*, '877, p. il\o-i/\-i.
(i) D' ÏALMY, médecin de la marine, Notes sur les maladies qui attaquent
les Caféiers en divers pays. Tirage à part, Paris, 1878, reproduit dans les
Publications de la Société des études indo-chinoises. Essais agricoles et
industriels faits en Cochinchine depuis la fondation de cette colonie jus-
qu'en 1897. T. I, Imp. Rcy, 1897.
— 95 —
« Le premier synij)tôiiie de la maladie est une flétrissure
« des petites branches tertiaires ou secondaires; par un
« examen plus approfondi, on trouve cpie le dessous de Té-
« corce des branches primaires est délabré et otïre une
« moisissure bleuâtre. Cette moisissure s'étend graduelle-
ce ment par en bas à toute la tige et tue l'arbre en peu de
« mois. Un arbre une fois attaqué ne peut plus se rétablir.
« Tous les sols et toutes les expositions paraissent indif-
« férents à cette maladie. Les arbres commencent à souffrir
« dès l'âge de six ans. L'espace de terrain planté en Caféiers
M (à Natal) est déjà beaucoup réduit, les récoltes ayant été
« peu rémunératrices. »
Elle serait assez répandue à Natal et existerait également
à la Jamaïque, quoique moins fréquemment. On a attribué
la maladie à un champignon, mais cette origine est incer-
taine et la maladie n'a pas été suffisamment étudiée.
11 faut ajouter qu'à la Jamaïque la maladie n'aurait guère
été observée que dans des terres peu profondes, à sous-sol
non pénétrable par les racines du Caféier, condition désa-
vantageuse pour cet arbre, qui demande surtout des sols
profonds et meubles. Peut-être la condition première d'ap-
parition, sinon la cause unique de la maladie, serait-elle sim-
})lement, dans ce cas, la dépression qui atteint l'arbre.
Maladie de Java. - (^ette maladie du Caféier, qui est connue
à Java sous le nom de djamour oupas (i) (champignon véné-
neux, en javanais), est signalée depuis assez longtemps déjà.
M. Raedt van Oldenbarneveldt (2) la signale comme très dan-
gereuse pour la plante. Des récoltes en fort bel état et pro-
mettant beaucoup se trouvent presque détruites en très
peu de temps, car la maladie se montre lorsque le Caféier
est couvert de fruits, pendant les périodes humides prolon-
gées ou à la suite de pluies nocturnes abondantes. L'action
nocive du mal serait moins grave dans les plantations tenues
(i) Ce terme est orthographié selon sa prouonciatiou réelle. Il s'écrit, en
hollandais, djainoer uepas.
{■>.) Raedt van OLoiiNBAUNiiVELT, Op. cit.
— 96 —
en bon état, où les arbres à ombrage sont disposés d'une
façon rationnelle, c'est-à-dire de manière que la lumière
solaire n'arrive au Caféier que dans les proportions voulues.
On doit s'eflbrcer, dès qu'on voit les premières traces de
maladie, d'enlever et brûler les parties atteintes, ainsi que la
région attenante de la tige encore saine.
C'est, peut-être, la même maladie que le D"" A. Zinimer-
mann a étudiée à Java sur le Caféier de Libéria et qu'il
identifie au canker. Il a fait i)art des premiers résultats de
ses observations sur ce sujet, au Congrès pour le Caféier
tenu en 1898 à Malang (Java) (i). Sur les arbres attaqués
les feuilles perdent leur turgescence, s'affaissent vers le
sol et palissent. ' L'écorce est lésée, et en l'enlevant, on
voit qu'elle a pris une teinte brun foncé qui pénètre
jusque dans le bois. Sur les taches de l'écorce, on
constate la présence d'un champignon que l'auteur ne
spécifie pas malheureusement, mais qu'il croit néanmoins
être la cause de la maladie. Les traitements à opposer
au canker n'ont pas encore reçu, d'après le D'' A. Zimmer-
mann, une sanction suffisante de la pratique. Ils consistent
à récéper les arbres attaqués au ras du tronc. Dans ces con-
ditions, si le parasite n'a pas encore gagné le collet et qu'on
puisse éviter une contamination ultérieure, les rejets
poussent sains. On a proposé aussi de traiter les arbres
malades avec une substance anticryptogamique; mais ce
procédé ne saurait, dans le cas actuel, avoir d'efficacité que
si on a pris soin d'enlever au préalable toute la partie malade
de la tige, jusques et y compris un peu de tissu sain. On
devra ensuite badigeonner la plaie vive avec une solution
saturée de sulfate de fer ou encore une solution d'acide
sulfurique à 66° Baume, à une partie pour 10 parties d'eau.
Sitôt que la surface traitée sera bien sèche, on l'enduira de
goudron de houille ou d'un mastic adhérent quelconque,
(i) De Indische Mercuur, n° 48, '^6 novembre 1898 (Coniplc rendu du
Congrès de Malang à Java).
— 97 -
pour empêcher rintroduetion de nouveaux germes nui-
sibles.
Maladie des branchettes de Caféier. — Cette maladie du
CaIVîier a été ol^servée par M. 11. N. Hidley (i) dans l'État de
Selangor (Péninsule malaise), et elle y commet certains
dégâts. Elle apparaît sur les rameaux jaunes; Técorce
envahie se déchire, et, la lésion progressant vers la base,
la branche ne tarde pas à mourir. Le parasite, selon
M. Massée (?.), serait une l'orme imparfaite d'un champignon,
un ascomycète sans doute, constituant un genre et une
espèce nouveaux, Necator decretus^ du groupe des Tubercu-
lariées. Le parasite se présente à la surface sous forme de
petites masses qui prenne]! t naissance eous l'écorce et
arrivent à l'extérieur en déchirant celle-ci, à mesure qu'ils
augmentent de volume. Ils constituent de fins coussinets
d'un diamètre de i mill. et demi environ, d'abord blanchâtres
et secs, puis rouge orangé et un peu gélatineux; leur forme
est celle de disques ou d'écussons un peu convexes, circu-
laires ou un peu oblongs, assez rapprochés les uns des autres.
L'examen au microscope montre à leur surface un
amas de petites spores (conidies) agglutinées, à membrane
transparente, à contenu rouge orangé, oblongues ou ellip-
soïdes, d'une dimension de i4 à i8 \h de long sur 7 ou 8 [x
de large, sans cloison.
Le support (stroma) est formé de lins filaments anasto-
mosés, ce qui lui donne l'apparence d'un amas cellulaire,
d'un parenchyme; les cellules superficielles donnent nais-
sance aux conidies agencées en chapelet et de telle manière
que, se produisant par des divisions successives de cette
cellule, c'est toujours la conidie du sommet qui est la plus
âgée. Les conidies adultes se détachent, tombent sur le
(i) RiDLEY, H. N., Coffee diseuses, in « Agricultural Bulletin of Malayan
Peninsula », 1897, n" 7, p. ii\'o.
(2) G. Massek, Aeii' Bulletin, 1898, p. 119. — Id., A Text-hook of plant'
diseuses, p. 827 et 442-
7
slioma et s\ agglutinenl en une Jiiasse qui transmet sa cou-
leur rouge i\ la surface du stronia, lequel est incolore. Pour
arrêter le développement de la maladie, on supprime la
partie envahie des rameaux, en taillant dans le tissu encore
sain. Il sera bon de protéger la plaie comme il vient d'être
conseillé j)our le cas précédent.
Maladie du pied. — Dans la même l'égion, péninsule ma-
laise, M. Ridlev (il a rencontré une autre maladie du Caféier
due probablejnent aussi à un cham|)ignon qui envahit la
base du tronc et les grosses racines,
amenant rapidement la mort de l'ar-
])re. Aux endroits infectés, l'écorce
s'épaissit fortement, blanchit et se
déchire en s'écaillant. Le mal ne sem-
ble guère s'étendre. L'auteur n'a vu
de champignon en fructification que
sur un seul arbre. Il a rapporté Fes-
j)èce à un Basidiomycète, Irpex flavus
ï'g'- '9 — Jif^ flavus (i' >, (^p champio-non, d'un certain
Klotzsch, d'après m. ' » ^' \ ^ '
échantillon do l'herbier VolumC, CSt décrit dcpuis longtemps
du Muséum d'histoire x^i . i / \ m ,
uaturelle [sub nomine P^r KlotZSch (^) ; il UlOntrC Un rCCCp-
Poiyporus f.). récolté tacle appliqué sur le support, étalé,
par Gaudichaud à Tou- .
vane. spongicux, de consistance molle, co-
loré en jaune, avec une marge courte-
ment réfléchie et tomenteuse. L'hyménium, c'est-à-dire la
surface fructifère qui couvre le réceptacle, est formé de
dents comprimées, agglomérées par leur base en un ré-
seau : ce qui fait que cette espèce a été classée par Jung-
hung dans le genre Polyporus. Ce champignon a été
signalé sur les chaumes de bambous, sur des troncs d'ar-
bres indéterminés, à Java, à Ceylan, en Australie, dans
(i) RiDLEY, H. N., Op. cit., p. 147.
(2) Klotzsch, Fungi exotici e coltectiuiiihiis Btitannorum, in Linnxa,
^m, p. 452, Halle.
— 99 —
rAïuériqiie du Nord ; on ne l'avait pas jusqu'ici observé
sur Caféier, Je ne puis lien allirmer au sujet du parasi-
tisme de l'espèce en (juestion, n'ayant pas eu en mains
d'échantillon; j'avouerai pourtant que je ne suis pas cer-
tain que VIrpex flaviis soit la cause de cette maladie, ni
même (]ue la détermination (\\\ cliaiiipignon soit certaine.
Maladie du collet du Libéria. —M. Ritzema Bos rapporte (i)
le cas de très jeunes pieds de Caféiers de Libéria cultivés à
Java, dont l'écorce semble avoir été rongée au niveau de la
surface du sol et y présente une coloration noire. Les entre-
nœuds supérieurs brunissent un peu et restent plus courts,
leur accroissement s'arrête et les feuilles se détachent. La
maladie débuterait au collet de la racine, s'étendant de
proche en proche sur le pied atteint. Aussi, les indigènes de
Java qui ont observé ces faits ont-ils appelé cette maladie
« kadas », terme qui aurait le sens d' a affection dartre use ».
La maladie a été attribuée par M. Oudemans à un cham-
pignon Pyrénomycète du groupe des Dothidéacées, non
encore décrit et qu'il a appelé Euryachora liberica (2).
Le parasite prend naissance sous l'écorce et il est appli-
qué sur le bois. Dans les parties inférieures de la jeune tige
où il se développe dès le début, le champignon ne tarde
pas à apparaître au dehors sous forme d'une masse noire,
étalée, aplatie, qui constitue un stroma ; c'est l'accroissement
de cet organe, en long et en large, qui fait fendiller l'écorce
en de nombreux lambeaux très menus qui se détachent,
s'éliminent peu à peu et mettent à nu la masse stromatique.
Sur les entrenœuds supérieurs, l'écorce est restée intacte;
elle est seulement brunie par la présence du stroma qui se
voit par transparence au travers des tissus jeunes.
(i) J. Ritzema Bos, Onderzoek ovev eenigc zdekten in stekkeii vaakoffie
en dadap, in Bulletin san het koloniaal Muséum le Haavlein, juillet 1897,
p. 33.
(2) C. A. J. A. Oudemans, Note sur quelques rlnanpignons nouveaux, in
Verslagen dev koninglijke Akademie \-on Wefenschappen te Anisierdam,
1897, p. 23 1, avec une fig.
100
La surface du stroma est rugueuse dans le bas, plus fine-
ment granuleuse vers le haut, et les aspérités qui s'y
observent sont l'orifice de petites cavités, de cavernes qui
apparaissent comme des points blancs dans la substance
noire du stroma, quand on enlève la surface par une coupe
tangentielle. Au microscope, ces compartiments, disposés
sans ordre bien net, contiennent les uns des spores isolées,
les autres des asques portant chacun huit spores. M. Oude-
mans considère les premiers comme une forme imparfaite
(pycnide se rapportant au genre Haplosporella); les spores
qui s'y trouvent (stylospores) sont fusifor-
mes, hyalines, unicellulaires, aiguës aux
deux extrémités, remplies d'un contenu
protoplasmique finement granuleux, d'une
dimension de i6 jj, sur f) [x. Les autres com-
partiments renferment des asques élargis
vers le haut où la membrane s'épaissit
(fig. y.o). Ces asques sont munis à cet en-
droit d'un gros pore fermé; les spores y sont
disposées sur deux rangs, hyalines, uni-
cellulaires, aiguës aux deux extrémités,
d'une dimension de i4 i^. sur (i ;;,; les para-
physes sont absentes.
Le début de la maladie au collet semble
bien prouver que ce sont les spores mélan-
gées à la terre qui, dès qu'elles germent, attaquent les jeu-
nes pieds de Libéria.
Par suite, on devra conseiller l'arrachement des pieds
malades et leur incinération, et cela autant que possible
avant que le stroma n'ait donné naissance aux spores. Il
sera prudent de s'abstenir de replanter pendant un certain
temps des Caféiers de Libéria à l'endroit où d'autres se
sont montrés atteints.
— Earya-
liberica
— A, un as-
quc et ses huit
spores, Sp; P, le
pore de l'asque ;
E, l'épaississc-
rnent ; li, spores
plus grossies.
Maladie de Cochinchine. — On s'est plaint dernièrement,
— 101 —
en Cochinchine (ij, d'une maladie qui pourrait bien être
analogue à Tune des précédentes. Elle attaque le Caféier
de Libéria dans les terres basses et argileuses, et se mani-
feste par une coloration noire du tronc et une rétraction de
l'écorce. Celle-ci se couvre ensuite de points blancs qu'on
a considérés comme des champignons. Les branches supé-
rieures sont attaquées à leur tour et toute la tige se des-
sèche. En dernier lieu, le mal gagne vers la partie infé-
rieure. La maladie n'est pas générale et n'apparaît que
pendant la saison des pluies. On l'atténuerait en pratiquant
au sol des drainages. La cause de cette maladie est, en
somme, fort incertaine.
En dehors de ces maladies signalées par les planteurs,
des botanistes ont décrit un certain nombre de petites
espèces de cliampignons végétant sur des Caféiers mou-
rants. Parmi celles-ci, il en est vraisemblablement qui sont
parasites; malheureusement, si nous possédons de ces
champignons des descriptions exactes, nous n'avons pas
de renseignements précis sur la nature et l'importance du
dégât produit.
Je ne crois devoir m'arréter quelques instants qu'aux
trois espèces qui suivent.
Caryospora Coff'cœ Pat. — Ce champignon, de la famille
des Pyrénomycètes, décrit par M. Patouillard {2), a été
observé au Venezuela par M. Gaillard sur des branches
mourantes de Caféier. Les fructifications sont constituées
par des périthèces noirs, arrondis, punctiformes, de 1/2 à
I millimètre de diamètre, munis d'un pore à leur sommet.
A l'intérieur de la cavité sont des asques de rioo à aSo ]}. de
longueur, sur 4j à 60 \j. de largeur, entourés de paraphyses
grêles, diflluentes. Les spores, au nombre de 8 par asque,
(i) Bulletin ('■(■oiioniif/ue de Vlndo-Chiiie. w" 5, i^'" novembre i8g8,
page 17G.
{■1) N. l'.vToi ii.i.vRD cl A. (iAii.i.ARD, Ckaiiijjigiioiis de Venezuela et du
Haut-Or<'iio(/iio I Bulletin de la Société mycologique de France, IV, 1888,
p. ii3).
— 102 —
sont brunes à la maturité, munies de 5 cloisons, d'une
dimension de 80 [x sur .>.o [/, terminées à leurs deux extré-
mités par une pointe mousse, hyaline, à base élargie.
J'ai reçu les deux espèces suivantes de la Réunion (i).
Elles végétaient sur des rameaux de Caféiers se desséchant
sans cause apparente. Pour toutes deux, les conceptacles
prennent naissance dans l'écorce,et le mycélium, peu abon-
dant d'ailleurs, ne dépasse pas le liber. Je n'ai pas d'autres
renseignements à fournir sur ces deux espèces, sinon que
les feuilles des Caféiers d'où provenaient les branches en
(juestion souffraient des atteintes de Y Hemileia vastatrix.
Phoma Coffeœ G. Delx. — Les conceptacles noirs de cette
espèce sont peu nombreux, arrondis, de i65 [}. de dia-
mètre environ et munis d'un pore. L'intérieur de la cavité
porte des spores hyalines, fusoïdes, droites, de 16 à 18 jj.
de long sur •>. [j. i/:>. à 3 [j. de large, placées au sommet de
courts pédoncules, également hyalins, tie 5 [x sur i [j. 1/3.
Le mycélium, brun dans le voisinage du conceptacle, se
décolore à mesure qu'il devient plus grêle en s'enfonçant
entre les cellules du périderme cortical.
A
Fi g.
Ceiifhospoia coffcicola G. Dclx. — L, les logos sporifères ; en JJ, spoiu
isolées (stylospores).
Ceuthospora coffeicola G. Delx. — Les fructifications
(fig. ai) sont constituées par de petites masses brunes,
(i) G. Delacroix, Quelques espèces nouvelles (Bullclin de la Société
mycologique do France, Xlf, 1897, p. 122 et i23).
— 103 —
munies à leur soiiuiiet d'un col qui perfore lépiderme
desséché sous lequel elles sont placées dans l'épaisseur
du liège. Ces masses, brunes, n'atteignent qu'une fraction
de millimètre dans leur plus grand diamètre; elles sont
obtusément coniques et creusées à l'intérieur de compar-
timents inégaux, irréguliers. Sur les surfaces internes
s'insèrent de petites spores, paraissant sessiles, qui sont
très nombreuses, hyalines, ovoides-oblongues, d'une di-
mension de 5 II sur i,5 [x.
Ces deux espèces sont des formes incomplètes de cham-
pignons Ascomycètes, dont la forme à asques m'est in-
connue.
MALADIE PRODUITE PAR UNE ALGUE
GEPHALEUROS VIRESCENS
Le Caféier de Libéria peut être attaqué par une algue
verte que je rapporte au Cephaleuros virescens Kunze (i), et
c'est M. Marshall Ward qui l'a signalée le premier sur
cette plante, dans l'Inde (2). Cette algue, qui appartient à la
famille des Chroolépidées du groupe des Confervacées,
n'est d'ailleurs pas spéciale au Caféier de Libéria; on la
trouve sur des plantes fort diverses, toutes à feuilles lisses
et coriaces, camélias, crotons, citronniers, arbre à thé, etc.
Sur cette dernière plante, il constitue un parasite dange-
reux quand il passe des feuilles sur les
rameaux (3). (]omme beaucoup d'autres
/ Chroolépidées {Treutepolilia flava, par
exemple), elle a une aire de dispersion
\/^ "■ fort étendue et se rencontre fréquem-
* '' ' ment dans les régions chaudes des deux
- Un écus- mondes,
scn de Cephaleuros j'^j recu, de la Réunion d'abord, des
çirescens Kunzc, sur
la face supérieure feuilles attaquées par cette algue ; de-
«rr 'df'lnLt: P>.is, m. Émlle Laurent m'en a fait par-
(Grossi deux fois et venir de beaux échantillons provenant
du Congo belge.
Le Cephaleuros virescens apparaît sur la feuille de Caféier
de Libéria comme de petites plaques minces, parfaitement
(i) CeUe détermination a été corroborée par lexamen qu'a bien voulu
faire de mes préparations M. Bornet, membre de l'Institut, dont l'opinion
fait autorité en matière d'algologie.
(2) Marshall Ward, Structure, development and life history ofa tropical
epiphyllous Lichen, in « Transactions of the Liunean Society, » i88/i,
série II, vol. II, p. 87 avec pi.
(3) George Watt, The Pests and Blights ofthe tea-plant, Calcutta, i8y8,
p. 443-459.
— lOo —
adhérentes, nombreuses, irrégulièremenl arrondies, d'un
gris olivâtre plus ou moins foncé et qui à Tœil nu semblent
comme pulvérulentes. C'est à peu près exclusivement la
face supérieure de la feuille qui les porte.
Sous la loupe, le bord libre de la plaque se montre fine-
ment lobé ou fimbrié, et la pulvérulence qui couvre la sur-
face se résout en une infinité de petits poils dressés {{\g.:i:i).
La partie envahie de la feuille est parfois légèrement
épaissie et un peu proéminente; c'est quand l'attaque de
l'algue est peu intense qu'on observe ce fait et, dans ce
cas, sur la face inférieure de la feuille^ dans la région de la
plaque, la couleur verte naturelle persiste sans se modi-
fier. Ailleurs, au contraire, à l'endroit de cette plaque, la
feuille diminue d'épaisseur, et
sur la face inférieure on ob-
serve une coloration rouge-
brunàtre, tandis (jue le bord
de la plaque est limité par une
marge étroite, faiblement bom-
bée, appartenant au tissu de la
feuille.
L'analyse microscopique
montre que le thalle de l'algue,
la portion végétative, est con-
stitué par des filaments agen-
cés en un faux parenchyme
par leur accolement (fig. 23).
Le thalle s'étend ainsi sous la
cuticule et la sépare de l'épi-
derme supérieur sur toute
l'étendue de la lâche. Dans les
cellules de l'algue, les plas-
tides chlorophylliens, verts normalement, prennent pour
le plus grand nombre une coloration rouge qui leur est
communiquée par une matière oléagineuse.
Sur un grand nombre d'espèces végétales attaquées par
Fig. ■>.). — Cejjhaleuros t'irescetis. —
r*oi'tioii d'une coupe transversale
dans un écusson : Cut.s., cutioulc
de la face supérieure de la feuille ;
Ep. s., l'épiderine supérieur;
Pa. p^, Pa. p.), les deux couches
de cellules en palissade ; T'A. s-c,
thalle sous-cuticulaire; Fi, fila-
ments du thalle ayant fait irrup-
tion au travers de l'épiderme et
tuant les cellules en palissade.
— 106 —
le CepIiaLeuros vlrescens, cette algue ne dépasse guère la
cuticule dans le tissu de la feuille et le dommage causé est
nul. Il n'en est pas généralement ainsi pour le Caféier de
Libéria et pour l'arbre à thé, en particulier.
Sur le (Caféier de Libéria, on peut voir les filaments de
l'algue, constitués en des sortes de
rhizoïdes, s'insinuer entre les cellules
épidermiques, pour faire irruption
entre les éléments de la première ou
même des deux couches du paren-
chyme en palissade (fig. y.3 et ■>4)- Ces
fdaments ne pénètrent pas les cavités
cellulaires et ils se nourrissent sim-
plement par osmose aux dépens des
cellules qu'ils touchent ; ces cellules,
cependant, ne tardent pas à périr.
Leur contenu coagulé devient opaque
et prend une couleur marron foncé
intense. Cette teinte mêlée à celle des
filaments du thalle produit une colo-
ration rouge un peu brunâtre sur la
face inférieure, lorsque la pénétration, ayant dépassé les
cellules en palissade, a gagné le parenchyme lacuneux,
dont les éléments sont aussi en grande partie frappés de
mort 'fig. 34)-
En même temps, vers les bords de la plaque, les cellules
restées vivantes, celles surtout des deux couches en palis-
sade, ne tardent pas à réagir par suite de l'irritation ame-
née par ce parasitisme. Elles deviennent le siège de cloi-
sonnements qui s'établissent d'après le mode originaire
de formation du tissu subéreux, et les cloisons sont diri-
gées suivant un plan parallèle à la surface de la feuille
(fig. a.'ï).
Ce tissu de nouvelle formation subit à peine la modifica-
tion subéreuse et on le voit quelquefois envahi à son tour
et tué par les filaments de l'algue parasite. En tous cas.
Fig. 24. — Ccphalcurus vi-
rescens. — Mêmes leUres
que fig. 23. Les fila-
ments /•'{, et ^4 chemi-
nent vers le parenchyme
lacuneux, après avoir
tué les cellules en palis-
si.do.
107
dans les parties les plus éloignées de Talgue, les éléments
nouveaux formés parle cloisonnement s'allongent sensible-
ment et prennent à peu près la longueur des cellules du
parenchyme palissadique normal; c'est ainsi que se con-
3o.s.
'Pa-ttx.. _ __
Fig. 25. Cephaleuros ciVescews. — Schéma de la coupe transversale d'une feuille
de Caféier de Libéria et de l'écusson qu'elle porte : dit. i, cuticule de la face
inférieure de la feuille; N, une nervure; Ep. i, épiderme inférieur; Pa. m, par-
tie morte de la feuille; /., L', ses limites ; Bo. s, bourrelet subérisé ; P. st., poil
stérile ; P. xp., poil sporangifère. (Pour le reste, mêmes lettres que fig-. ■l'i.)
stitue la marge hypertrophiée du bord de la plaque. Dans
la partie centrale, au contraire, le tissu mort se rétracte et
contribue à. diminuer là Tépaisseur de la feuille.
Si la pénétration s'établit plus lentement, la plante a le
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p.
Fig. 9.6. — Cephaleuros rirexceiif:. — Formation du tissu de protection dans les
cellules en palissade. (Mêmes lettres ((iie fig. a'J, ^4, a5.)
temps de réagir avant que les éléments anatomiques aient
été tués. C'est dans le parenchyme en palissade et plus
souvent aux dépens des cellules de la seconde couche que
se fait le cloisonnement ; la prolifération dans le paren-
chyme lacuneux est plus rare. Dans ces conditions, le
— 108 —
parenchyme lacimeux peut se trouver protégé et la tache
rougeàtre n'apparaît pas sur la face inférieure de la feuille,
ou tout au moins elle s'y montre plus tardivement.
L'hypertrophie tissulaire produite dans la région sous-
jacente au thalle rend ici la plaque un peu })roéminente.
On peut d'ailleurs trouver tous les intermédiaires entre
ces deux extrêmes.
Plus tard, lorsque l'évolution de l'algue est terminée et
qu'elle a donné les organes de reproduction que nous allons
étudier, ces sortes d'écussons qu'elle forme su)- la feuille
se dessèchent; adhérents à la feuille, mais tiraillés en tous
sens par le tissu ambiant qui tend continuellement à croître,
ils se déchirent peu à
[)eu, se détachent et
s'éliminent en menus
morceaux.
Lorsque le thalle a
j)ris un certain déve-
loj)pement sous la
cuticule, on voit de
place en place quel-
ques filaments la tra-
verser et sortir au
dehors, en se dres-
sant perpendiculaire-
ment sur la surface
de la feuille.
Ces fdaments dif-
férenciés constituent
alors de véritables
poils, dont les uns
sont stériles et les
autres fertiles, sont terminés par des sporanges (fig. 27).
Les poils stériles sont cylindriques, atténués en pointe
mousse au sommet et divisés en trois ou quatre cellules
par des cloisons transversales; leur longueur varie entre
Fig. ■?.'. — CephaJeuros uiresceiis. — A, un poil sté-
rile ; B, extrémité d'un poil fertile jeune ; C, un
poil fertile portant les sporanges, Sp, à son
sommet ; D, un sporange mûr, Sp, rempli de
zoospores, avec son pédicellc, P, incurvé en
hameçon.
— 109 —
i6o et 200 [X et leur largeur est d'environ i>, [;.. Les poils
sporangifères sont généralement plus courts et un peu
plus larges que les poils stériles; ils sont de même cloi-
sonnés. Dès leur issue hors de la cuticule, ils commencent
à s'arrondir au sommet et à s'y différencier en une vésicule
(jui se sépare du reste du poil par une cloison. C'est sur la
vésicule que prennent naissance des sporanges légèrement
ovoïdes, portés à l'extrémité de pédicelles trapus, incur-
vés vers le dehors, à convexité dirigée en haut.
Le nombre des sporanges portés par la vésicule varie de
trois à six. Il m'a paru (ju'en général le nond)re de ces spo-
ranges était d'autant plus faible que l'action parasitaire de
l'aîgue est plus marquée. La dimension moyenne des spo-
ranges mûrs est d'environ 3:") \x dans leur plus grand dia-
mètre.
Il peut arriver (priin poil fertile, après avoir })roduit ses
sporanges, continue de se développer à l'état végétatif, de
façon que sa portion supérieure redevient un poil stérile.
J'ai vu le fait une seule fois sur le Caféier de Libéria; mais
je l'ai retrouvé nettement et à plusieurs reprises sur une
feuille de Perser/, de l'herbier du Muséum, récoltée à
Quito, par M. de Lagerheim.
Je n'ai pu avoir les sporanges à un état de fraîcheur suffi-
sante pour observer convenablement leur contenu et leur
évolution. Je les ai trouvés vides ou bien trop jeunes et
remplis de petites masses arrondies qu'il n'était guère
possible de différencier.
L'étude de ces oi'ganes a d'ailleurs été faite antérieurement
sur le vivant, mais sur d'autres supports que le Caféier de Li-
béria. Cunningham, le premier (i), a suivile développement
des sporanges et des zoospores qui en proviennent sur le
Camcllia japonica, à Calcutta. Un peu plus tard, M. Mar-
shall VVard (?.) a fait des observations identiques sur le
(i) CunmnGham, On Mycoidea parasitica. in 0 Transactions of ihe Lin-
ncan Society », 'i* série, vol. I, avec pi., p. ioi.
(•2) Marshai.1, Ward, Op. cit.
— 110 —
MicJu'lia fuscata . D'après Cuiiningham, c'est pendant la
saison pluvieuse que se montrent abondamment les spo-
ranges. Leur contenu est coloré en vert. Il se divise et
donne naissance à des masses de protoplasma nu qui ac-
quièrent deux cils vibratiles divergents et sortent par un
orifice latéral. Une fois mises en liberté, ces /oospores
nagent dans les gouttelettes d'eau ou de rosée déposées
sur la feuille ; bientôt, elles perdent leurs cils et germent
par un court filament, première ébaucbe d'un nouveau
thalle d'abord extérieur à la feuille, mais qui la pénètre
bientôt en perforant la cuticule.
Des coupes aussi bien transversales que tangentielles
pratiquées dans des écussons plus âgés m'ont monlré
TTTTTTT
TTTTT
Fig. 28. — Cephalcuros virescens. — Les kystes, A', prenant naissance dans le thalle
sous-cuticulaire. A gauche le kyste s'est vidé de son contenu après avoir per-
foré la cuticule. Coupe transversale.
d'autres organes sur la nature desquels je ne puis me j)ro-
noncer d'une façon tout à fait certaine (fig. 28 et 29). Ils
sont de forme à peu près sphérique ou un peu ovoïdes,
avec des dimensions moyennes de 4^ à jo \}., et sont inclus
dans la portion du thalle comprise entre la cuticule et
l'épiderme de la feuille. La répartition de ces organes est
irrégulière et on n'en trouve pas sur toutes les taches. Mais,
quand ils existent, ils sont en général nombreux et parfois
même se touchent. Je les ai rencontrés sur le Libéria du
Congo et sur celui de la Réunion et dans les deux cas
identiques. Une seule fois, j'en ai rencontré un isolé dans
le tissu lacuneux d'une feuille (fig. 3o). Ils possèdent une
— 111 —
mernhrane bien différenciée, finement striée, assez épaisse
et leur contenu, d'une teinte vert glauque, granuleux d'à
bord, s'agence plus tard en un
nombre assez considérable de
masses protoplasmiques, polyé-
driques par pression réciproque,
munies de granules plus réfrin-
gents (fig. 3i). Quelques-uns des
corps dont je viens de parler^ en
contact immédiat avec la lace in-
terne de la cuticule, apparaissent
vides de leur contenu et présen-
tent un pore ouvert au debors
au travers de la cuticule (fig. a8).
J'avais cru voir là un organisme
étranger, un kyste d'un cbam-
pignon, une Cbytridinée ; mais
j'ai pensé depuis qu'il était plus
logique de considérer ces orga-
nes comme des sporanges intercalaires prenant naissan<>e
sur le trajet même des filaments du thalle. Mes observations
ne m'ont pas permis de connaître le sort ultérieur des
masses protoplasmiques dont j'ai
parlé ; il est possible que ce soient
des zoospores en voie de différen-
ciation. Les observations de Cun-
ningham le font en effet suppo-
ser, comme nous allons voir.
Cet auteur a cru observer dans
l'espèce que j'étudie ici les pre-
mières phases d'une reproduc-
tion sexuée, assez analogue à
celle que présentent les champignons Oomycètes de la
famille des Péronosporées. A la suite de la fécondation
opérée sur une oosphère globuleuse par un pollinide
allongé, filamenteux, prendrait naissance un œuf.
'■[). — Cephaïeuros vues-
cens. — Coupe tangentielle du
thalle sous-cuticulaire, avec
dos kystes, K.
Fig. 3i. — Ccphulvu,
cens. Division du
d'un kyste.
En Z, une zoosjioie
Cunningham.
— 112 —
Dès lors, respèce de Gunningham que ce dernier avait
appelée Mycoidea parasitica, qu'il croyait nouvelle et le
seid représentant d'un genre
nouveau, cette espèce, dis-je, a
pu pendant un certain temps être
considérée comme un organisme
intermédiaire entre les Pérono-
sporées et les algues vertes; ce
iTétait, en somme, qu'une Péro-
nosporée différant seulement de
ses congénères par la présence
de la chlorophylle. Hâtons-nous
de dire que les recherche de
^I. Marshall Ward (Knljord, puis surtout de M. P. llariot (i),
ont permis d'étahlir l'identité certaine ['.i) du Mycoidea
païasitica et du Cephaleuros vii'cscens, et que les deux
auteurs précités n'ont pu vérifier
l'existence de cette reproduction
sexuée indiquée par Gunningham.
Je n'ai pas été moi-même plus heu-
reux. On rencontre, il est vrai, par
hasard, dans les préparations des
filaments appliqués sur le kyste,
mais rien n'autorise à dire qu'il y
ait là un début de reproduction
sexuée (fig. 3 s»).
Mais j'ai tout lieu de penser
qu'il y a identité complète entre les sortes de kystes que
je rencontre dans le thalle sous-cuticulaire d'une part et
les oogones et prétendus œufs de Gunningham de l'autre.
Fig. j-^. — Cephaleuros vires-
cens. — Apparence de féconda-
tion : K, un kyste ; ;«, portion
de filament accolée au kyste.
( i) 1'. IIariot, Note sur le genre Cephaleuros, iu « Journal de Botanique »,
I. III, 1889, p. 274 et iSj.
(2) M. G. Karsten, clans son mémoire sur les Chroolépidées [Untersu-
chungeii iiher die Fanùlie der Chvoolepideeii, in « Amiales du Jardin bota-
nique de Buitenzorg», X, 1891, p. 24-25), range le Mycoidea parasitica de
Gunningham parmi les Cephaleuros, soua le nom de Cephaleuros Mycoidea,
et il se refuse à accepter l'identification faite par M. Hariot avec le C. vires-'-
— 113 —
En effet* Gunningliain déclare que dans les oogones et
œufs en question la membrane « est très épaisse et pré-
sente des apparences évidentes de stratification »; quant
au contenu (oosphère pour Cunningham), il possède une
teinte jaune orangée, comme celui des filaments du thalle,
mais plus intense. Cette matière colorante, fréquente chez
les Chroolépidées, imprègne les corpuscules chlorophylliens
et donne sa couleur à l'algue. Par la dessiccation, elle se
décolore et prend une teinte vert glauque. Ces deux faits
cadrent bien avec la description que j'ai donnée plus haut.
Cunningham a vu ce qu'il appelle des oogones commen-
cer à apparaître après la saison des pluies, lorsque la végé-
tation de l'algue se ralentit et que les sporanges extérieurs
ont terminé leur évolution. A ce moment les filaments du
thalle modifient leur couleur : de vert qu'il était jusque-là,
le contenu prend une teinte rougeàtre. Puis, un peu latérale-
ment, sur le trajet d'un certain nombre de filaments, prennent
naissance des renflements, au delà desquels les filaments
qui les portent continuent leur ramification habituelle par
dichotomie. Ces renflements augmentent de volume, mais
les modifications dont ils sont le siège n'ont pu être obser-
vées, par suite de leur iléfaut de transparence. C'est alors
qu'interviendrait la fécondation dont j'ai parlé. En tous cas,
lorsque les renflements sont arrivés au terme de leur crois-
sance, le thalle s'est raréfié autour d'eux et parait en voie
de décrépitude : c'est également ce que j'ai pu observer
moi-même.
A ce moment, le renflement s'ouvre par un ostiole et met
en liberté des zoospores à deux cils vibratiles, en tout sem-
cens. M. Hariol a eu en mains l'échantillon type de Kunze; il l'a comparé
avec beaucoup d'autres de cette même algue existant dans l'herbier du
Muséum d'histoire naturelle et provenant de localités les plus diverses. J'ai
examiné moi-même la majeure partie de ces échantillons et j'y ai retrouvé
les particularités que je signale sur le Caféier de Libéria. Dès lors, je ne
saurais accepter la dénomination appliquée par M. G. Karsten cl je partage
entièrement l'opinion de M. Hariot sur ce point. M. Massée (.i Text-book
of plant diseuses, p. 343) donne également les deux termes Cephaleuros
^'irescens et C. Mycoidea comme synonymes.
— 114 —
blables à celles des sporanges externes, si ce n'est qu'elles
sont munies de nombreux granules roussâtres et verdàtres.
Dans des circonstances favorables, elles donnent naissance
à de nouveaux thalles. Mais, dans quelques cas, Cunningham
aurait vu de ces zoospores se fusionner ensemble deux par
deux. Ce phénomène est une véritable fécondation et il n'est
pas admissible qu'un être vivant présente ainsi successive-
ment deux modes très différents de reproduction sexuée;
c'en serait, en tous cas, le seul exemple qu'on connaisse. Je
croirais bien plutôt, comme M. Marshall W ard et M. P. Ha-
riot, que la reproduction par oogone et pollinide n'existe
pas. Le filament figuré par Cunningham comme pollinide
(organe mâle) ne serait qu'un filament végétatif ordinaire
que le hasard de sa direction et de sa croissance a appliqué
sur le renflement, mais qui n'est à aucun moment en com-
munication avec ce dernier, .l'admettrais très volontiers que
les sporanges intercalaires, les oogones (organes femelles),
constituent ce qu'on a aj)pelé des « gamétanges w, appa-
reils qui donnent naissance, non à des zoospores ordinaires,
mais à des gamètes, organes spéciaux destinés à accom-
plir une reproduction sexuée. Et pour le cas présent, ces
gamètes seraient alors libres et la reproduction sexuée iso-
game, c'est-à-dire que les deux gamètes qui y concourent,
mobiles à l'aide de leurs deux cils vibratiles, sont entière-
ment semblables entre elles, quoique devant être considé-
rées comme de sexe différent. C'est ce phénomène qu'on a
désigné en algologie sous le nom de « copulation des
zoospores ». Il a été observé, entre autres cas, dans un
genre de Chroolépidées voisin des Cephaleuros, le genre
Trentepohlia .
Le Cephaleuros virescens se rencontre souvent associé à
un champignon pour constituer un lichen. Les feuilles de
Libéria que j'ai étudiées portaient de place en place les
croûtes vert clair de ce lichen qui appartient au genre Stri-
giila. A mesure que la croûte avance vers la période de
— 115 —
fructification ascospore, l'apparence extérieure change
notablement ; la surface pâlit encore et prend une apparence
tout à fait crustacée, irrégulière. L'algue ainsi lichénisée
ne produit plus aucun organe de multiplication et les spo-
ranges ne tardent pas à disparaître.
C'est là un fait général dans le cas de symbiose algo-
lichénique.
Je n'ai pas trouvé ce lichen fructifié sur les échantillons
que j'ai eus en mains; mais je rappellerai que le Strigula
complanata Montagne a été observé par le D"" Ernst sur le
Caféier d'Arabie au Venezuela (i) et il a été établi par
M. Hariot (a) que l'algue du Strigula complanata est bien
le Cephaleuros virescens. Il est donc vraisemblable qu'il
s'agit ici de la même espèce.
Il est à remarquer que Kunze, qui a décrit le Cephaleuros
virescens, en 1827, d'après deux échantillons rapportés de
Surinam, avait rapproché cette plante d'un côté des cham-
pignons et particulièrement des Mucor, de l'autre des
lichens, et surtout du genre Strigula.
Cette dernière comparaison est, on vient de le voir,
parfaitement justifiée, ainsi que l'a fait observer M. Ha-
riot.
Le D' Nylander (3) avait établi depuis longtemps un
rapprochement entre Cephaleuros et Strigula, déjà soup-
çonné par Montagne (4) et sur lequel M. Marshall Ward a
insisté à nouveau (5).
En tout cas, il est nécessaire d'ajouter que, sous sa forme
lichénisée, l'algue ne doit plus être considérée comme para-
site, elle est le plus souvent inoftensive, car la pénétration
(i) D"" Ernst, Op. cit. {Estudios sobre las deformaciones, etc.).
(2) P. Hariot, Op. cit.
(3) D' W. Nylander, Expositio synoptica Pyienocarporum, iSSg, p. 67.
{/\) Histoire physique, politique et naturelle de Cuba. Plantes cellulaires,
par M. Montagne, avec atlas, 1 838- 1842.
(5) Marshall Ward, Structure, developpment and life history of a tro-
pical epiphyllous Lichen (Trans. of the Linn. Society, janv. 1884, 2* série,
vol. II).
— IIG —
ne dépasse pas la cuticule et la tache est absente sur la face
inférieure de la feuille.
Le D'^ Went a signalé sur le Caféier de Libéria une mala-
die observée à Tegal(Java)etil croit qu'elle existe à d'autres
endroits de File (i). Je traduis du mémoire qu'il a publié sur
ce sujet les lignes suivantes qui expriment les caractères
importants de la maladie et du parasite qui la cause. Ce
parasite serait, d'après M. Went, un Ccplialeuros non décrit^
CepJialeuros Coffeœ \A'ent :
« Les baies encore immatures noircissent et se dessèchent
(( pré]naturément,de telle manière que les graines n'arrivent
« pas à maturité. En suivant attentivement l'évolution de la
« maladie sur les baies, on ne voit d'abord que des taches
« arrondies d'un brun orangé qui, à l'œil nu, se montrent
« finement poilues. Le nombre des taches augmente pro-
« gressivement; la baie brunit, se ratatine, elle est alors
« complètement desséchée : Des recherches plus approfon-
« dies montrent que, sur les arbres malades, des taches
« semblables ne tardentpas àapj)araître sur les feuilles. Les.
« feuilles lisses, brillantes du Caféier de Libéria sont ordi-
« nairement habitées par beaucoup de lichens épiphytes.
« La couleur brun-rouge des taches en question permet de
« les reconnaître facilement. 11 n'y a pas à craindre une con-
« fusion avec \ Ilemileia vastal ri.i\ caries taches de ce der-
« nier parasite sont d'une coideur orange beaucoup plus
« claire, sans contour nettement arrêté, localisées exclusive-
ce ment à la face inférieure des léuilles, tandis que dans le
« cas actuel ces taches sont visibles sur les deux faces.
« L'examen microscopique montre que ces taches sont
« occupées par une algue , dont les chromoplastides
« verts (a) sont tantôt nettement visibles, tantôt masqués
(i) Cephaleitros Coffeie, eine neue parasitische Cliroolepidee, par le
D"" F. A. F.C.Wknt, in Centralhlatt fiiy Bakteriologieund Parasitenkiinde,
Ziveite Ahtheilung... Baktcriologie und Pflanzenpathologic , 1895, p. 681.
(2) On désigne sous ce nom de « plastides » ou de « leucites » des cor-
puscules inclus dans le protoplasnia et doués d'une individualité propre
— 117 —
« par des corpuscules présentant une coloration jaune
« orangé. C'est cette matière colorante qui donne- leur ap-
« parence aux taches en question. On peut rencontrer quel-
« ques filaments de Talgue dans la région de la tache, à
« l'intérieur des tissus ; mais la plupart d'entre eux sontexté-
« rieurs et ils s'agencent de manière à constituer une lame
« de thalle formée de plusieurs épaisseurs de cellules à la
« surface des baies et sur l'épiderme supérieur de la feuille.
« De cette assise s'élèvent des poils qu'on peut voir aussi
« sur l'épiderme inférieur delà feuille... »
M. Went a vu l'extrémité renflée de ces poils produire, dans
leur cavité, des spores mobiles, des zoospores à deux cils.
Il a également constaté que les filaments du thalle inclus
sous la cuticule ne pénètrent jamais les cellules de leur
hôte ; ils se ramifient seulement entre ces dernières. 11
ajoute que les taches produites par l'algue sont limitées par
une marge étroite constituée par un tissu hypertrophié;
quant à la matière colorante de l'algue, elle est soluble dans
l'alcool absolu.
Bien que je n'aie pas vu les échantillons de M. Went et
<(ue mes correspondants ne m'aient pas signalé l'envahisse-
ment des fruits sur le Libéria, je ne puis guère douter de
l'identité des Cephaleuros Coffea' et virescens. Le Cepha-
leuros virescens est, en efl'et, une plante très polymorphe.
M. G. Karsten (i) le déclare a un véritable Protée » [es ist
eiii ivahrer Proteus, dit-il); et, d'après lui (/«?., p. aS-aô), l'in-
fluence du support est prépondérante, de même que sur un
support donné la simple différence d'âge donne à l'algue
un habitus tout différent. Les conditions extérieures, séche-
resse, humidité atmosphérique ont également à ce sujet une
influence très sensible.
Imprégnés d'une matière colorante, ce sont des chromoplastides » ou
« chromoleucites ». Les chromoplastides verts (chloroplaslides) sont
colorés par le mélange de chlorophylle et de xanthophylle : c'est ce qu'on
appelle communément les grains de chlorophylle.
(i)(i. Karsten, Op. cit.. p. ii\.
— 118 —
D'un autre côté, la forme des organes figurés par
M. Went, les dimensions qu'il leur attribue, se rapportent
bien à ce que j'ai trouvé dans le CepJialeuros virescens, où j'ai
rencontré aussi ces proliférations cellulaires que M. Went
considère comme caractéristiques du Cephaleuros Coffex.
Enfin, cette dernière espèce est, comme le C. virescens,
susceptible de lichénisation, et M. Went en a figuré le pre-
mier stade. Il faut encore ajouter que le même auteur n'a
pas cherché à établir de comparaison avec le C. virescens et
qu'il n'a pas eu à sa disposition les travaux de Gunningham
et de M. Marshall Ward.
Toutes ces considérations justifient bien, je pense, mon
appréciation exprimée plus haut.
On a trouvé, nous l'avons vu, cette algue sur le Caféier
d'Arabie, mais sous sa forme lichen seulement, où elle est
inoffensive.
En général, la maladie due au Cephaleuros virescens
n'amène pas dans la végétation du Caféier de Libéria un
trouble notable : en effet, le parasite est localisé, souvent
superficiel, et, possédant de la chlorophylle, il est suscep-
tible sous l'influence des radiations lumineuses d'absorber
l'acide carbonique de l'air et de constituer des substances
hydrocarbonées. Si, cependant, les taches sont nombreuses
sur un certain nombre de feuilles, et si elles devenaient
confluentes, si l'envahissement se montrait sur les baies et
que l'on craignît qu'elles ne puissent parvenir à une matu-
rité suffisante, il serait tout indiqué de supprimer et brûler
ces organes très atteints dans la mesure du possible, de
manière à entraver l'extension du parasite.
Il esta supposer que les pulvérisations à la bouillie bor-
delaise seraient utiles en pareil cas. M. George Watt (i) en
a obtenu de bons effets sur l'arbre à thé. 11 résulte des
observations qu'il rapporte que ce traitement a une action
d'arrêt très nette sur la vég-étation de l'aloue.
(i) George Watt, Ojj. cit.
— 119 —
MALADIES PRODUITES
PAR DES PHANÉROGAMES PARASITES
LORANTHUS
Les LorantJius, de même que le gui des régions tempé-
rées boréales, appartiennent à la famille des Loranthacées.
Ce sont des plantes vertes qui s'établissent en parasites sur
les branches des végétaux arborescents ; elles s'y montrent
en forme de buissons, à ramifications dicliotomes qui, à un
moment donné, fleurissent et produisent comme fruits de
petites baies à pulpe très gluante.
Les Loraiithus pénètrent les branches dès la germination
de leur graine, ou, du moins, peu de temps après. La radi-
celle, une fois sortie, perfore l'écorce, la traverse et s'in-
troduit dans le corps ligneux, dont elle écarte les couches
superficielles à la façon d'un coin. Cette racine reste indivise
chez les Loraiithus. Dans le gui, elle se ramifie et donne
naissance à des racines sous-corticales ; celles-ci rampent
entre le liber et le bois de la tige hospitalière et, de place
en place, elles émettent de courts rameaux en forme de
coin, qui pénètrent dans le bois à une assez grande profon-
deur.
La tige aérienne des Loraiithus, dès qu'elle a pris un
certain développement, produit à sa base des rameaux
rampants, également aériens, qui se répandent à la surface
de l'écorce, y adhèrent fortement et y enfoncent, de place
en place, un nouveau suçoir non ramifié, comme celui qui
provient de la différenciation de la radicule. A ces suçoirs
correspondront bientôt de nouvelles tiges aériennes, qui
ne tarderont pas à acquérir des feuilles et à se ramifier.
Dans la partie profonde du suçoir, il y a contact entre le
système vasculaire du parasite et celui de la plante qui lui
donne asile ; de telle sorte que le premier détourne, par
osmose et à son profit, une partie des substances tirées du
— 120 -
sol par le second, peut-être mèiiie aussi une portion des
matières déjà élaborées. INIais, si l'on considère que les
Loraiithus, comme le gui d'ailleurs, sont pourvus de feuilles
vertes, et peuvent, grâce à la présence de la chloro])hylle
dans leurs tissus, décomposer Facide carbonique de l'air et
en assimiler le carbone, on comprend que le tlommage
causé soit, en général, moindre que celui produit par les
champignons. Ces derniers, en effet, privés de chlorophylle,
sont dans l'obligation, pour vivre, d'emprunter à leur hôte
toutes les matières nécessaires à leur subsistance, les
hydrates de carbone aussi bien que le reste.
La dissémination de beaucoup de Loirinthiis, ceux du
moins qui nous occupent ici, semble se faire, comme pour
le gui, par l'intermédiaire des oiseaux, dont certaines
espèces sont friandes de leurs baies. Le D"" Ernst ( i) pense
qu'un certain nombre de ces graines traversent le tube
digestif, sans être altérées sensiblement, en conservant en
partie leur viscosité qui leur permet d'adhérer aux écorces,
et aussi leur faculté germinative. Il est possible aussi que
ces graines gluantes, s'attachant aux pattes ou à cjuelque
autre partie du corps de l'animal, puissent être ainsi trans-
portées d'un arbre sur un autre.
Trois espèces àe Loranthus sont signalées par le D' Ernst,
au Venezuela, sur le Caféier :
L. orinocensis Spr., à fleurs ternécs, en grappes axillaires
simples ;
L. avicularis Mart., à fleurs également ternées, en
grappes axillaires composées;
L. pavviflorus Sw., à fleurs isolées, à feuilles beaucoup
plus petites que celles des deux espèces précédentes.
Van Delden Laerne (2) signale, au Brésil, le Loranthus
brasiUensis sur le Caféier. 11 existe également, à Java, des
Loranthus sur les Caféiers.
(i) Op. cil., p. i3.
(a) Vam Dki-dex Lakrm., liapport sur la ruUnrc du Ctip'-ler. l.a Haye et
Paris, i885, p. 262.
— 121 —
La végétation de ces parasites est lente, et, bien que
l'existence de la plante attaquée ne soit que très rarement
menacée, la branche atteinte ne grossit plus et cesse bientôt
de produire du fruit. 11 est, par suite, préférable de la
supprimer.
Si c'est le tronc ou une grosse ])ranche qui soient envahis,
on devra, le plus souvent, se contenter d'enlever les buis-
sons du parasite et de gratter les couches de bois envahies
parles suçoirs, de manière à extirper ces derniers; on évi-
tera ainsi, dans la limite du possiljle, la production de nou-
veaux bourgeons aériens adventifs. L'opération faite, il sera
utile de recouvrir la plaie d'un onguent quelconque ou de
coaltar; cette précaution a pour ell'et d'empêcher l'accès et
la pénétration d'autres germes, capables d'amener des alté-
rations du bois.
Glusia insignis Martins. — Cette plante phanérogame est
signalée par Van Delden Laerne (i) comme fort nuisible
au Caféier au Brésil.
Ce n'est pas un véritable parasite à la façon des Loran-
tlnis, puisqu'il n'y a pas pénétration dans la tige, les
rameaux ou quelque autre organe du Caféier; mais cet
arbre s'applique au tronc du Caféier, l'enserre si intimement
qu'il arrête sa végétation et le tue.
Le Clusia insignis appartient à la famille des Guttifères ou
Clusiacées. C'est un arbre [•>.) qui peut atteindre 6 mètres de
haut, de 1 5 à '.\o centimètres de diamètre au tronc ; les feuilles
sont oblongues, arrondies en haut, atténuées en bas. Les
fleurs, grandes, unisexuées, à 4 sépales et 8 pétales ; les mâles
à étamines nombreuses réunies en masse, sont grandes,
d'un noii'-rougeâtre en dedans, blanches en dehors ; elles
sont disposées en cymes terminales.
(i) Van Delden Laerne, Op. cit., p. i6-2.
(■i) Martins, Flora hrasiliensis, pars I, vol. XII, p. 424 — .1. Yesque,
Guttifeiw. p. 112 (Suilos au Prodromue Systi^watis iiaturalis de De Can-
dolle).
— 122
PARASITES ANIMAUX DU CAFEIER
Les Caféiers possèdent, dans le règne animal, un nombre
fort considérable d'ennemis; les dégâts qu'ils produisent,
parfois graves, ne peuvent être qualifiés à proprement
parler de maladies, à part un petit nombre d'exceptions. Ce
sentie plus souvent des lésions mécaniques qu'ils produi-
sent, beaucoup plus rarement des modifications dans la
forme des organes ou la nature des tissus.
Les animaux s'attaquant aux Caféiers appartiennent aux
groupes suivants, dont le premier est, de beaucoup, le plus
important :
a) Insectes ;
b) Acariens;
c) Gastéropodes ;
d) Vers ;
e) Oiseaux ; Mammifères.
Nous les étudierons dans cet ordre.
123
INSECTES
Pour la commodité de l'exposition, et n'ayant pas l'in-
tention de donner de tous ces êtres des descriptions com-
plètes au point de vue zoologique, je les étudierai suivant
la nature du dégât qu'ils causent. J'insisterai seulement un
peu sur le côté pratique de la question et les moyens
de défense qu'il y aurait lieu de conseiller (i).
I. — INSECTES MINANT LES FEUILLES
Cemiostoma coffeella. — Cet insecte est un Microlépido-
ptère du groupe des Tinéites, groupe auquel on applique
communément le nom de Teignes.
Les chenilles de cette Tinéite pénètrent dans la feuille
du Caféier et dévorent le parenchyme vert compris entre
les deux cuticules.
La larve produit sur les feuilles de Caféier des taches
brunes ou fauves ; c'est pour cette raison que la maladie
produite a été appelée rouille dans les Antilles françaises,
rust dans les Antilles anglaises et, au Venezuela, d'après le
D' Ernst (2), mancha de hierro (tache de rouille). Les trois
termes sont, on le voit, synonymes.
Observé la première fois par Perrotet aux Antilles, cet
insecte avait été placé dans le genre Elachista [E. cof-
feella] (3). Il en a été séparé par Stainton et classé dans le
(i) J'ai emprunté, pour ceUe partie de mon travail, de nombreux rensei-
gnements sur les ennemis du Caféier, au sujet d'un certain nombre de bro-
chures que je n'ai pu me procurer, au catalogue raisonné du D"" A. Zim-
xMERMANN (Purasiten des Kaffecs, in « CentralblaU fur Baktcriologie...
2« Abtheilung, no» i5 et i6. 1899 »).
(2) Op. cit.
(3) Guérin-Mknevilm; et Perrotet, Mémoire sur un insecte et un champi-
gnon qui ravagent les Caféiers aux Antilies, Paris, i84'2.
124
genre Ceniiostoiua, où il se range naturellement par les
caractères que présentent la tète lisse ainsi que la face, qui
est dépourvue de palpes labiaux ; les mu-urs de la chenille
sont aussi un caractère du genre (t).
Le Cemiostoma coffeella et la maladie qu'il détermine ont
été très complètement étudiés par Pickmann Mann et les
publications ultérieures y ont puisé la plus grande partie de
leurs documents (•>.).
L'insecte parfait, le papillon (fig. ')3),
est très agile ; il n'a pas plus de 5 à 6
millimètres de large, les ailes éten-
dues ; le corps, long de ■:>. millimètres,
est couvert d'une fine poussière ar-
gentée. Les ailes antérieures sont
larges, les postérieures fort étroites
et terminées en pointe ; elles soni,
comme le corps, couvertes de cette
sorte de poussière formée par de pe-
tites squames imbriquées, et les ailes antérieures montrent
quelques taches de couleur variée, jaune d'or, blanc, noir
bleuâtre.
Ce petit papillon peut fournir, dans les régions très
chaudes, plusieurs générations qui
se succèdent pendant toute la durée
de l'année.
Les œufs déposés sur les feuilles
de Caféier éclosent rapidement et
produisent de petites larves jaunâ-
tres, ovoïdes, aplaties, de 4 à 5 mil-
limètres de long, élargies vers la
tête et formées de onze segments
(fig. ,54).
ig-. Ji. — Cemiostoma
coffeella. Le Papillon
lortement gfiossi. (D'a-
près Guérin-Méneville
et Perrotet. Grossi à la
loupe.)
Fig. 34. — Cemiostoma cof-
feella. A droite, une larve ;
à gauche, une chrysalide,
(ortement grossies à la
la loupe. (D'après Guérîn-
Méuevillc.)
(i) Voir à ce sujet Kdnckel d'IIerculais et Ragonut, in Annales de la
Soc. entomol. de Fratice, t. LXIII, 1894, p. (xcvii el suivantes.
(■2) Pickmann MA^■^■, The White Coffee-leof minev. in American Natura-
list, 1872, p. 332 et 596.
- La chenille, qui semble pénétrer par la face supérieure,
vit entre les deux faces de la feuille et dévore tout le paren-
chyme intermédiaire, en formant ces taches fauves, de lar-
geur variable, que nous avons signalées plus haut. L'épi-
derme et la cuticule, bientôt séparés, brunissent plus ou
moins, se soulèvent en formant des espèces d'ampoules un
peu proéminentes (fig.î,")), à l'intérieur desquelles se trou-
vent les déjections de la chenille assez régulièrement dis-
posées en cercles concentriques. Le plus souvent les mines
sont disposées dans le milieu du parenchyme. Leurs con-
tours sont bien limités par la couleur verte non altérée des
régions voisines. Ces larves ne paraissent pas muer, car on
ne rencontre pas leurs dé-
pouilles dans les mines; elles
vivent isolées, mais une feuille
porte communément plusieurs
mines, qui parfois deviennent
confluentes. Les feuilles peu-
vent être attaquées dès leur
épanouissement.
Au bout de 7 à 8 jours, selon
Guérin-Méneville et Perrotet,
i8 à i>o jours, selon Pickmann
Mann, la larve adulte sort de
la feuille par une ouverture
de un millimètre environ, le
plus souvent sur la face inférieure. Elle construit alors
rapidement en une journée environ une petite toile tendue
sur deux épais et courts cordons de soie croisés oblique-
ment. C'est entre cette toile et la feuille qu'elle file un
cocon fusiforme, d'im blanc pur, où elle se transforme en
chrysalide. Elle en sort à l'état de papillon au bout de 6
jours.
Le Cemiostoma coffeella est relativement très répandu. Il
a été fréquemment observé en Amérique, surtout vers le
côté du littoral atlantique, dans les Antilles, au Venezuela
Fig. Jj. — Feuille de Caféier portant
une mine, M, et des chrysalides,
Ch, de Cemiostoma coffeella (Grand,
natur.).
— 126 —
(D" ErnsX, Botnnische Zeitung, i8y6, p. 3i), au Brésil, etc.
M. Raoul (i) l'a constaté à Madagascar, Maurice, la Réunion.
Dans cette localité il existerait depuis longtemps déjà (a),
M. Bordage suppose que cette espèce est originaire des
régions où le Caféier vit à l'état sauvage (Abyssinie, etc.)
et qu'elle a été importée avec lui {Revue des Cultures colo-
niales, 5 mai 1H99).
Il semble que le Caféier d'Arabie soit seul susceptible
d'être attaqué par cet insecte ; on n'a pas, du moins, signalé
d'invasion sur le Caféier de Libéria.
L'importance des dégâts commis semble fort variable. Il
arrive fréquemment que les feuilles qui portent de nom-
breuses taches se dessèchent et tombent. Si sur une plante
donnée le nombre de feuilles ainsi annulées dans leur
fonction est considérable, l'élaboration des principes hydro-
carbonés dévolue aux organes chlorophylliens est notable-
ment amoindrie pour un certain temps, et la plante n'est
pas sans en éprouver un dommage, qui se traduit par une
diminution de la production des fruits. C'est ainsi qu'au
Brésil la récolte aurait été, dans certains cas, diminuée de
ce fait d'un cinquième. A la Dominique, l'existence des
plantations de Caféiers fut gravement menacée de 1881 à
i883 par l'envahissement intense de l'insecte dont nous
parlons (3).
Dans d'autres cas, le dégât semble presque insignifiant,
le mal apparaît, mais son extension s'arrête et peu de
feuilles sont attaquées. M. Delalande (4) a constaté, en effet,
à la Réunion, la très grande fréquence des chenilles
mortes dans les feuilles, trois ou quatre pour une vi-
(i) Manuel des Cultures tropicales de E. Raoul et P. Sagot, tome II,
a* partie. Culture du Caféier, pai' E. Raoul, Paris 1894.
[1) J. Delalande, Observations sur les maladies des Caféiers à la Réu-
nion, Rennes, i883. — L. Bordage, Revue agricole de la Réunion,
sept. 1897, et Revue des Cultures coloniales du 5 mai 1899. — A. Giard,
Bulletin de la Société entomol. de France, 1898, no 9, p. 201.
(3) Botanical station, Dominica ; Annual report for 1893.
(3) Op. cit.
— 127 —
vante ; et la proportion serait encore plus grande pour les
chrysalides. M. Nicole [Bulletin agricole de la Martinique
de mai et juillet 1899, p. 34) signale des faits analogues à
la Martinique. D'un autre coté, M. Pickmann Mann avait
observé sur les larves du Cemiostoma du Caféier la présence
de deux espèces différentes d'autres larves parasites. Elles
appartiennent à deux Hyménoptères : EulopJius Ceiniosto-
niatis et Exothecus letifer. 11 semble par conséquent logique
d'attribuer l'innocuité relative de l'insecte dans certains cas
à la présence de ces parasites qu'il y aurait grand intérêt à
introduire dans les régions où ils n'existent pas. Il est à
remarquer que la maladie sévit avec d'autant plus d'inten-
sité qu'elle est de plus récente importation : ce qui se doit
surtout à l'absence des ennemis naturels de l'insecte.
Ce fait fut particulièrement observé au Brésil au sujet du
Ceniiostoiua du (Caféier. Il y a tout lieu de penser qu'avant
1854 il n'existait pas au Brésil et qu'il y fut introduit par des
pieds de Caféier provenant de Bourbon; mais ce n'est que
depuis 1860 que les dégâts deviennent considéralîles. En plu-
sieurs régions (i), on peut voir ces papillons tomber en nuées
lorsqu'on secoue les Caféiers, et « ils s'y présentent
u quelquefois en si grand nombre que des plantations en-
« tières en sont dévastées et ne donnent aucun produit. Les
« feuilles des arbustes ont alors un aspect desséché et
« grillé. »
M. A. Giartl [loc. vit.) a signalé deux autres Hyménoptères
parasites du Cemiostoma à la Réunion, dillerents des deux
précédents, un EulopJius et un Apanteles. Mais, d'après
M. Bordage, ce ne seraient pas des espèces spéciales au
Cemiostoma coffeella. On les trouve, les deux premières en
Amérique, les secondes à la Réunion, sur d'autres larves du
même groupe, et ces Hyménoptères se sont attaqués au
Cemiostoma du Caféier quand il a été introduit en même
temps que la culture de cette plante.
(i) C. F. Vak Delden Laerm:. Rapport sur la ciilluic du Café... La
Haye et Paris, 188).
— 128 —
Dans une étude récente, au sujet de la « maladie vermi-
culaire » du Caféier à la Martinique, dont nous parlerons
bientôt, M. A. Thierry (i) déclare que \e Ccmiostonm n'at-
teint sérieusement que des Caféiers souffrantdéjà pour une
cause quelconque, mauvaises conditions culturales, par
exemple, mais surtout par suite de la maladie dont il s'oc-
cupe. Cette assertion, vraie en elle-même, et qu'on peut
vérifier bien souvent pour beaucoup d'autres cas patholo-
giques, semble bien absolue.
Les traitements préconisés sont utiles, mais souvent
insuffisants. Ils consistent dans la capture des papillons et
la destruction des larves.
Pour la capture des papillons, M. Raoul a conseillé l'usage
de la lampe Gayot. Elle sera, dans tous les cas, fort utile;
mais, à défaut, on peut, sans désavantage, la remplacer par
le dispositif suivant imaginé par jNI. Noël, directeur du labo-
ratoire entomologique de Rouen. Formé d'un simple ré-
flecteur fort simplifié, il peut être réalisé facilement par
tout le monde (2).
« Ce réflecteur se compose tout simplement d'une bar-
ce rique défoncée par un bout et ])osée horizontalement sur
« quatre pieux enfoncés en terre et dépassant le sol de
« i"'25 environ; on place sur une brique, au milieu de
« la barrique, une petite lampe à pétrole, et on enduit tout
« l'intérieur avec de la mélasse destinée à retenir englués
« les papillons qui y pénètrent. Cinq à six litres de mélasse
« suffisent pour cette opération. On devra chaque soir, avant
« d'allumer la lampe, faire tourner une fois sur elle-même
« la barrique, de façon que la mélasse tombée à la partie
« inférieure se trouve également répartie et enduise entiè-
« rement l'intérieur du tonneau; le matin, à l'aide d'une
« raclette, on enlève les papillons. »
(1) Bulletin agricole de la Marliiiique. mai et juillet 1899, p. Ji et sui-
vantes.
(2) Bulletin de la Société des Amis des sciences naturelles de Rouen,
189.3, p. 65 et 66.
— 129 —
Le Cemiostoma étant un papillon nocturne, ce procédé
sera appliqué avec grand avantage, d'autant que les Hymé-
noptères qui les parasitent ont peu de chance d'être détruits,
puisque ce sont des insectes diurnes.
Au Brésil, on allume souvent des feux dans les planta-
tions au moment de la métamorphose des chrysalides en
papillons; on arrive ainsi à détruire un grand nombre de
ces derniers.
Pour détruire les larves, on n'a d'autres ressources que la
récolte et l'incinération des feuilles envahies; mais, naturel-
lement, le procédé n'a d'effet utile que si on le généralise
dans une région donnée.
Enfin, la protection attentive des oiseaux insectivores
constitue peut-être le moyen prophylactique le'plus efficace.
Gracilaria coffeifoliella Motsch. — Nietner (i) a signalé à
Ceylan cette teigne particulière au Caféier. La larve, petite,
mine les feuilles; mais ses galeries sont bien différentes de
celles du Cemiostoma coffeella. Elles sont localisées dans le
voisinage de la face supérieure de la feuille, où on les voit
bien plus nettement qu'à la face inférieure. Elles sont
blanches, comme argentées, étroites et en zigzag, au lieu
d'être brunes, larges comme les précédentes.
L'insecte est très commun à Ceylan, mais les dégâts qu'il
commet sont sans importance. D'ailleurs tout ce que j'ai
dit au sujet de la destruction du Cemiostoma est également
applicable au Gracilaria.
M. Bordage [loc. cit.) a vu à la Réunion une larve minant
les feuilles du Caféier, qu'il croit être le Gracilaria cof"
feifoliella de Ceylan. Il a rencontré sur elle les deux
Hyménoptères parasites de la Réunion indiqués plus haut,
Eulophus ei Apanteles.
(i) Nietner John, Observations on the Enemies oj the Coffec tree tri
Ceylon (« Ceylon Times », i86i,p. Sa).— Id., The Coffee Trec and ils ICne-
mies, 1^ édition, p. i6. Colombo, 1880.
— 130 —
M. Koiiiiigsberger signale aussi le même Gracilaria sur
le Caféier de Libéria clans la partie ouest de Java (i).
iXietner (2) signale encore àCeylan les larves d'une petite
mouche grise, Anthomyza (?) Coffeœ Nietner, qui mine les
feuilles de Caféier exactement comme le Gracilaria. Elle ne
se voit que pendant la période sèche, mais elle est peu
répandue et sans importance.
M. Koningsberger (3) a trouvé aussi sur l'Arabica, à Java,
les larves d'(95'cm/6: Coffese Koningsb. (Diptère) minant les
feuilles.
Il — INSECTES DETRUISANT LES FEUILLES
Le nombre des insectes qui dévorent plus ou moins com-
plètement les feuilles de Caféier est considérable. 11 en est
d'ailleurs qui ne s'y trouvent qu'accidentellement et je ne
parlerai ici que des plus importants.
L'emploi des insecticides ne semble guère pratique, en
général, pour opérer leur destruction, et la récolte des
insectes, quand elle est possible, est, le plus souvent, le
seul moyen d'arrêter et de prévenir leurs ravages.
Coléoptères. — Parmi ce groupe d'insectes, nous citerons
les suivants :
Serica pruinosa Burm., Mélolonthide, qui, d'après
M. Cotes (4), dénude parfois complètement les Caféiers dans
l'Inde.
Et plusieurs Curculionides (charançons) :
(i) J.-C. Koxi>gsbergi:r, i>t' dierlijke s'ijandeii der Kuffiecultaur up Java,
in « Mededeelingen uit s' Lands Plaoleuluiu ». 1897, n" 20.
(2) Nietner, The Coffee Tree.... p. 17.
(3) J.-C. Koningsberger, Op. cit., p. i6.
(4) Cotes, Miscellaneous notes from the entomologie al section of the
Indian Maseuni, vol. III, 1896 (cité par M. Zimmerm-^^nn),
— 131 —
Geonomiis quadrinodosus Chev., mange, à l'état de larve,
le parenchyme des feuilles qu'il perfore comme un crible. 11
est commun au Venezuela pendant la période liivernale,
d'après le D'^Ernst (i). L'insecte parfait, qui n'est pas phyto-
phage, est néanmoins commun dans les plantations de
Caféiers et se reconnaît aux quatre nœuds proéminents qui
existent sur la partie postérieure des élytres.
Arhines destructor Nietner, d'un beau vert, est, d'après
Nietner (2), très commun dans l'Inde, pendant la saison
sèche, et cause des dégâts considérables sur les feuilles.
Cratopus puiictum Fab., s'attaque, à l'île Maurice, au
Caféier de Libéria et aussi à quelques autres plantes, oran-
gers, citronniers, etc., d'après M. Bonâme(3). Il dévore les
feuilles des jeunes arbres au fur et à mesure de leur crois-
sance. Les arbres peuvent être entièrement dépouillés et
périr si le dégât se répète plusieurs fois. Le Caféier d'Ara-
bie semble toujours respecté par cet insecte.
Pour le détruire, M. Bonàme conseille l'emploi de lampes
à réflecteur, qu'on pourrait remplacer par le procédé dont
nous avons parlé plus haut; mais il croit plus avantageux
de faire recueillir les insectes le matin, alors qu'ils sont
encore engourdis par la fraîcheur de la nuit, tandis que dans
le jour ils s'envolent quand on les approche. 11 sera encore
nécessaire de secouer les arbres où ils sont abondants, ce
qu'on reconnaît aux ravages causés au feuillage, et le ma-
nœuvre chargé de le faire devra être accompagné d'une
bande de dindons qui se chargeront de détruire les insectes
tombés. M. Bonàme reconnaît cependant qu'en général les
petits oiseaux insectivores les dédaignent.
|i) D"' Ernst, Estitdios sobre p. ai.
(2) Nietner, The Coffee tree and ils enemies. 1' vd.. p. 19.
(3) BoNAME. ColoiiY of Mauritius, Rapport airiiK'l ilo la Slalioii ai;roiio-
iniquo, aiincos i8<)(j et 181)7.
— 132 —
A la Réunion, M. Bordage a observé également les dégâts
de cet insecte, mais il n'y est pas commun tous les ans (i).
Hypomyces curtus Schœnherr, s'attaque assez souvent, à
Java, aux jeunes feuilles de Caféier, d'après M. Konings-
berger (a).
Des Charançons indéterminés nuisent également aux
feuilles jeunes des Caféiers en Nouvelle-Calédonie (3),
Plusieurs espèces du genre Aulacophora , Chrysomélides,
sont nuisibles aux feuilles, à Java (4).
Lépidoptères. — Terias Hecabe L., Papilionide, attaque et
dénude entièrement les Dadap [Albizzia) qui servent d'abris
aux Caféiers à Java (5) ; il est par suite nuisible à ces derniers,
où il fait même parfois ses chrysalides sur la face inférieure
de la feuille.
Cephonodes hylas L., Sphingide, dévore entièrement les
feuilles du Caféier dans la Péninsule malaise (6). M. Konings-
berger (7) Ta rencontrée également à Java.
L'éclat vitreux de ses ailerons et les dessins que présente
son corps lui donnent l'apparence d'une guêpe.
Deux espèces indéterminées du genre Psyché, Psychides,
sont signalées aussi comme nuisibles aux feuilles à Java par
le même auteur (8).
Orela exlensa Wlk., Drépanulide, existe à Sumatra et est
(i) BoRDAGi:,'^Op. cil.
(2) KoNiNGSBERGER, Eeistc oscrziclit der schadeli/fie en nuttige insecten
van Java, in « Mededoclingeii uit's Lands Planlenluiii », i8i)8, n" 22, p. Sg
(cite par M. Zimmerma.ms).
(3) Notice pratique sur la culture du Caféier en Nouvelle-Calédonie,
par Perret. Nouméa, 1895.
(4) KOMXGSBERGER, Op. cit. , p. 36.
(5) De dierlijke vijanden der Koffiecultuur. p. ôi (Zimmeriviann).
(6) RiDLET, Coffee diseases, in « Agricultural Bulletin of the Malayan
Peninsula », 1897, n° 7, p. 146 (Zimmermann).
(7) Koningsberger, Compte-rendu du jardin de Buitenzorg (on hollandais)
pour 1897, Batavia, 1898, p. 108 (D'après une analyse).
(S) Id'.
— 133 —
très répandue à Java depuis 1891 (i), et sa chenille y a causé
des dégâts très graves, arrêtant complètement le développe-
ment des arbres par la destruction continuelle des feuilles.
Malgré la capture de nombreuses larves et de papillons
qu'on attirait avec des lumières allumées, le fléau ne s'atté-
nuait guère. Mais, à un certain moment, le nombre de ces
insectes a considérablement diminué et M. Koningsberger
a pu se rendre compte que ce résultat heureux était dû à l'in-
tervention de larves d'Hyménoptères parasites ; sur yoo che-
nilles environ qu'il a examinées, 60 % étaient envahies par
une grosse Ichneumonide, 4 % par une espèce du genre
Chalcis. En même temps, les œufs étaient parasités par deux
espèces du genre Eiicyrtus, et le même observateur pense
qu'une punaise (Hémiptère) du groupe des Lygfeides suce
le corps des larves et contribue aussi aies détruire.
La chenille de YOreta e.rtensa est reconnaissable par la
forme de sa tête qui présente un peu l'apparence d'un groin.
Le papillon, nocturne, de petite taille, noir ou brun velouté
avec deux raies latérales plus claires, porte sur la tête une
petite corne tournée en arrière.
Le Caféier de Libéria est entièrement indemne des at-
taques de cette chenille.
Plusia vevticillata est très nuisible aux jeunes plants de
Caféier aux îles Hawaï (a).
Tortrix coffearia Feld. Tortricido, enroule ensemble les
feuilles de Caféier et vit à l'état de larve dans cette sorte
d'étui. Il ne commet pas d'ailleurs de graves dégâts. Il
existe à Ceylan, d'après Nietner (3) , et à Java, d'après
Koningsberger (4).
(i) KoNiMGSBERGER, De rupenpladg inKedii-i, ^eroovzaakt door den Oelar
djarnn (Dicrlijke vijanden der Koffioculluur, n" 7), in « Teijsmannia ».
IX, p. 219. — Raedt van Oldexbarnf.velt, Op. cit.
(2) Kœbele, Report ofthe entoinologist of the HcnvuUau gos'ernment. in
« Tropical AgriciiiUirist », 1H97, p. 35.
(3) Op. cit.
(4) Cité par M. Zimmermann.
— 134 —
Orthoptères. — Un certain nombre d'Acridiens (Criquets)
dépouillent de leurs feuilles les Caféiers comme beaucoup
d'autres plantes. Quelques-uns même s'attaquent parfois
aux jeunes rameaux et aux fruits, et on doit citer surtout à
ce point de vue O.rya flavo-anuulata Stal., petite espèce ren-
contrée par M. Konigsberger à Java et signalée à Su-
matra (i).
Hémiptères. — Des cigales ont été incriminées comme
produisant des dégâts sur les feuilles à Java (2), en Nouvelle-
Calédonie (3). Leur détermination exacte n'est pas faite et il
n'est pas possible de dire à quelle espèce on a affaire. Les
dommages semblent d'ailleurs assez faibles.
Fourmis. — Plusieurs espèces de fourmis ont produit et
produisent au Brésil, dans les plantations de Caféiers, des
dégâts importants. La plus répandue et aussi la plus dan-
gereuse, qui exerce surtout ses ravages dans la province de
Santos, est connue dans le pays sous le nom de Sauva ou
Tana-jura. On a vraisemblablement réuni sous ce nom,
comme le fait observer Brehm (4), plusieurs espèces voi-
sines appartenant au genre Œcodoma . Ce sont des fourmis
brunes, longues de deux centimètres. Elles construisent
dans les clairières des bois, dans les plantations, des tertres
assez peu élevés, mais très étendus, qui constituent la cou-
verture d'un nid à couloirs, creusés en tous sens dans le
sol, pourvus de nombreuses ouvertures le plus souvent fer-
mées. Dans ce terrain ainsi miné, les racines des arbres
sont mises à nu, quand elles ne sont pas rongées, et le dom-
mage est fort considérable.
(i) CiU' })ar M. Zimmf.rman>!.
(■2) Raedt va:< Oldenbarxevelt, Op. cit. ^
(3) Notice pratif/ue sur la culture du Caféier en Nou\'eUe-Calédonie, par
Pf.rret; Nouméa, 189"). — Mairot, Bulletin de l'Union agricole calédo-
nienne, 11° 3o, iH()().
(4) Brehm. Les Insectes, ('dilion française par Kunckfi. d'Herculais,
I,p. 14 '.
— i:{o —.
Mais les ravages ne se l)ornent pas là. Ces mêmes roiii-
mis, d'après Brehm, coupent les feuilles d'un certain
nombre d'arbres. Elles s'accommodent volontiers du
Caféier, mais elles lui préfèrent l'oranger et le citronnier.
Les menus fragments tombés sur le sol sont découpés,
transportés et accumulés dans les galeries. Plusieurs obser-
vateurs dignes de foi ont aiïirmé que ces débris, après
avoir été manipulés et réduits en petites boulettes, sont en
quelque sorte ensemencés par les fourmis et qu'il s'y déve-
loppe un champignon dont ces industrieux insectes entre-
tiennent la culture et qui servirait de nourriture à toute la
colonie (i) .
Quoi qu'il en soit de ce merveilleux instinct, la Sauva n'en
est pas moins un animal fort nuisible, et, d'après Van
Delden Laerne h.), cliaque exploitation de Caféiers dans la
province oii cette fourmi est commune ne dépensait pas
moins de a à v3oo francs par mois, pour la combattre, il y
a une quinzaine d'années.
On emploie, à cet effet, un liquide à la fois insectide et
explosif, le fonnicida, dont la formule exacte n'est pas
connue, mais qui, d'après M. Raoul, renfermerait du sulfure
de carbone avec une petite quantité de matière explosible.
Pour l'utiliser, on recherche avec soin les allées de four-
mis, et on découvre et débarrasse des herbes l'entrée des
galeries. Puis, avec un vase muni d'un long bec, on verse
dans tous les trous une certaine quantité d'eau pour humec-
ter le sol de la fourmilière; ensuite, la quantité voulue du
fonnicida ayant de même été injectée, on y met le feu. Des
explosions successives se produisent très rapidement, le nid
est détruit et les fourmis se trouvent brûlées ou asphyxiées.
Van Delden Laerne cite encore au Brésil une autre
fourmi indéterminée zoologiquement cpii relève le sol au
(i) Voir à ce sujet : Mœller, Die PilzgaerlPii eiiiiger sudaini'rirdiiisrlu'r
Aincisen^ lona, 1893. (IjCs Charapignonnières de quelques fourmis sud-amé-
ricaines.)
(2) Op. cit.
— 136 —
pied des Caféiers et y forme de petites éminences. On la
nomme dans le pays ciipim.
A Geylan, d'après M. Cotes (i), un Formicide, le Cremato-
gaster Dohrni Mayr, construit dans les plantations des nids
souterrains, qui peuvent atteindre deux pieds de diamètre.
Les Caféiers, dont les racines correspondent à ces nids
sont gravement endommagés et souvent même périssent.
De même, au Guatemala et dans le Soconusco (Mexique),
une autre fourmi appelée dans ces régions zompopo émiette
fortement le sol et est considérée comme très nuisible aux
Caféiers quand elle s'établit dans une plantation. On la
combat à Faide de labours profonds qui atteignent leurs
galeries où on verse de Feau bouillante. Les racines du
Caféier ne doivent guère s'accommoder d'une telle façon de
procéder; il serait préférable d'utiliser le sulfure de car-
bone.
INSECTES PERFORANTS (BORERS)
Ces insectes présentent ce caractère commun que leurs
œufs déposés dans une fissure de la tige, accidentelle ou
produite par la femelle pondeuse, donnent naissance à des
larves s'ouvrant un passage au travers du bois, jusqu'à la
partie centrale de la tige. Dans cette région, elles se creu-
sent une galerie de dimension variable, où elles se trans-
forment en chrysalide et d'où elles sortent à l'état d'insecte
parfait.
C'est à cette catégorie d'insectes qu'on applique en an-
glais le nom de « borers », qui se traduit en français par
« tarière », étant données les mœurs de la larve.
11 en existe plusieurs espèces appartenant à des familles
(i) Cotes, Miscellaneous notes fvom the entoiiiological section of the
Indian Muséum, p. 117.
— 137 —
d'insectes différentes ; ces insectes ne sont pas encore tous
connus et différenciés. On a observé leurs ravages sur
toute la côte occidentale d'Afrique, Sierra-Leone, Libéria,
Côte d'Or et en Asie, dans le sud de l'Inde, Ceylan, la Co-
chinchine, le Tonkin, etc.
Coléoptères Longicornes. — Xylotrechus quadripes Ghe-
vrolat. — Ce Coléoptère Longicorne est commun dans le
sud de rinde, où on l'appelle Coffee Borer ; à Ceylan, où il
est également répandu, on le connaît sous le nom de White
Borer ou de Indian Borer (i).
Il n'est pas rare dans la Basse-Cochinchine, et je l'ai reçu
du Tonkin, à l'état d'insecte parfait, accompagné de l'échan-
tillon de bois qu'il avait creusé sous sa forme larvaire, ce
qui m'a permis de donner les figures ci-jointes (fig. 36,
37, 38). D'après M. Raoul, le Caféier de Libéria en serait
attaqué aussi bien que le Caféier d'Arabie, quoique moins
gravement. La même espèce attaquerait aussi les rameaux
d'une plante à kino, le Pterocarpus Mar-
supium (2).
L'insecte, qui a de i,5 à 2 centimètres
de long, est grêle, de couleur jaune ou
rougeàtre, rayé de bandes noires (fig. 36).
La femelle perfore l'arbre jusqu'àla moelle
et dépose son œuf dans la galerie ainsi
faite (fig. 37). La larve qui en provient est,
comme celle des Longicornes en gêné- Yig.m. — Xyiotrechus
quadripes Ghevrol.
rai, blanche, charnue, apode, avec un (Grand, nat.)
tégument induré, approprié à son mode
de vie dans le bois de la tige du Caféier. Cette larve, une
fois éclose, continue de ronger ; elle progresse peu à peu
dans le bois en formant des galeries, parfois obliques ou
(i) DuNNiNG, Joseph William, On the Coffee Borer of Southern India
(Xylotrechus quadrupes Chevrotât), « Entomological Transactions », 1868.
p. io5-i32. — Rév. G. RicHTER, in « The Coorg- Season-rcport ». i*"" juil-
let 1867, i5 octobre 1867. — D' Bidie Georges, Report to the Madras
Government, 16 octobre 1867, et Ravages of the Borer (Xylotrechus qua-
— 138 —
un peu sinueuses, de 6 à 7 millimètres de diamètre, obstruées
par une sciure blanche, très compacte, que la larve laisse
derrière elle (fi g. '-^S). Toute la partie de la branche ou
de la tige située au-dessus de la région
creusée ne tarde pas à mourir, les
feuilles se dessèchent et on peut dès
lors soupçonner la présence de la
larve. Souvent la branche évidée se
brise au moindre coup de vent.
Quand le collet
n'est pas encore
atteint, le Caféier
peut repousser du
pied après recépa-
ge, mais le dom-
mage [apporté par
la perte du fruit
n'en persiste pas
moins.
Le D' Bidie [Op.
cit.] croit cpie rem-
ploi des plantes à ombrage et une culture
entendue sont les meilleurs préservatifs.
De même, M. Raoul recommande soi-
gneusement les abris pour éviter les
atteintes de cette larve, car il considère
que les cultures en plein soleil, dans
les contrées équatoriales du moins, y
sont fortement prédisposées. On doi*
sans doute en chercher la raison dans ce fait que Finsecte
parfait va toujours déposer ses œufs, autant qu'il le peut
Fig. 37. — XylotrecJuisqua-
flripes dans un tronc de
Caféier. P, orifice de
sortie de l'insecte par-
fait. (Grand, nat.)
Fig. 38. — Section lon-
gitudinale d'un tronc
de Caféier, montrant
les galeries, G, de la
larve de Xylotrechus
qiiadripes. (Grandeur
nat.)
drupes ChesTolat) in The Coffee plantations of Mysore and Coorg.
in Entomol. Soc. Proc. 1868, p. a8-32 ; Zoologisl. îll, 1868. p. i335-
1339.
(2) G. RicHTER, The Coffee Borer, in « Procoerl. of Agric. Hort. Society of
Madras », 1894, p. 79-82.
— 139 —
et pour en faciliter Féclosion, dans les parties de la tige les
plus échauffées par le soleil.
11 est indispensable de retrancher toute la partie atteinte
et de la brûler avec les insectes qu'elle contient. On devra
expérimenter également le procédé de destruction que je
signale plus loin (p. 142) pour un insecte produisant sur les
Caféiers des dégâts identiques.
M. Raoul, dans l'ouvrage précité (p. 35), étudie les dégâts
produits par un autre coléoptère dont la larve serait égale-
ment térébrante, d'après M. Pringle (i). Il me semble, à dé-
faut de renseignements certains, qu'il s'agit du même
insecte que le précédent. Il a une synonymie identique.
C'est d'ailleurs également l'opinion de M. Zimmer-
mann (2).
Récemment, M. Ch. Lemarié a signalé au Tonkin, à
Hanoï (3), un insecte qui présente tous les caractères du
Xylotrechus quadripes. L'intéressante étude qu'il en a
donnée ne permet guère de douter de leur identité, qu'il a
d'ailleurs supposée.
D'après M. Sanchez y Sanchez (rapport en espagnol cité
par M. Lemarié), cet insecte du Tonkin causerait aussi des
dommages notables aux Philippines.
Herpetophy gas fasciatus Fahr. — Le D'' Warburg (4 > a ren-
contré ce Longicorne dans les possessions allemandes de
l'Afrique Orientale. L'insecte dépose ses œufs sur les écorces
de Caféiers jeunes, et la larve une fois éclose perfore la
tige et se tient d'abord entre l'écorce et l'aubier, puis arri-
(1) The Tropical Agriculturist, i^' août 1^91, p. i i8.
(2) Op. cit.
(3) Une maladie du Caféier, in « Journal officiel de l'Indo-Chine fran-
çaise », 10 juillet 1899.
(4) Warburg, i?m neuer Kaeffeeschœdling ans Afrika, in « Mittheilungen
a. d. deutsch. Schutzgebiet », iSgS. 2« cahier (cité par M. Zimmermann). —
D' KoLBE, Thienvelt Os/- J/>-iArts, livraison VI, p. 32-34 (cité par M. P. Lesne),
in « Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, n" 3, 1899 ».
— 140 —
vant au bois, elle creuse alors sa galerie longitudinalement.
On reconnaît la présence de Finsecte à une série de petits
trous, distants de 3 ou 4 millimètres : ce sont des trous
d'aération. La vermoulure produite reste dans la galerie, la
larve dans ses mouvements de progression la rejetant en
arrière et sur les côtés.
Lorsque la larve a atteint la région du collet, elle quitte
alors le bois, pratique dans la couche cambiale une galerie
circulaire, irrégulière, et se transforme en nymphe dans
cette même région. Ce dernier dégât de la larve tue le
Caféier en général, car la destruction du liber et de la
couche génératrice arrête l'accroissement de l'arbre à la
base et empêche la circulation de retour des liquides séveux.
Le D' Warburg conseille l'arrachement et l'incinération
des arbres très atteints avec les larves qui y sont incluses.
Si le dégât est peu étendu, il recommande l'emploi d'un
mélange de pétrole et de sulfure de carbone à appliquer
.comme nous le dirons dans un instant.
M.Wisser (i)a récolté auCongo d'autres Longicornesdont
les larves perforent également les tiges de divers Caféiers.
Ces Longicornes déterminés par M. Fairmaire sont les sui-
vants :
Monohamnus [Bixadus) sierricola White(2)sur le Libéria
et l'Arabica;
Une autre espèce indéterminée du genre Monohamnus
sur le Libéria;
Coptops fiisca 01. sur les Coffea canephora (Caféier du
Kouilou) et Arabica ;
Barseus sordidns 01. ;
(i) Extraits d'an rapport adressé par M. Wisf^EK, inspecteur des planta-
tions de la « Nieuwe Afrikaandsche Handels Vennootschap »,à M. Chalot
sur divers insectes nuisibles aux Caféiers dans la région du Loango et du
Kouilou, avec notes de M. P. Lesne, m « Bullolin du Muséum d'histoire
naturelle », n° 3, 1899.
(2) Observé aussi par M. Blandford, Insects destructive to cultivated
plants in West-Africa, in « Kew Bulletin of niiscollaneous informations »,
1897, no 123, p. 1-5.
— 141 —
Coroplesis, espèce indéterminée, sur Coffea canephora ;
Eumimetes niaculifoi'inis sur Arabica.
Des larves de Longicornes ont été rencontrées à Java par
M. Koningsberger dans les tiges de Caféiers (i). Mais
comme il n'a pas trouvé les insectes parfaits, il n'a pu dé-
terminer les espèces de façon certaine.
Le même auteur signale dans le Minahasa (ile Gélèbes)
un autre Longicorne, Thranodes pictwentris Pascoe, très
fréquent sur les vieux troncs de Caféiers, mais dont le
mode dévie n'est que très peu connu,
M. Veen (3) cite enfin un Longicorne Praoïietlia melanura
Pascoe, également commun sur les troncs de Caféier à
Java.
Toutes ces espèces sont d'ailleurs justiciables des traite-
ments ci-dessus indiqués.
Xylopliages. — Ce groupe de Coléoptères renferme deux
espèces du genre Apate signalées comme perforant les tiges
de Caféiers :
Apate fraiiciscea F. (4), rencontré sur lesLibéria de4 àSans
dans le Togoland (Guinée allemande). Des larves et insectes
parfaits furent trouvés dans une galerie de l'écorce, dont
l'ouverture se trouvait dans la moitié inférieure du tronc,
mais le canal se prolongeait plus haut. Les feuilles et
rameaux noircissent et meurent dans le voisinage du canal
et les arbres périssent. M. Sadebeck conseille le recépage
jusqu'au collet et l'incinération des pieds atteints.
Apate nionachus Fabr. [5), a été observé déjà par ]\I. Le-
(i) Koningsberger, Eersle us'erziclit... p. 371).
(2) Id., id. et Compte-rendu du Jardin de Buitenzorg pour 1897, p. îo8,
(3) Veen, H. J. , Lijst s'un insecten scliadelijt voor de Koffiecultuur. in
« Bulletin van het Koloniaalmuseum le Haarleni », juin 1897, p. 5o.
(4) Sadebeck, Beobaclituiigeii und Bemerkuugen ûher die durch Hemi-
Icia vastatrix \'erursactite Blattfleckenkranktieit der Kaffeebseume ,\n « Forst-
lieh-naturwissenschafllichc Zeitschrift, IV, iSgS, p. 34o (en noie) ».
(5j WissER, Op. cit.
142 —
comte sur les Caféiers à Ntouba (Congo français). M. Wisser
l'a rencontré au Loango et au Kouilou (fig. ,'^7).
La présence de l'insecte est reconnue au Jjout tl'un cer-
tain temps, car lorsque la quantité de
sciure produite est trop considérable, la
larve la rejette hors de ses galeries.
M. Wisser a cherché à détruire la larve
sur place. A cet effet, il imprègne des
boulettes de coton avec un mélange de
créoline et de chloroforme et obture avec
ces boulettes les trous de pénétration
qu'il recouvre ensuite de mastic. Ce trai-
tement tuerait les larves et on verrait
ensuite le Caféier cicatriser ses plaies.
Dans le cas où les galeries sont peu
l'ig. j().— Galerie, G. étendues et ne menacent pas encore
l'existence de la plante, il sera utile d'ex-
périmenter pour le moins ce moyen de
lutte contre les différents insectes perfo-
reurs qui se comportent à peu près comme
celui-ci. D'autres substances, à défaut de
celles employées par M. Wisser, pour-
raient être utilisées avec succès sans doute, telles la ben-
zine et le sulfure de carbone.
Galerie, G.
produite dans un
tronc de Caféier au
Congo par VApalc
monachus. (D'aj^rès
un dessin de M.
Poujade, emprunte
au Bulletin du Mu-
séum d'histoire na-
turelle.)
Coléoptères Bostrychides. — Bostriqtie du Caféier : Le
D" Zimmermann (i) a rencontré récemment sur des Caféiers
hybrides à Buitenzorg et sur l'Arabica dans la partie orien-
lale de Java un Coléoptère Bostrychide, vraisemblablement
(Ui genre Bostrycliiis, qui s'attaque aux branches et les fait
périr.
(i) Zimmermann, Over eenige Koffieziekten, in « Compte-rendu du Con-
grès pour le Caféier, tenu en 1898 à ÎVIalaug- (Indes Néerlandaises) ». —
Id., Os'er een niemven Koffiehoorder. in a Toijsmannia », 1898, p. 4 j. —
Id., Ein Borkeiikxfer als Kaffeescha-dliiig, \n u Dei- Tropenpflanzer ». jan-
vier 1899.
— 143 —
L'insecte parfait, coloré en jaune-brun, velu, a environ
2 millimètres de long sur o'""7 de large. Les larves apodes
sont d'un blanc de neige. Dans les galeries creusées sur
les rameaux et qui ont en général une dimension de i cen-
timètres de long sur i millimètre de large, on trouve à la
fois des larves, des chrysalides, des insectes parfaits.
Les galeries s'ouvrent à l'extérieur du rameau et sont le
seul indice de la présence de l'insecte.
Les branches envahies deviennent flasques et se fanent
rapidement, puis elles jaunissent et meurent en devenant
tout à fait noires. La seule chose qu'on puisse conseiller,
c'est de couper les portions malades au-dessous du point
de pénétration de l'insecte et de les brûler ensuite.
M. Bonàme signale à l'île Maurice (i) des insectes indé-
terminés du même groupe qui se comportent exactement
de même et doivent être combattus par un procédé iden-
tique. Ces Bostrychides percent les jeunes rameaux jusqu'à
la moelle. Ils creusent dans cette portion de la tige un
canal long de a centimètres, où on trouve des larves et
des insectes parfaits. Ces derniers sont d'une couleur
variant du brun au noir; leur longueur est de i millimètre
et demi.
Enfin, parmi les insectes Coléoptères perforant les tiges
de Caféiers on doit nommer encore :
Un Carabide indéterminé, du genre Cicindela^ qui à
Java (a) tue les jeunes branches de Caféier en les perçant
jusqu'à la moelle pour s'y creuser un abri, d'où il guette
les insectes qui constituent sa proie. On sait, en effet, que
les Carabides sont de grands destructeurs d'autres
insectes.
Un Borc-r indéterminé qui se trouve de temps en temps
(i) BoNAMK, Coloiiy of Mciulitius, Rapport de [a Station agronomique
pour 1897.
(•2) KoMNGSBERGKR, Dt' (lierlijko vijanden..., p. 38.
— 144 —
sur les tiges de Caféier en Nouvelle-Calédonie (i), surtout
dans les plantations situées en plein soleil et non ombra-
gées.
Lépidoptères. — Ce groupe renferme un insecte dont la
larve s'attaque aux tiges de Caféier et y cause des dégâts
importants :
C'est le Zeuzera Coffeœ. Cette espèce créée par Nietner (r>.)
est le Red Borer du Caféier, dans le sud de l'Inde. Le papil-
lon est blanc, moucheté de taches verdàtre foncé. Les che-
nilles, de 2 centimètres de long environ, sont assez grêles,
d'un rouge pourpre avec une grosse tache blanche. Les
galeries faites par les larves causent un dommage notable
aux Caféiers jeunes aussi bien que vieux dans le sud de
l'Inde et à Ceylan. Cet insecte existe aussi au Tonkin.
L'arbre à thé et les jeunes troncs de Farbre à Santal [San-
taliim album) sont également sujets aux attaques de cette
larve. On la combattra par les procédés indiqués plus haut.
INSECTES TERRICOLES
La plupart de ces insectes sont nuisibles à l'état de larve;
quelques-uns aussi à l'état d'insectes parfaits.
Vers blancs. — Ces larves de Coléoptères terricoles
( White griib, en anglais) sont considérées comme se rappor-
tant à plusieurs espèces du groupe des Mélolonthides
(hannetons). La plus répandue est le Lachnostenia piiiguis
Walker (3). Les larves blanches, charnues, incurvées, sont
très avides de racines du Caféier qu'elles dévorent. Nietner
accuse encore du même méfait la larve d'un autre Mélolon-
(i)MAmoT, Les Ennemis du Caféier en Nouvelle-Calédonie, i
des Cultures coloniales », 20 novembre i8t)ç), p. 3i5.
(2) AiETNER, The Coffee Tiee and ils Enemies, 2" éd., 1880, p.
(3) Cotes, Indian Muséum notes, vol. II, n" 6, Calcutta, 1893.
— 145 —
thide du genre Ancycloiiycha. C'est à Ceylan (i) qu'elles
ont surtout commis de grands ravages; mais on en ren-
contre aussi en quantité à Java, et elles appartiennent à des
espèces différentes de celles de l'Inde. Parmi ces larves,
qu'on appelle à Java oerets, M. Koningsberger [:>.) a distingué
celles de Exopholis hypoleuca Wied,, de plusieurs Lachno-
steriia indéterminés, ainsi que d'autres Lamellicornes, parmi
lesquelles celles de Chalcosoma Atlas L. et de Xylotrupcs
Gideoii Fabr. Les insectes parfaits de ces deux dernières
espèces sont aussi directement nuisibles aux Caféiers, dont
ils coupent les branches.
Les ravages produits par ces vers blancs sont sensible-
ment les mêmes que ceux produits en Europe par la larve
du hanneton vulgaire [Meloloiitha vulgaris), mais ils sonl
plus rapides à cause de l'absence d'un long repos hivernal,
et lorsque les larves sont nombreuses, le pied de Caféier
ne tarde pas à périr.
Les insecticides (sulfure de (^ar])one et benzine) injectés
dans le sol ont été essayés à Java, connue nous l'avons dit
plus haut, sur les conseils de ]M. J. Ritzema Bos 3). Ils
n'ont pas donné de résultats bien satisfaisants, à cause de
l'échauflement considérable du sol; le sulfocarbonate de
potassium en dissolution dans Teau, serait, en pareil cas,
mieux indiqué et il y aurait lieu de l'expérimenter. Sans
doute encore obtiendrait- on meilleur résultat si, avant de
pratiquer l'injection du sol au sulfure de carboné, on pre-
nait la précaution d'arroser d'une façon suffisante.
Il n'y a pas, je crois, grand espoir à fonder sur riilih'lc
des plantes pièges, destinées à attirer soit les insec^tes j)ar-
faits, soit les larves.
Le procédé de choix, c'est la récolte de l'insecte paifail,
le hannetonage, pratiqué sur les arln-es voisins des
(i) Haldane, J// about Grub, Colombo, i««i. — J Fi:R(asoN, The Coffee
Plaiiter's Maniial, Colombo, 1898.
(■2) Op. cit., p. (3o.
(3) Op. cit.
— 146 —
Caféiers. Les insectes seront attirés le soir à l'aide de
lampes munies de réflecteurs et on pourra ainsi en atteindre
un grand nombre que l'on détruira ensuite.
On peut opérer la destruction des larves, par le labou-
rage, lorsqu'elles sont jeunes et encore peu profondément
enterrées dans le sol; mais comme le fait observer M. Ko-
ningsberger, ce procédé n'est pas sans présenter quelque
danger, car il expose les racines à des blessures aussi pré-
judiciables à l'arbre que la larve elle-même.
D'a})rès M. Green (i), les vers blancs dans Tlnde seraient
parfois envahis par une moisissure blanche, que cet auteur
croit être le parasite de la muscardine des vers à soie,
le Bqtrytis Bassiana^ et qui amènerait la mort d'un nombre
considérable de ces larves quand l'épidémie s'y déclare. Ce
champignon est fort voisin du Botrytis tenella qui se ren-
contre spontanément en France sur la larve du hanneton
vulgaire (il/e/oZo////?rt vulgaris). Pendant longtemjjs, ces deux
Botrytis^ Bassiaiia et tenella, ont été confondus en une seule
et même espèce, le Sporolricliiim densuni de Link. A un
certain moment (1890), le Botrytis tenella se montra abon-
dant sur les vers blancs du hanneton, surtout dans quelques
localités de l'ouest de la France; on chercha alors les moyens
pratiques de le répandre dans les régions où il n'existait
pas, et, à cette époque, je me suis moi-même activement
occupé de cette question. Il faut avouer que, malgré la
réussite d'expériences d'infection des vers blancs réalisées
dans les laboratoires, les résultats obtenus en grande cul-
ture ont été, dans la très grande majorité des cas, absolu-
ment insuffisants, sinon nuls. De plus, dans les régions
séricicoles, la dissémination du Botrytis tenella ne serait
peut-être pas toujours sans danger, car M. Prillieux et moi-
même nous avons démontré que le ver à soie est facilement
atteint par ce parasite [0). Cependant, avant qu'une expé-
rience de plusieurs années eut sanctionné l'inutilité de
(1) NiETNER, Op. cit., p. 18.
(2) Société nationale d'agriculture, séance du 27 juin 1891.
— 147 —
toutes ces tentatives, on i)roposa, poui- la destruction des
vers blancs du Caféier, l'emploi du Botrytis lenella et d'autres
champignons voisins, également parasites des insectes : tel
le Sporotrichum giobuliferum, d'origine américaine, qui, à
mon avis, est aussi un Botrytis à peine différent du Botrytis
Bassiana, s'il ne lui est pas identique.
Les expériences faites à Java ont été, elles aussi, à peu près
négatives ; elles ont démontré une fois de plus que lors-
qu'on sort du domaine du laboratoire, la pratique agricole
n'avait rien à gagner à l'emploi du Botrytis teiiella et des
espèces voisines pour la destruction des larves qui rongent
les racines.
J'incline fort à penser, d'ailleurs qu'il en est de môme
pour les autres insectes ayant un mode différent d'exis-
tence.
M. Raedt van Oldenl^arnevelt (i) explique d'une façon au
moins originale l'échec constaté quand on contamine des
larves et qu'on les replace aussitôt dans le sol avec l'espoir
de voir les autres s'infecter par contact. 11 déclare qu'en
procédant de cette manière, « on a oublié que les larves une
« fois nées se comportent comme les fauves, se réservant un
« domaine pour elles seules et s'évitant l'une l'autre ».
M. Koningsberger a vu sur les larves infectées le mycé-
lium du champignon disparaître très rapidement sous l'ac-
tion destructive des Acariens. J'ai observé aussi ce fait fré-
quemment sur les vers blancs de hanneton ; mais il y a
d'autres causes, tenant à la nature du sol, à son état d'humi-
dité, à sa température, qui ont une action infiniment plus
marquée pour empêcher l'extension de ces moisissures
parasites, au sujet desquels je ne m'étendrai pas plus long-
temps.
Ver gris. — D'après Nietner (a), une larve appelée Black
Grub en anglais n'est autre que la chenille d'un papillon
(i) Op. cit.
(2) Op. cit.. p. i5.
— 118 —
nocturne, d'ailleurs commun dans les régions tempérées de
riiémisphère boréal, la Noctuelle des moissons [Agrotis
segetam). Cette chenille attaque de très nondjreuses plantes,
et lorsqu'elle pullule, elle peut devenir très préjudiciable
aux Caféiers en rongeant les jeunes plants qu'elle fait périr.
C'est à Ceylan, dans l'Inde et à Java qu'elle exerce surtout
ses ravages. Dans l'Inde, on l'a surtout rencontrée dans les
plantations relativement élevées, sur les premiers plateaux
de THimalaya et les monts Nilgherries.
Nous ne nous attarderons pas à sa description, qu'on
trouve dans tous les traités d'entomologie. Disons quel-
ques mots seulement sur son mode de destruction.
On pourra essayer d'abord contre le papillon l'emploi du
réflecteur de M. Noël, dont nous avons parlé à propos du
Ccmiostonia.
La récolte de la Chenille est un procédé qui fournit en
général de bons résultats. On peut l'opérer de plusieurs
manières : soit en creusant de place en place des trous de
pal où pendant le jour se réfugie cette chenille paresseuse ;
soit en disposant sur le sol de petits tas de plantes tendres
sous lesquels les vers gris vont se réfugier et où on les
atteint facilement. A Java, c'est à un procédé de ce genre
qu'on a recours et qui, d'après M. Zimmermann, donne de
bons résultats (i). On entoure les jeunes Caféiers de petits
bambous de 2 décimètres environ qu'on enterre dans le sol
et qui protègent les Caféiers.
On a préconisé récemment (2) l'emploi d'une pâte i'aite avec
10 litres d'eau chaude, 2 k. ."ioo de mélasse et un demi
kilo de vert de Paris (arsenite de cuivre) que l'on dissout
entièrement et que l'on additionne en l'y mélangeant inti-
mement de 12 kil. de son. On place au pied de la plante atta-
quée par les vers gris une petite quantité de cette pâte, en
évitant le contact avec la plante, car le mélange est corrosif
(i) Zimmermann, Op. cit.
{p) Progrès agricole et s'iticole du 3o avril 1899.
— 149 —
pour les tissus végétaux. La mélasse attire les chenilles et
Tingestion de cette pâte les intoxique. Ce remède pourrait
être essayé, mais on doit se souvenir que Farsenite de cuivre
est un toxique des plus violents.
D'autres procédés, qui peuvent avoir leur indication, ne
sont pas applicables aux Caféiers : tel le roulage des terres,
préconisé par Emile Blanchard.
Comme pour les vers blancs, c'est dans les terres meubles
que la chenille commet le plus de dégâts, puisque c'est
dans de pareilles conditions que la pénétration et la pro-
gression des larves se font le plus facilement dans le sol.
Il faut ajouter encore que Fhumidité excessive de ce dernier
constitue une condition très désavantageuse pour la
larve.
On connait au ver gris un parasite dans les régions tempé-
rées. Je ne pense pas qu'il ait été signalé pour les régions
chaudes. Ce parasite est la larve d'une grosse mouche
(Diptère) du groupe desTa.chm?nives, VEc/u'no/ni/a pronipta.
La mouche dépose sur le dos de la chenille un œuf qui y
adhère très intimement, y éclot et produit une larve perfo-
rant aussitôt le tégument de la chenille pour pénétrer
dans le corps et y vivre en parasite. Au début, la larve res-
pecte les viscères de son hôte, se contentant pour se nourrir
de la réserve adipeuse considérable qu'elle rencontre, de
sorte que le ver gris n'en parait guère souffrir. Puis, la trans-
formation de la chenille s'étant opérée, la larve de mouche
se met à dévorer les viscères de la chrysalide, qui périt aus-
sitôt. Dès lors, le parasite se transforme en une pupe d'où
sortira la mouche.
Nietner (i) a signalé dans l'Inde un parasite végétal, un
champignon pyrénomycète, qui d'après la description qu'il
donne est sans doute un Cordyceps, dont la fructification en
forme d'épi est portée par un long pédicelle sortant de la
tète de l'insecte. Le champignon tue les chenilles, et ce
(i) Nietner, Op. cit., p. i5.
— 150 —
n'est que lorsqu'elles sont mortes et momifiées, durcies par
le mycélium, que la fructification apparaît.
D'autres larves d'Agrotis se comportant de même que
VAgrotis segetum ont été signalées à Java et à Geylan.
Des larves de Taupins indéterminés, Coléoptères Ela-
rides sont s
de Caféiers (i'
térides sont signalées à Java comme rongeant les racines
Enfin des Orthoptères :
Une courtilière [Gryllotalpa africana Pal. de Beauv.); un
grillon [Liogryllus bimaculatus de Geer) nuisent grave-
ment, à Java aussi, aux jeunes Caféiers (2).
Des Termites, insectes également orthoptères, peuvent,
dans quelques cas, nuire aux Caféiers, surtout aux parties
souterraines. Nietner (3) cite le Termes fatalis; Gœldi (4) a
rencontré le plus souvent au Brésil dans les plantations le
Tenues opacus, et il croit qu'en général les pieds de Caféiers
n'ont à en souffrir que s'ils se trouvent sur le trajet des
galeries de l'insecte qui perfore leurs racines et peut, dans
ce cas, les gêner gravement.
Différentes espèces de Termites appelées carias atta-
quent à la Réunion les racines et même le collet des
Caféiers, d'après M. Bordage (5); M. Lemarié (6) a vu les
Termites s'installer dans les galeries abandonnées par le
Xylotrechus quadripes ; de même, M. Koningsberger croit
que les Termites ne se voient que dans les parties mortes
des Caféiers (7). Il est bien probable que toutes les espèces
incriminées ne se comportent pas de même.
(i) Koningsberger, Op. cit.
(2) Koningsberger, Eerste overzicht..., p. 32.
(3) Op. cit., p. i6.
(4) Op. cit.
{S) Revue des Cuit. Colon., 5 mai 1899.
(6) Op. cit.
(7) Op. cit.
151 —
INSECTES ATTAQUANT LES FRUITS
Pyrale ou Botyde du Caféier. — Ce petit papillon, un
Microlépidoptère Pyralide [Thliptoceras octoguttalis Fekler),
produit à Tétat de chenille des dégâts importants sur les
baies du Caféier, à l'ile Maurice d'après M. Bonàme (i),
et surtout à la Réunion, d'après M. Bordage, qui le premier
a signalé ses ravages (2), et M. Boutilly (3),
L'insecte parfait est un papillon nocturne de 6 milli-
mètres 1/2 sur II millimètres, les
ailes étant étendues, dont la couleur
générale est brune, avec bordure
plus claire. La larve adulte, de forme
cylindrique, de 1 1 millimètres de
long sur 2 millimètres de large, est pig 40. — Pyraie du Caféier
d'une couleur claire, avec deux ran- (ThUptoceras octoguttalis
' Feldei-). — .4,lalarve; 5,1a
gées de taches brunes sur le dos ohrysalide; C, le papillon.
m / \ T-vi < T»T T-. i-11 ix (Grandis, d'après M. V.Bou-
(fig. 4o). D après M. Boutilly, cette ^m^. ^ ^
chenille pénètre toujours la baie à
sa base, près du pédoncule. Elle se nourrit bien plus volon-
tiers de l'albumen de la graine et elle perfore pour y arriver
les tissus plus extérieurs du fruit. Ce n'est que lorsque la
maturité est presque complète que cet albumen devenu
dur et corné lui offre une résistance suffisante et qu'elle
doit se contenter de la pulpe où elle trace des galeries sous
Tépiderme. Les deux graines d'une baie peuvent être toutes
deux attaquées ; puis, la chenille quitte le fruit qu'elle a ainsi
évidé pour passer à celui immédiatement voisin, de telle
(i) Colony ofMauritius, Rapport de la Station Agronomique pour 1896
Id., 1897. '
(•2) Resnie agricole de la Réunion, n^^ de novembre 1896 et novembre 98.
— Notice sur les parasites du Caféier à Vile de la Réunion, in « Revue des
Cultures Coloniales, 5 mai 1899 ».
(3) Notice sur la maladie appelée « coulure du café » h la Réunion, in
M Revue des Cultures Coloniales », 5 août 1808.
— 152 —
sorte que tous les fruits d'un glomérule peuvent être ainsi
visités Fun après l'autre.
Le résultat immédiat est la perte définitive de tout fruit
envahi. La maladie porte le nom de coulure du café h. la Réu-
nion et à Maurice, terme impropre, comme le fait observer
justement M. V. Boutilly, et qui doit s'appliquer à un acci-
dent de végétation, dont la cause n'est pas de nature ani-
mée (voir plus haut, p. is>). Plusieurs générations de Fin-
secte se produiraient dans une seule saison, ce qui fait que
dans certains cas le dommage causé serait plus important
que celui dû à l'hémiléia.
M. Bordage estime que ces dégâts peuvent atteindre
5o pour loo de la récolte, et, d'après le même auteur, ils ne
se borneraient pas là. En effet, la cueillette terminée,
les lemelles du papillon, ne trouvant plus de baies,
déposent leurs œufs sur les bourgeons terminaux des jeunes
rameaux. Les larves qui en proviennent pénètrent dans la
profondeur du bourgeon d'abord, puis dans la moelle des
tiges, où les galeries qu'elles creusent peuvent desrendre
jusqu'à une profondeur de 20 centimètres.
La chrysalide n'a pas été découverte dans le fruit.
M. Boutilly a pu Fobtenir en mettant des chenilles en
observation ; elle se forme dans un lacis soyeux, irrégulier,
peu visible, et elle estfusoïde, lisse, de couleur ambrée.
• D'après M. de Joannis (i) qui a déterminé exactement Fin-
secte qui produit ces dégâts, la pyrale du Caféier est
signalée par différents auteurs en d'autres régions, à
Amboine, au Natal, à Ceylan, en Australie, dans l'Inde, à
Bornéo ; mais on ne s'y plaindrait pas de dommages causés
par elle sur le Caféier. Cette anomalie est assez difficile à
expliquer.
L'emploi de feux ou de fanaux destinés à attirer les papil-
lons le soir n'a pas donné de bons résultats. M. Bou-
tilly conseille la récolte et la destruction par le feu ou par
(i) Cité par M. Bordage, iu « Revue des Cultures Coloniales », 5 mai iSqcj.
— 153 —
l'enfouissement dans la chaux des baies malades. On les
reconnaîtra, lorsqu'elles sont atteintes depuis quelque
temps, à leur couleur brune ; mais comme la perforation pro-
duite par l'insecte est peu visible, des fruits récemment
atteints risqueraient de passer inaperçus; aussi sera-t-il
bon d'enlever tout le glomérule, si l'on y voit des fruits
attaqués.
Le résultat sera d'autant plus certain qu'on aura efl'ectuë
plus tôt cette opération de nettoyage. On a préconisé aussi
l'emploi de l'arsénite de cuivre ; il serait prudent, je crois,
de proscrire rigoureusement cette pratique dangereuse
pour une matière de consommation courante comme le
café, car il peut en persister assez sur les grains pour
produire quelques accidents.
D'autres insectes sont signalés comme produisant des
dégâts plus ou moins analogues à ceux de la pyrale du
Caféier, mais ils paraissent beaucoup moins nuisibles. Ce
sont :
Deux Coléoptères Lamellicornes : l'un que M. Cotes croit
être une variété de Xylotrupes Gideoii et qui, dans la région
de Calcutta, mange la pulpe des fruits (i) ;
L'autre, .Egus acuminatus F., signalée dans l'est de
Java par M. Koningsberger, comme perforant les pédon-
cules des baies et se nourrissant aussi de leur pulpe (2).
Un Lépidoptère Pyralide du genre Crambus indéterminé
spécifiquement, que M. Koningsberger a vu perforer les
baies du Libéria à Java (^).
Un Diptère, Bactrocera conformis Dol., dont les larves se
voient fréquemment dans l'ouest de Java, d'après ce même
auteur (4). Elles vivent dans la pulpe des baies et peuvent
(i) Cotes, Id. II, p. 38.
(2) Koningsberger, Eerste os'erzicht..., p. 44-
(3) Koningsberger, id., p. i5.
(4) Id., De dierlijke yijaiideii..., p. -i^.
— 154 —
amener la pourriture partielle et la chute prématurée des
fruits.
Un Hémiptère, S trachia géométrie a Motch., suce les jeunes
baies de Caféier à Ceylan(i) ; un dégât analogue est produit
à Java par un autre Hémiptère du genre Eurydema (a).
Une larve indéterminée qui, à la Nouvelle-Calédonie,
perce les fruits, les fait sécher et tomber (3).
Ces espèces sont justiciables du même traitement que la
Pyrale du Caféier.
Un Charançon (Coléoptère Curculionide), V Avieocevus fas-
ciculatus de Géer, attaque et détruit, à l'état de larve, les
grains de café dans les magasins où on les conserve. Les
graines de cacao subissent aussi ses dommages, ainsi que
les branches d'un Gingembre de Chine (4).
Cette larve, longue de 5 à 6 millimètres et large de i à a,
est blanche, à tête de consistance cornée, d'un jaune ocre
brillant. Ses mouvements sont assez lents.
La transformation en nymphe s'opère sur place, et l'in-
secte parfait, le charançon très agile qui en provient, doit
être récolté avec soin pour empêcher la pullulation de cette
espèce nuisible, dans les endroits où le café est conservé en
balles. Cette espèce cosmopolite a été observée un peu par-
tout.
On rencontre aussi, dans les graines, un Coléoptère La-
mellicorne, Thanoclerus Buqueti Spinola, qui fait probable-
ment la chasse au précédent (5).
(i) NiETNER, The Coffee-Tree..., p. i3.
(2) KONINGSBERGER, ïd., p. 23.
(3) E. Jardin, Ze Caféier et le Café, Paris, iStjS. (Cité par M. Bordage,
Rev. des Cuit, colon., 5 mai 1899, p. 258.)
(4) H. Lucas. Quelques remarques sur les métamorphoses de rArœoccrus
fasciculatus, in Annales de la Société entomologique de France, 1861,
p. 899.
(5) Everts, Coleoptera in Koffiemhoomen voorkomende, in a Tijdschr.
V. Entomol. Deel XXVIII, i885, p. CVII ». (Cité par M. Zimmermann.)
155 —
LE PUCERON, LES COCHENILLES, LA FUMAGINE.
Les Pucerons et les Cochenilles, parasites des végétaux,
au même titre que les Punaises et les Poux, parasites des
animaux, sont des insectes appartenant à l'ordre des Hémi-
ptères ou Rhynchotes. Le caractère le plus saillant de ce
groupe réside dans la forme de la bouche disposée en un
suçoir formé par la lèvre inférieure. Ce suçoir renferme,
dans sa cavité, des soies rigides et aiguës, à l'aide desquelles
l'insecte pique les tissus végétaux ou animaux pour en
absorber par succion, avec sa trompe, les substances nutri-
tives.
Le Puceron et les Cochenilles du Caféier sont domma-
geables quand ils sont très abondants, non pas seulement
par l'affaiblissement qu'ils peuvent amener par leurs
piqûres réitérées sur la plante, mais aussi et surtout par
l'abondance de leurs excrétions visqueuses et sucrées cou-
vrant les feuilles et les rameaux. Cette production est un
milieu de culture très favorable au développement de moi-
sissures noires, dont la présence constitue, sur la plante,
un état pathologique que l'on a appelé fumagine. Cette pro-
duction ressemble beaucoup à une couche de suie d'un noir
mat et intense qui, souvent, couvre une grande partie du
système foliaire et entrave notablement les fonctions des
feuilles.
Puceron du Caféier. — Ce petit insecte [Aphis Coffex
Nietner) est d'une couleur noir de poix, avec un rostre blan-
châtre et l'abdomen verdàtre. Les jeunes individus sont peu
colorés, d'un vert indécis. Le Puceron du Caféier se ren-
contre surtout dans les jeunes plantations, de Libéria aussi
bien que d'Arabica, et quand il est abondant, le dommage
n'est pas sans importance.
— 156 —
Le Puceron est souvent l'origine de la fumagine. Il est
signalé à Geylan par Nietner (i), à Java par M. Konings-
berger(2).
On a employé, pour le détruire, l'eau de chaux en badi-
geonnages; mais les pulvérisations dont nous parlons plus
loin sont, à coup sûr, plus efficaces.
Le Puceron du Caféier a des parasites naturels parmi les
insectes. Nietner signale d'abord deux Diptères : Syrplius
NletiieriSchiwev et Syrphus splendens. Ils ont l'apparence
de guêpes; le premier est brun, le second vert avec une
marque dorsale blanchâtre. Leurs larves dévorent les puce-
rons du Caféier et en font un tel carnage qu'en 24 heures
ces larves doublent de volume.
Le même auteur nomme également un Névroptère voisin
des fourmis-lions, le Micromus aiistralis^ dont les larves,
petites, brunes, à ocelles verts, sont aussi avides du Puceron
que les deux précédentes. Les œufs de ce Névroptère, que
la femelle dépose sur les feuilles, sont pédicellés comme
ceux de certains Hémérobides et ressemblent à la fructifica-
tion d'un Champignon, d'un Mucor.
Nietner a vu encore, sur le Puceron du Caféier, des Hymé-
noptères parasites dont il ignore le nom.
Cochenilles
Les Cochenilles du Caféier appartiennent à plusieurs
genres; les plus importants sont les genres Lecaiiium et
Dactylopiiis. Comme c'est la règle dans ce groupe des
Coccides, les femelles sont dépourvues d'ailes.
Lecanium. — Chez les Lecanium, les femelles ne se meu-
vent que dans le très jeune âge et sont à ce moment fort
agiles. Elles ne tardent pas à se fixer, avant même la fécon-
(i) Nietner, Op. cit., 2* éd., p. 12.
(2) KoNiNGSBERGER,/>/e/7//A'e s'ij aiideri dcr Ko/jîecultuurjTeysmanniAjiSiyi.
— 157 —
dation, dans nombre dVspèoes, sans plus faire désormais
aucun mouvement; leur tégument s'indure sur le dos et
n'offre bientôt plus de segmentation distincte ; elles per-
dent ainsi à peu près complètement l'apparence d'insectes,
ressemblant à des sortes d'écaillés ou d'écussons hémisphé-
riques ou déprimés : d'où le nom de gallinsectes que leur
donna Réaumur. Dès lors, à cette place où elles se sont
arrêtées, elles enfoncent leur rostre et tirent ainsi leur
nourriture du support, feuille ou jeune rameau. Elles
muent à plusieurs reprises, augmentent de taille, sont fécon-
dées par le mâle et pondent, toujours dans la même immo-
bilité et sans donner signe de vie. Puis, la pente effectuée,
la femelle meurt, et les œufs restent placés sous son abdo-
men d'abord rebondi, puis de plus en plus aplati, à mesure
que les œufs éclosent. Le corps desséché de la femelle
sert ainsi à protéger les œufs contre les agents extérieurs.
Ces œufs sont entourés d'une matière cotonneuse blanche,
sécrétée par la mère.
Les mâles, semblables aux femelles sitôt l'éclosion, ne
tardent pas à se fixer, mais sans grandir, pour se trans-
former en nymphes, d'où sortent des insectes parfaits,
ailés, beaucoup ])lus petits que les femelles, aptes à la
fécondation.
Quatre espèces du genre Lccaifiii/ii s'attaquent au Caféier.
Cochenille noire. — Cette Cochenille, en anglais « black
bug » (punaise noire), est le Lecaniuui nigi'iiin Nietneru).
Elle est considérée, en général, comme moins nocive que
les deux suivantes, et elle n'attaquerait que des plantes
déjà souffrantes et dépérissantes. Le mâle est inconnu, et la
femelle ne serait colorée en noir que lorsqu'elle estdéjààgée.
IMus jeune, elle est d'un brun grisâtre. On rencontre égale-
ment cette cochenille sur le Croton Tigliuni et le Caout-
chouc de Céara [Manihot Glaziowii), Le Caféier n'a été
signalé comme en ayant reçu quelques atteintes que dans
(i) XiETNF.K, Op. cil., p. 8.
— 158 —
l'Inde et à Ceylan, à Maurice (Bonâme), à la Réunion
(Bordage).
Cochenille brune. — C'est le « brown bug » [Lecanlani
Coffea' Walk. — L. /le/nisphœricuniTaLVg.)^ la. plus redoutée
des cochenilles du Caféier, à cause de la persistance déso-
lante avec laquelle elle se maintient sur cette plante quand
elle S'y est une première fois installée.
La femelle est brun-rouge, presque hémisphérique, à
bords un peu aplatis. Sa longueur est de 2 mill. i/y., sur
I mill. i/:>. de large. Depuis près de 5o ans, on l'accuse
de nuire beaucoup aux Caféiers à Ceylan, et, d'après Nietner,
elle y attaquerait aussi le théier. On la trouve également
à Java [i\ où elle est assez rare, et au Brésil (2), où elle
est aussi peu répandue, aux lles-sous-le-Yent i31, à la
Réunion (Bordage!, au Congo français (Bouyssou. J'en pos-
sède sur Caféier de la jNIartinique.
La cochenille brune trouve parmi les insectes de nom-
breux ennemis. Emerson Tennent (4) raconte qu'à Ceylan
on avait tenté de se délivrer de cette cochenille en intro-
duisant une fourmi rougeàtre qui lui fait une guerre
acharnée, mais qu'on dut renoncer à cette tentative, parce
que la fourmi attaquait aussi, avec une véritable furie,
les coolies malabares, par suite de la coutume qu'ils ont
de s'enduire la peau d'huile.
Nietner ,")) cite comme parasites les insectes suivants :
d'abord une larve de Coccinelle (Coléoptère), le Chilocoriis
clrcunidatus Schonh., qui dévore les cochenilles fixées et
leurs œufs ; puis les larves d'un certain nombre de Chal-
cidides (Hyménoptères). Ces insectes déposent leurs œufs
(l) KOMNGSBKRGKR, Op. Cit.
[■ïj Gœldi, Op. cit. — SiGNORET, Essa'i sur les Cochenilles, in a Ann. de
la Soc. entom. de France », 1873, p. (35.
(3) Barber, G. A., in « Supplemeiit to ttie Lewards Islands Gazette »,
II juin 1898.
( î) James Emerson Texnen't, Ceylan... vith notices of its natural liistory,
3 vol., 1859.
(")) Nietner, Op. cit., p. 7.
— 159 —
dans le corps même des Cochenilles : les œufs éclosent, la
larve y continue son développement et n'amène la mort de
son hôte qu'au moment où elle va se transformer en
chrysalide. Elle sort enfin du corps vide de la Cochenille à
l'état d'insecte parfait. Ces Chalcidides tous observés à
Ceylan sont : Mariettn leopardina Nietner ; Cirrospilus coc-
ch'orus Motsch. ; Encrjrtus Nietneri jMotsch. ; Encijrtus para-
disiacus Motsch. ; Scutellista cyanea Motsch. ; Cephaleta
purpiirelventris Motsch. M. Bordage [Op. cit., « Revue des
Cuit, colon., .5 mai 1899 ») indique enfin pour les Lecanium
nignim et L. Coffeœ des chenilles cVErastria, surtout E.
blandula, comme parasites à la Réunion.
Le nombre de cochenilles détruites par ces diverses lar-
ves peut devenir à un moment donné considérable, lorsque
les conditions qui favorisent le développement de leurs para-
sites se trouvent réalisées; mais dans la période suivante, les
cochenilles devenant de plus en plus rares, il s'ensuit que
leurs ennemis hyménoptères meurent sans avoir pu trouver
un asile convenable pour leurs œufs, et dès lors l'équi-
libre ne tarde pas à se rétablir en faveur de la cochenille,
douée d'une puissante faculté de reproduction. C'est la
manifestation d'une loi biologique générale qui régit tous
les phénomènes de parasitisme.
Auxlles-sous-le-Yent, où, d'après M. C. A. Barber 11), les
plantations de Caféier sont gravement endommagées par la
cochenille brune, les insectes (les mâles?), après une longue
période de pluie, descendent dans le sol ; on les y rencontre
couverts d'une moisissure blanche et les Caféiers se trou-
vent débarrassés du parasite pendant un certain temps.
L'auteur pense que c'est le même champignon que Cocke-
rell a vu à la Jamaïque dans des conditions identiques. Il
suppose que c'est un Cordyceps, mais il déclare ignorer s'il
envahit l'insecte vivant.
Cochenille verte. — Cet insecte, « green bug » en anglais,
(i) Barber (C.-A.), Op. cit.
— 160 —
est le Lecanium viride Green ; il s'est multiplié oonsidéra-
blement dans le sud de l'Inde et à Ceylan, et la cause en est
qu'il peut attaquer un certain nombre d'autres })lantes, telles
que le citronnier, l'oranger et occasionnellement le théier ( i ).
Il est également cité par M. Koningsl)erger (a) comme exis-
tant à Java où il est assez répandu, à Maurice (Bonàme), aux
îles Hawaï (Kœbele). La cochenille envahit d'abord les ex-
trémités des rameaux et les feuilles tendres, puis elle se
répand bientôt sur les rameaux plus âgés, fait couler et
tomber les fleurs, arrête le développement des fruits qu'elle
couvre et dont elle détermine la chute. Tous les organes
envahis ne tardent pas à se couvrir d'une épaisse couche de
fumagine.
Le Libéria paraît lui donner plus souvent asile, et, d'après
M. Green, son importation récente à Ceylan n'aurait j)eut-
ètre pas d'autre origine.
De même que les pucerons, la cochenille verte attire les
fourmis; celles-ci, avides de la substance sucrée que sécrète
la cochenille, transportent ses œufs et la colonisent souvent
sur d'autres pieds de Caféier.
Des larves de coccinelles sont susceptibles de détruire la
4-ochenille verte; on a observé le fait à Java, mais ces larves
sont encore incomplètement déterminées (3).
M. Zinunermann (4) a découvert à Buitenzorg et à Malang
(Java) un champignon parasite du Lecanium viride; les in-
sectes en sont atteints, même à l'état de larve. Après leur mort,
on les voit environnés de filaments d'un mycélium qui s'élend
un peu sur la feuille. Ce champignon a été appelé CepJuilo-
sporium Lecanii. On le cultive facilement sur les milieux
artificiels et M. Zimmermann a pu s'assurer par des expé-
riences directes qu'en projetant les conidies de la moisis-
(i) Indian Muséum Notes, vol. II, ii° 6.
(2) Op. cit.
(3) De ludische Mercuur, 1899, ii" 3.
(() A. Zimmermann, 0\ei' eene schinimelepidemie dev groene luizeu, Bui-
tenzorg, 1898.
— 161 _
sure parasite sur les cochenilles on les infectait sans diffi-
culté; mais la sécheresse et la lumière solaire sont des
obstacles sérieux à l'extension de Fépidémie, car elles
gênent ou empêchent la germination des spores. Les essais
faits jusqu'ici ne semblent pas concluants au point de vue
pratique et il est à craindre qu'à ce sujet il en soit de la
cochenille verte comme des vers blancs.
Un autre Lecanium, L. caudalum, est encore sio-„alé à
Ceylan par M. Green (r). °
Dactylopius. - Le genre Dactylopius diffère du genre
U'canium par plusieurs caractères bien nets. Les indiVidus
ne se fixent jamais: les femelles, mobiles pendant toute la
durée de leur existence, conservent jusqu'à la fin pieds et
antennes, sans se déformer et acquérir cette carapace
indurée qui existe chez les /..w,,./.,,,,. Elles pondent leurs
œuls en une ou plusieurs masses isolées, d'un blanc
cotonneux, et la substance qui recouvre et agglutine les
œufsestde nature cireuse. Elle est demôme nature que chez
les Lecaninm et produite ici par de nombreuses glandes
placées sur le bord des segments du corps de la femelle •
cette sorte de cire est soluble dans l'éther et le chloroforma
presque entièrement, moins complètement dans l'alcool
Pour ce qui est du mâle, il possède deux ailes membra-
neuses transparentes, est dépourvu de tube digestif et périt
sitôt 1 accouplement. Il en est de même chez les Lecanium.
Cochenille blanche. - Il existe sur les Caféiers plusieurs
espèces appartenant au genre Dactylopius; le D. Adonidmn
qui, a la Reunion, porte le nom de pou blanc, est la plus
répandue.
Dans les colonies anglaises, on l'appelle» white buo- „
(punaise blanche) ou « mealy bug « (punaise cotonneuse);
au Mexique, il a reçu le nom de « pulgon » fpou). Linné, le
(i) Green, Indian Muséum Notes, IV, 1896, p. 2.
— 162 —
créateur' de l'espèce, l'appela primitivement Pediculas Ado-
nidum (pou des Adonis) et plus tard Coccus Adonidnm. Plu-
sieurs auteurs ont pris un nom de genre différent, ce qui
complique considérablement la synonymie de l'espèce. Il
faut citer les deux plus connus : Pseudococcus Westwood,
Dactylopius Costa. Comstock changea le nom spécifique et
l'appela Dactylopius destructor (i), nom sous lequel on le
trouve souvent désigné dans les publications américaines.
L'espèce linnéenne a été démembrée par Signoret en un
certain nombre d'espèces (9.) qui diffèrent peu entre elles
et toutes n'ont pas été unanimement acceptées. Parmi
ces espèces, \e Dactylopius r?V/7*(Risso, Boisduval, Signoret)
est la cochenille des orangers dans l'hémisphère tempéré
boréal. Une autre, Dactylopius longispiiius Targioni-
Tozzetti, est, d'après M. Antonio Berlese (3), la cochenille
des orangers dans les régions chaudes ; en Italie elle se
multiplie difficilement à l'air libre et est peu répandue à
cause de la période hivernale qui arrête son développe-
ment. Cette seconde espèce semble mieux répondre au
Dactylopius du Caféier. Néanmoins, plusieurs de ces coche-
nilles, réunies par Linné en une seule et même espèce, sont
signalées sur les Caféiers par différents auteurs ; dans ces
conditions, on conçoit qu'il persiste un certain doute à ce
sujet ; d'autant que jusqu'ici la ou peut-être plutôt les
« cochenilles blanches » n'ont pas été, que je sache^ étu-
diées par un entomologiste s'occupant spécialement de
ce groupe d'insectes, diiriciles à déterminer avec certitude
quand on ne possède pas toutes leurs formes.
Boisduval émit d'ailleurs un doute sur cette identité. Il
dit expressément (4) :
(i) Comstock, Annual report of tJie commissioner of agriculture for the
year 1881, Washington, 1881, p. 34i.
(2) Signoret, Essai' sur les Coctienilles, in a Annales de la Société onto-
mologique », 1875, p. 3o6.
(3) Antonio Berlese, Le Cocciiiiglie italiaue viventi sugli agruiiii, in
liivista di patologia végétale, vol. II, i8y3.
(4) D' Boisduval, Essai sur l'entomologie agricole, 1867, p. 3 48.
- 163 —
« Le pou blanc qui, à Tile Bourbon, fait, depuis quelques
« années, de si grands dégâts dans les plantations de café
« et de canne à sucre, appartient sans doute à une espèce
« très voisine du Dact y lopins Adonidam (appelé Coccus
« Adonidam par Boisduval). »
Le véritable Dactylopius Adoniduni est la Cochenille des
serres ou Pou blanc des serres qui, dans les serres chaudes
en Europe, attaque une foule de plantes et cause des dom-
mages notables.
La cochenille blanche du Caféier a été observée dans la
plupart des régions où se cultive le Caféier : dans l'Inde,
surtout dans le Mysore (i); à Ceylan, d'après Nietner; à la
Réunion ; à Madagascar ; au Brésil, d'après Gœldi (2) ; au
Mexique (3); à Costa-Bica, d'après M. Adolfo Tonduz; dans
les Antilles ; aux îles Hawai, d'après M. W.-G. Wait (4). Dans
cette dernière localité (5) ont été signalées d'autres coche-
nilles sur les Caféiers, parmi lesquelles un Rhizococcus sp.,
genre créé par Signoret (6), à peine différent du Dactylopius
et qui attaquerait les Citronniers et les Caféiers. Cette espèce
serait de provenance japonaise. Peut-être ne diffère-t-elle pas
de res|)èce que nous étudions, qui, autant qu'il semble, est
très répandue.
La femelle de la cochenille blanche a le corps un peu con-
(i) Indian Muséum Notes, vol. I, u» i, Calcutta i88ij, et vol. II, a'^ G. •
Journal of the Asiatic Society, Part. II, 1886, p. 288.
(i) Op. cit.
(3) RiLEY, Insect life, U. S. Department of agriculture, division of ento-
mology, V, p. 60. — ScHŒNiKLD, vice-consul de France à Tampico, Bap-
port sur l'agriculture et la culture du café au Mexique, in Jiulletin du
Ministère de V Agriculture, 1896, p. 3ii. — Josi'; C. Skglr.v, La fuinagina
y el pulgon de los Cafetos de la liepublica mejicana, traduit dans la Revue
agricole de la Réunion, 1896, p. 'i\. — Adolfo Tonduz, La fumagina del
Cafeto, San José, Costa Rica, 1897. — D'' Ramirez, in « Anales del Insti-
tuto medico nacional mejicano », t. Il, juillet 1896.
(4) Insect life, VI, p. 334. — Planter's Monthly, 1893, p. 559-56i.
(5) A. Kœbele, Report of Department agricult. and furestry, Ilawaïan
Republ., 1894.
[6] Signoret, Op. cit.
— 1G4 —
vexe, oblong, de un millimètre à un millimètre et demi de
long; le dos est cotonneux, d'un blanc un peu grisâtre; le
ventre est jaunâtre. La femelle est mobile jusqu'à la ponte.
Aussitôt après, elle meurt sur ses paquets d'œufs, entou-
rée d'une substance cireuse blanche. Le mâle est plus petit,
brun, un peu olivâtre. Les œufs, presque transparents, sont
d'un jaune clair; leur éclosion coïncide en général avec les
périodes de grandes chaleurs.
La cochenille blanche attaque d'autres plantes que le
Caféier. On signale, dans Tlnde, un Cedrela et plusieurs
F'icus (i), au Mexique un nombre plus considérable (2), les
Dracœnas, les Manguiers, les Orangers, les Ananas sur-
tout; de telle sorte qu'à la Jamaïque on aurait essayé de se
servir de ces derniers comme plantes-pièges, en les plan-
tant entre les rangs de Caféiers.
Ces cochenilles sécrètent comme les précédentes un
liquide sucré qui, comme nous avons vu, se recouvre de
lumagine. L'insecte et le champignon peuvent envahir tous
les organes du Caféier, les jeunes bourgeons, les feuilles,
les rameaux, les glomérules floraux, les fruits. Si les bour-
geons floraux sont attaqués avant épanouissement, la cou-
lure en est le plus souvent la conséquence fatale : le
fruit attaqué mûrit mal ou tombe prématurément. La feuille
résiste mieux, car, s'il survient une élévation de tempéra-
ture accompagnée de sécheresse, la couche de fumagine se
détache souvent par écailles, laissant la feuille propre, mais
en assez mauvais état, en partie décolorée et peu suscep-
tible d'accomplir ses ibnctions. Néanmoins, il y a lieu de
faire à ce sujet une réserve, car c'est précisément pendant la
période chaude que la cochenille trouve les conditions les
plus favorables à sa pullulation, tandis que, j)endant la
saison des pluies, où elle ne se multiplie guère, l'humidité
atmosphérique favorise au contraire, sur les sécrétions
(i) Indian Muséum Notes, vol. I, \i° i.
(2) Segura, Op. cit.
— 165 —
sucrées de Finsecte, Textension de la moisissure noire de
la fumagine.
En tout cas, on peut sans diflîculté reconnaître à une cer-
taine distance une plante fortement attaquée, même au début.
Les feuilles sont recouvertes d'une poudre blanche ressem-
blant à de la farine, qui, si on la regarde à la loupe, se voit
entremêlée de femelles et d'insectes minuscules, les jeunes
larves. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'apparaît la fumagine
qui peut couvrir entièrement les feuilles.
La Cochenille blanche envahit aussi, mais plus rarement
semble-t-il, les parties souterraines des Caféiers, jusqu'à
o,25 cent, au-dessous du collet; et là, plus que sur la tige,
sa sécrétion sucrée attire de nombreuses fourmis. Parmi
celles-ci, une espèce, appelée « ruiva « au Brésil, serait le
Bracliymyrmex decedens Mayr. Gœldi(i) et avant lui le
baron de Capanema, qui avait le premier observé cette as-
sociation de la cochenille et de la fourmi sur les racines du
Caféier au Brésil, l'ont considérée comme inoffensive pour
la plante, aussi bien lorsque les parties aériennes du
Caféier sont attaquées. Il faut dire que Gœldi ne parle
qu'accessoirement de la Cochenille blanche du Caféier; il
s'est occupé surtout de la maladie vermiculaire, et s'il in-
nocente le Dactylopius de tout méfait, c'est sans doute que
cet insecte ayant été soupçonné de produire les nodosités
des racines, il avait pu se rendre compte que la production
de ces nodosités n'était aucunement liée, chez le Caféier,
à la présence de la Cochenille blanche. M. Bordage(2), au
contraire, croit que cet insecte peut tuer les jeunes Caféiers ;
mais, ici encore, il est permis de supposer qu'il y a con-
fusion entre des espèces voisines.
La Cochenille blanche a aussi ses insectes parasites, ren-
contrés, comme ceux de la Cochenille brune, à Ceyian par
Nietner. Ce sont une larve de Coccinelle et deux larves de
(i) Gœldi, Op. cit.
(2) BoRDAGE, Revue des Cultures coloniales, 5 mai, 1899, p. 260.
— 166 —
Chalridides (i) : Sct/jiuius i-otiuulmiisMostch., la Coccinelle ;
Chartocenis musciformis Motsch. et Encyrtus Nietneri
Motsch., les deux Chalcidides. Enfin, à la Réunion, les che-
nilles d'£'/r/.ç//7*(7 blaudula, d'après M. Bordage(2), détruisent
aussi la Cochenille blanche.
D'autres espèces du même genre Dactylopius sont égale-
ment nuisibles au Caféier.
Le véritable Dactylopius Citri Risso, des Hespéridées,
signalé par Riley au Mexique (3), serait, d'après M. Green (4),
celui qu'on trouve à Ceylan, à l'exclusion du précédent.
Nous venons de relever l'obscurité qui règne encore à ce
point de vue.
M. Bouyssou (5), à côté d'une cochenille qu'il pense
être Dactylopius Adonidum^ a trouvé au Congo français une
autre cochenille qui s'en différencie surtout par deux pro-
longements soyeux de la longueur du corps, insérés à la
partie postérieure, La seconde serait, dans cette région, plus
nocive que la première.
Le Dactylopius lougifilis Comst. se trouve sur le Caféier
à Java, d'après M. Koningsberger.
On a observé sur le Caféier plusieurs Coccides n'appar-
tenant pas aux genres précédents. Nous ne dirons quelques
mots que du genre suivant :
Puh'inaria. — Les Pulvinaria constituent un genre établi
par Targioni-Tozzetti, à limites indécises, qui est fort voi-
sin du genre Lecanium. Les Pulvinaria ne sont autres que
des Lecanium chez lesquels le corps de la femelle repose
sur un coussin de matière cireuse blanchâtre et n'est fixé
au végétal que par sa partie antérieure. Dès lors, à un mo-
ment donné, lorsque les œufs produits par la femelle sont
(i) Indian Muséum Notes, vol. II, n° 6.
{■l] BORDAGE, Id.
(3) Riley, Op. cit.
(4) Green, Op. cit.
C'y) Revue des Cultures coloniales, 20 septembre 1899.
— 16-? —
devenus abondants, récusson qu'elle forme se trouve soulevé
par sa partie postérieure. Il faut avouer que ce caractère ne
se trouve nettement marqué que dans un certain nombre
d'espèces de ce genre. D'autres le relient insensiblement
au genre Lecanium.
Deux espèces de Piilvinaria attaquent les Caféiers : Pul-
vinaria Psidii Maskell, qui cause de grands dommages aux
îles Hawaï, d'après M. Kœbele (i^. Cet auteur a pu s'assurer
que les larves d'une coccinelle introduite d'Australie, le
Cryptolœmus Montrouzieri, opèrent la destruction parfaite
de cette cochenille. M. Zimmermann a vu à Java le [Piil-
viiiaria Psidii sur le Libéria (s), tandis qu'à Ceylan,
M. Green le rencontrait sur différentes plantes, mais pas
sur le Caféier. Y a-t-il identité entre les deux espèces
trouvées ?
Piih'iiiaria camellicola Signoret (?) qui, d'après M. Wait, y
serait dévoré aussi par des larves de coccinelles (3).
Cochenilles souterraines. — Récemment M. Giard (4) a
décrit deux cochenilles nouvelles observées sur les racines
du Caféier, et il les considère comme différentes des espèces
dont il est question plus haut.
L'une est VOrtheziola fodiens Gd ; la femelle, d'un fauve
rougeâtre, mesure, à l'état adulte, a millimètres de long
sur un millimètre et demi de large.
La seconde est le Rhizœcus Eloti Gd ; la femelle adulte,
aveugle, de couleur grisâtre, a un peu plus de a millimètres
de long.
Ces deux espèces, récoltées par M. Aug. Elot, directeur
du laboratoire agricole de la Basse-Terre (Guadeloupe),
coexistaient sur les radicelles d'une plante mourante.
(i) The Tropical Agriciilturist, 1897, p. 3i.
(2) Centralblatt fur Rakteriologie, 1' Ahtheilung, 1899, p. 585.
(3) Wait, Op. cit.
(4) Comptes rendus hebdomadaires des séances de la Société de bio-
logie, n" du 25 juin 1897, p. 583
— 168 —
M. Giard n'a observé que des individus femelles, jeunes ou
adultes.
Dans les cas d'invasion de cochenilles souterraines, il
est présumable qu'un arrosage, au besoin répété, avec la
solution de sulfocarbonate de potassium dont nous avons
parlé, ou l'emploi du sulfure de carbone, rendrait des ser-
vices.
Fumagine. — Ce terme désigne, nous le savons déjà, l'en-
duit noir de nature végétale qui se développe sur les feuilles
attaquées par les pucerons et les cochenilles. Nous savons
aussi que les sécrétions sucrées de ces insectes servent de
support aux champignons de la fumagine ; néanmoins, ces
matières sucrées peuvent aussi reconnaître une origine
autre que les insectes.
Un bon nombre d'arbres produisent parfois, pendant la
saison chaude et par l'intermédiaire de leurs feuilles, un
liquide visqueux, sucré, qu'on peut même, au microscope,
voir sourdre directement des stomates (G. Bonnier), et,
lorsqu'il est abondant, il tombe en fines gouttelettes, recou-
vrant les feuilles et le sol placés au-dessous (i). On a appelé
cette exsudation saccharine la miellée ou le miélat, ce
terme étant souvent aussi appliqué à la production de la
matière identique élaborée par les pucerons et quelques
autres insectes. La miellée due aux pucerons est plus
abondante le jour que la nuit; au contraire, celle produite
directement par les plantes est plus copieuse pendant la
nuit, et elle est surtout abondante dans les périodes où des
nuits fraîches alternent avec des journées chaudes et sèches.
Dans un mémoire récent, M. Gaston Bonnier (2), après
avoir résumé les travaux antérieurs publiés sur ce sujet, a
(i) E. BouDiER, Siii' la nature et la production de la miellée, Association
fr. pour l'av. des Se. Congrès de Blois, 1884. — Busgen, Der Honigtau,
léna, 1891, etc.
(2) Gaston Bonnier, Recherches expérimentales sur la miellée (Revue
générale de Botanique, VIII, 1896, p. i).
— 169 —
étudié à nouveau ces phénomènes et précisé nettement les
conditions qui les régissent.
Pour le Caféier, il est probable que les feuilles produisent
directement de la miellée. Nietner (i) considère la miellée
du Caféier comme « tantôt une sécrétion de Tinsecte,
tantôt luie sève extravasée qui coule des troncs blessés, ou
plus vraisemblablement une combinaison des deux ». Le
fait a été pourtant contesté (2).
M. Anderson (3), qui a suivi une apparition de miellée en
connexion avec le Dacty lopins Adoniduiu, a vu l'arbre
envahi suinter un liquide gommeux en si grande quantité
que le sol était mouillé sur toute la surface occupée par la
plante.
Un nombre considérable de végétaux montrent de la
fumagine et même, sur une plante donnée, ces enduits fuli-
gineux peuvent appartenir à des espèces différentes de
champignons. Pour ce qui est du Caféier, les champignons de
la fumagine sont encore incomplètement connus ; cependant
les quelques observations que j'ai pu faire ou contrôler à ce
sujet me permettent d'assurer qu'il y a au moins deux es-
pèces botaniques différentes qui concourent à la produc-
tion de cette fumagine.
L'une d'elles est le Ti'iposporiiun Gcirdiieri (4) de Ber-
keley; l'autre le Capnodium Coffeœ de M. Patouillard.
Triposporium Gardneri. — Ce champignon a été observé
par Berkeley (5) sur des feuilles de Caféier envahies par le
Lecaniiun nigriim. La même espèce, immature, a été appe-
lée par Piabenhorst Syncladium Nietneri (in Hedwigia,
(i) Op. cit.
(2) BouYssou, lie^ite des Cultures coloniales, 20 septembre 1899.
(3) Indian Muséum Notes, vol. I, n" i ; A'^otes on Indian insects pests,
Bhynchotes, par E. I. Atkinson, Calcutta, 1889.
(4) Dédié à Gardner, directeur du Jardin des plantes de Ceylan, qui
avait transmis ce champignon à Berkeley.
(5) Berkeley, Fungi Ceylan., n''894, et Notice of a mould attacking the
Coffee plantations in Ceylan, by the Révérend M. J. Berkeley.
— 170 —
i858). La fumagine à laquelle ce champignon donne nais-
sance forme crabord une plaque mince, d'un gris noir,
transparente, qui, en deux ou trois mois, s'épaissit assez
pour couvrir feuilles et menues branches d'un enduit
opaque, simplement granuleux à la loupe. A Ceylan, il
pourrait persister une année entière à l'état vivant sur les
feuilles du Caféier; à la saison sèche, il s'élimine en larges
écailles qui laissent la feuille absolument propre, mais le
plus souvent presque décolorée, desséchée, morte et sans
utilité pour la plante (i).
L'examen microscopique ne m'a pas permis d'y découvrir
d'autre fructification que la forme conidienne, constituée par
des spores (conidies) naissant librement à l'extrémité des
filaments (fig. 40-
La portion végétative du champignon, le nncélium, est
formée de filaments ram-
pants, ramifiés, tortueux,
copieusement cloisonnés,
d'un brun olivâtre ou fu-
ligineux, qui, de place en
place, produisent un ra-
meau dressé, également
cloisonné, étranglé aux
cloisons, portant à son
sommet des conidies, en
général au nombre de
trois, rayonnant en étoile
et divergeant dans un
plan perpendiculaire au
filament-support. Ces conidies sont brunes, 6 à 8 fois
cloisonnées, un peu atténuées en pointe mousse à leur
extrémité libre, où elles deviennent presque hyalines. La
dimension des conidies est variable; la moyenne est de
1/20 de millimètre ou 5o [x.
Fig. 41. — Triposporium Gardneriiierli. —
.1/, filament du mycélium produisant des
conidies, Co.
(i) Indian Muséum Notes, vol.
[889.
— 171 —
Il est à remarquer que les formes Triposporiinu ont déjà
été observées dans les premiers développements de fuma-
gines dues à tles Capnodium. La fumagine de l'Oranger, en
particulier, produite par le Capnodium Citri Penzig, montre
une fructification conidienne en Trisposporium (i) tout à
fait identique à celui de Berkeley sur le Caféier. Je serais
tenté de les identifier tous deux et de rapporter le Tripospo-
riiim Gardiieri au Capnodium Citri., et cela d'autant que
l'espèce de Berkeley est signalée par son créateur sur des
plantes variées. Et, d'un autre côté, j'ai pu observer sur des
feuilles de Caféier et d'Oranger poussant côte à côte, et tous
deux provenant de la Martinique, cette forme Triposporium .
Je dois reconnaître cependant que, sur l'Oranger, on ren-
contrait toutes les formes du Capnodium Citri, formes coni-
diennes, spermogonies pycnides, périthèces ascospores (2),
tandis que sur les feuilles de Caféiers voisins, et sur d'autres
feuilles de Caféiers de provenance différente, je n'ai pu
rencontrer que la forme conidienne en Triposporium.
Capnodium Coffex. — La fumagine produite par cette es-
pèce semble plus répandue que la précédente. J'en ai eu
des échantillons du Tonkin, de la Martinique, du Venezuela,
de l'Ecuador, qui, pour la plupart, m'ont été fournis par le
créateur de l'espèce, M. Patouillard, le très éminent myco-
logue.
L'apparence et le développement de cette fumagine ne
semblent pas différer beaucoup de ce qu'on observe pour le
Triposporium du Caféier. A l'état jeune, il n'y a pas extérieu-
rement de différence bien sensible; l'enduit noir est seule-
ment un peu moins dense. Sur des échantillons très avan-
cés, l'examen à la loupe montre une quantité considérable
de courts filaments, un peu entrecroisés, qui donnent assez
(i) Ed. Prillieux, Maladies des plantes agricoles, Paris, 1897, t. II,
p. 55 et suivantes.
(2) Pour le sens de ces termes, voir Ph. Van Tieghem, Traité de Bota-
nique, 1" éd., pp. ii33 et n34; et Ed. Prillieux, Op. cit., II, p. i et sui-
vantes.
— 172 —
bien à la feuille l'apparence d'un velours mat : ce sont là les
cols des périthèces, comme nous verrons tout à l'heure.
Au début de son développement, le champignon produit
un mycélium qui possède le caractère des mycéliums de
Capnodium en général (fig. 4'^-, fi)- H est formé de filaments
bruns qui, rapidement, produisent des chapelets ramifiés
de cellules d'un brun olivâtre clair, ovoïdes, à parois min-
ces, plus ou moins atténuées aux deux extrémités.
Un peu plus tard, le même mycélium donne naissance à
des chaînes de spores cubiques, à faces latérales légère-
ment bombées, un peu plus grosses, de 4 à 6 [j, de large
(fig. 42, h^ c). Cette forme semble bien répondre à l'espèce
décrite par Cooke (i) sous le nom de Tonila Sphœrella. Le
mycélium qui produit les chaînes de conidies est d'abord
cylindrique, d'un calibre partout égal, puis progressive-
ment les articles s'étranglent un peu aux cloisons, en
même temps que les parois s'épaississent et accentuent
leur teinte, et les chaînes de conidies se trouvent cons-
tituées. Ces conidies ne se séparent les unes des autres
que très difficilement; le plus souvent, elles ne se déta-
chent des filaments que par groupes un peu sinueux de
quatre à huit. Je n'ai pu observer la germination des
conidies, n'ayant à ma disposition que des échantillons des-
séchés.
Le même mycélium produit également, mais, il m'a
semblé, en petit nombre, des conidies isolées, fusiformes,
allongées, très brunes, à parois assez épaissies, dressées, à
5 ou 6 cloisons transversales, d'environ 5o [x de long sur
5 [1 de large, portées sur un pédicelle court. C'est une forme
Brachysporium .
Enfin, avant de fournir ses périthèces, de place en place,
le mycélium s'agglomère en petites masses, irrégulière-
ment arrondies, qui résultent du cloisonnement d'un fila-
(i) Grevillea, 1880, p. 11.
(2) Bulletin de la Société mycologique de France, t. IX, 1893, p. i5o.
— 173 —
ment suivant les trois dimensions (fig. 4^, d,e). Ces organes
se retrouvent dans les formes primaires qu'on observe dans
les fumagines, formes pour lesquelles le mycologue Persoon
avait créé le genre Fuma go. Les organes dont nous parlons
sont fréquemment appelés
bourgeons ; quant à leur rôle,
on peut assez bien les com-
parer aux bulbilles des plantes
supérieures. Ce sont, en
somme, des organes de ré-
sistance, qui peuvent persis-
ter à l'état latent et repro-
duire par leur développement
un corps végétatif nouveau.
A la fin de l'évolution ap-
paraissent, sur le mycélium,
des périthèces, sans qu'il soit
possible de noter de spermo-
gonies ou de pycnides. Les
périthèces se présentent au mi-
lieu d'un réseau de filaments
mycéliens grêles, avec l'appa-
rence de longs poils noirs ai-
gus (fig. 4>^); il« se renflent
un peu vers la base et produisent un ou deux rameaux
latéraux plus ou moins, ventrus. Le périthèce lui-même
reste néanmoins étroit; sa largeur ne va pas au delà de
fto ou ?)o [X, tandis que sa longueur peut atteindre un milli-
mètre et demi (i.5oo |x). Ces périthèces enfin se sont jus-
qu'ici montrés stériles : on n'y rencontre de spores
d'aucune sorte.
Fig. 4.!. — l'ajj/iinliiuii Cuff'cn' Pat. —
Sa tonne conidiciine [Tvitila Sp/ta--
rella Cooke ?) : a, mycélium, produi-
sant en b une chaîne de conidies ;
f, portion d'une chaîne détachée ;
d, un bourgeon issu du mycélium ;
e, un bourgeon naissant.
Un autre Capiiodiuiu a été récemment décrit sur les
feuilles du Caféier par ^I. Spegazzini \i), sous le nom de
(i) Rcvista agiicola y \-eterinaria, La Plata, 1896, p. 324.
— 174 —
Capnodium trichostommn. Peut-être est-ce la même espèce ;
je n'ai pu, en tous cas, me le procurer.
De même, ^I.Wait a signalé
un Capnodium lanosiini qui
serait le champignon de la iu-
magine aux îles Hawai (i). Ce
qualificatif lanosum permet de
penser que, probablement, il
ne s'agit pas d'une espèce dif-
férente du Capnodium Coffen\
La i'umagine est toujours
plus abondante et plus fré-
quente sur la face supérieure
des feuilles, car c'est là que
les excrétions sucrées des co-
chenilles lavées par les pluies
ou la rosée s'accumulent et
se dessèchent. On comprend
que le manque de lumière dû
à la présence de cet enduit noir
n'est pas sans gêner les fonctions générales de la feuille,
la transpiration et la fonction chlorophyllienne. La pré-
sence de la fumagine apporte par suite un trouble notable
dans la nutrition générale de la plante. Il n'est pas rare,
d'ailleurs, d'observer la chute de tout ou partie du sys-
tème foliaire ; et, pendant la période correspondante, le
développement, l'accroissement, la floraison, la fructifica-
tion subissent un temps d'arrêt très net,
Quelle que soit leur nature botanique, les champignons
des fumagines se comportent de même vis-à-vis de leur hôte.
On ne peut rigoureusement les qualifier de parasites, puis-
qu'ils ne pénètrent pas dans l'intérieur des tissus du végétal
et que leur végétation complète s'accomplit exclusivement
à la surface de la plante hospitalière; mais l'action nocive
Fig. 4j. — Capnodium Cvjjeœ Pat
— Péi'ithèce jeune en a, naissan
sur le mycélium, M; en b, un pc
rithèce plus développe.
(i) Wait, Op. cit.
— 175 —
dont nous venons d'énuniérer les effets n'en est pas moins
réelle, et elle est la résultante des actions combinées de
l'insecte et du champignon.
Le Caféier de Lil^hna parait aussi sujet que le Caféier
d'Arabie à l'invasion de la fumagine (i). Il souffre moins
cependant, à cause de sa végétation plus puissante.
La fumagine, naturellement, prend une intensité plus
grande toutes les fois que sont réalisées les conditions qui
favorisent le développement des moisissures, c'est-à-dire
la chaleur, l'humidité, l'air confiné. En dehors des stations
basses et à sol humide, qu'on évite en général pour le
Caféier, ces conditions sont réalisées lorsque l'arbre est
trop touffu, que son feuillage et ses jjranches intérieures
n'offrent pas à l'air et à la lumière une pénétration suffisante,
en même temps qu'ils constituent une surface considé-
rable où séjournent facilement les germes.
Traitement. — Il comporte deux indications évidentes :
combattre les insectes, empêcher le développement de la
fumagine.
La première opération à effectuer, depuis longtemps con-
seillée (y), est un émondage rationnel, qui aère et éclaire
l'arbre et gène la végétation des champignons de la fuma-
gine.
On enlève par ce procédé une quantité notable de coche-
nilles ; on prendra soin de supprimer surtout les feuilles
ou jeunes rameaux qui en sont le plus chargés, et le tout
sera détruit par l'incinération .s^/'/'/ri'ce des parties taillées.
L'élagage effectué, c'est alors seulement qu'on pourra
(i) L'Agriculture et les forêts dans le sud de Madagascar, noies de
voyajîçe de M. Chapotte, garde général des forêts (Bulhrtin du Ministère de
l'Agriculture, 1898, p. 171).
(2) De la maladie noire des plantes, par AU'red Lejourdan, Mar-
seille, 1864, p. 80 et 90. — PuiLLiEux, Rapport sur la maladie noire
des oli\'iers dans l'Hérault (Bulletin du Ministère de l'Agriculture, i885,
P- 2'3<)).
— 176 —
avantageusement traiter les plantes par des solutions insec-
ticides et anticryptogamiques.
Malheureusement, la destruction complète des coche-
nilles, insectes et œufs, est loin d'être assurée. M. AntonfO
Berlèse insiste particulièremenl sur ce point (i). Ses expé-
riences lui ont montré que, si les insectes sont tués par des
substances insecticides diverses, aucun des insecticides
connus n'atteint les œufs ou les larves récemment écloses
sous la carapace maternelle ou dans l'épaisse enveloppe
céracée. Alors que, chez les cochenilles très jeunes,
la minceur et le peu de résistance du tégument permettent
de détruire facilement les larves mobiles, il est loin d'en
être de môme plus tard. Chez les Lecaniuni, Técusson
induré qui couvre la femelle protège celle-ci et ses (Luifs d'une
fayon parfaite. Chez les Dcidylopius, le développement de
l'enduit céracé est assez considérable pour produire un ré-
sultat identique.
Il devient dès lors nécessaire d'introduire dans les
mixtures insecticides une substance capable de dissoudre
les matières cireuses, et, en même temps, il faut augmenter
la force de projection du liquide pour en faciliter la péné-
tration. On trouve maintenant d'ailleurs, chez les fabricants
de pulvérisateurs, des appareils à dispositif très varié et
répondant à cette dernière indication. On n'aura que
rembarras du choix.
Comme substance dissolvante, le D'" Boisduval a préco-
nisé Talcool (•>); il conseille l'application d'alcool fort (à 90°)
avec un pinceau. Le liquide s'évaporant rapidement ne nuit
pas aux plantes ; mais ce procédé, praticable dans les serres,
ne peut être réalisé en grande culture.
On a proposé de nombreuses substances : le lait de chaux,
la solution d'hyposulfite de soude (Cosson), le lait de chaux
additionné d'un centième d'alcool (Novaret) (.i). Ce dernier
(i) Antomo Berlèse, Op. cit.
(2) D' Boisduval, Op. cit.
(J) Cllés par M. Alfred Lejoukdax, Op. cit.
— 177 —
procédé, qui a l'avantage de la simplicité, mériterait d'être
expérimenté à nouveau pour le Caféier, en y ajoutant
une quantité d'alcool, S ou 4 % au moins.
Plus récemment, M. Raoul a préconisé le jus de tabac et
les émulsions pétrolées proposées par M. E. C. Cotes, de
VIndiaii Muséum de Calcutta, et vulgarisées par Riley, le
savant et regretté entomologiste du département do l'agri-
culture des États-Unis.
Riley conseille d'employer le kérosène, produit qui, raf-
finé, donne le pétrole lampant ordinaire; ce dernier est pra-
tiquement suffisant et plus facile à se procurer.
Voici comment Riley conseille de procéder (i) :
« 1° Pour obtenir l'émulsion de kérosène (ou de pétrole)
« au savon, on dissout une demi-livre de savon (a5o grammes)
« dans un gallon (3 lit. 780) d'eau chauffée jusqu'au degré
« d'ébullition, et on ajoute le mélange ainsi obtenu,
« tout bouillant, à 2 gallons de kérosène. Une agitation vio-
« lente donnera comme résultat un composé de la consis-
(( tance du beurre. Ces émulsions sont absolument fixes et
« peuvent être gardées indéfiniment. On peut, suivant
« l'usage qu'on veut en faire, les diluer dans 10 fois leur
« volume d'eau ou davantage et s'en servir dans les pulvé-
(( risateurs. »
2" Riley a également employé une émulsion composée à
parties égales de kérosène et du composé résineux suivant :
« On dissout une livre de soude caustique en la faisant
« bouillir dans un gallon d'eau. On ajoute à la moitié de
<( cette solution 8 livres de résine et on fait bouillir le tout
« jusqu'à dissolution de la résine; après cela, on ajoute le
« reste de la solution, et le mélange obtenu est mis à bouillir
« sur un feu très vif. Le composé qui en résulte s'assimile
« très bien à l'eau froide. »
On aura le choix entre ces deux procédés. Il faut néan-
(i) Rapport de M. Brocchi. Cl. 76. Insectes utiles et insectes nuisibles;
extrait des Rapports du Jury international de l Exposition universelle
de 1889, Paris, Inip. nat., MDCCCXCII.
12
- 178 —
moins se souvenir que les émulsions de pétrole diluées ne
se maintiennent pas très longtemps homogènes et qu'on
doit employer l'émulsion diluée peu dlieures après sa con-
fection , sinon le pétrole se dispose en gouttelettes et les
feuilles peuvent être corrodées, ce qui aggrave le mal au
lieu de le conjurer. D'un autre côté, il n'a pas été fait, à ma
connaissance du moins, d'expériences bien précises au
sujet de la résistance des feuilles de Caféier à la corrosion
par ces liquides à base de pétrole, corrosion qui d'ailleurs
varie notablement suivant les plantes.
Il sera, par suite, utile d'essayer le produit sur un seul
ar])re avant de l'employer en grand.
La solution la plus forte, mais qui ne corrode pas les
feuilles, sera la meilleure ; on en établira facilement la for-
mule après quelques tâtonnements. En tout état de cause,
pour la formule n" i, je crois qu'il est nécessaire de diluer
à une partie pour i5 parties d'eau environ; pour la formule
n° 2, une partie pour 35 environ. M, Raoul a, il est vrai, con-
seillé pour une formule analogue à celle du n° i une émul-
sion à i/io au plus; mais, par comparaison avec ce que j'ai
pu observer pour d'autres plantes, je crains que le liquide
ainsi obtenu ne brûle fortement les feuilles du Caféier.
Ces insecticides seraient, à mon avis, d'une efficacité
encore plus certaine s'ils renfermaient de l'alcool et de la
nicotine. On pourrait introduire la nicotine en faisant infuser
des feuilles de tabac grossièrement contusées, et en quan-
tité assez forte, dans le liquide qui doit servir à diluer le
mélange pétrole. On ajouterait ensuite 3 ou 4 % d'alcool
fort non rectifié, à 90° ou c).")".
Ces solutions seront appliquées au pulvérisateur et répé-
tées, si besoin est, une ou deux fois pendant la saison
(diaude.
On doit observer encore que la destruction des coche-
nilles sera d'autant moins difficile à obtenir que l'apparition
de ces insectes sera de date plus récente. A l'état jeune, les
— 179 —
cochenilles ont un tégument mou et^ sont plus vulnérables
aux agents destructeurs dont nous avons parlé.
11 est encore un autre procédé de destruction dont je
dois parler, mais qui pour devenir réellement pratique né-
cessite des essais et méthodiquement entrepris pour le
Caféier.
Nous avons vu plus haut que M. Kœbele avait pu assurer
aux ilesHawaï la destruction d'un Pulvinaria avec les larves
d'une coccinelle introduite d'Australie. La même méthode
utilisée déjà depuis quelques années en Californie a amené
la disparition pour ainsi dire complète de certaines coche-
nilles, surtout sur l'oranger et le citronnier (i).
Il est certain que les ennemis des cochenilles sont partout
en général assez nombreux, mais ils peuvent manquer si
la cochenille est d'importation récente dans un pays. Il
semble précisément que c'est le cas pour la cochenille verte,
\e Lecanium viride ^ à Ceylanen particulier; et c'est alors qu'il
peut être avantageux d'essayer l'action destructive d'un in-
secte parasite approprié, que Ton cherchera ensuite à im-
porter systématiquement. Un essai de ce genre a été tenté
à Ceylan même par M. Green(2) : il a pu voir que les larves
d'une coccinelle du Cap, Exocomus iiigriina cala lus, s'y nour-
rissaient volontiers avec les Pulvijiaria Psidiiyla Cochenille
blanche et la Cochenille verte du Caféier. Cependant le
transport des coccinelles exige des précautions pour que les
insectes parviennent vivants à destination. Avant de les
disséminer dans les cultures à protéger, on devra toujours
s'assurer de leurs qualités réelles.
Ce procédé de destruction des insectes nuisibles est sus-
ceptible sans doute de s'étendre à d'autres insectes que les
cochenilles et il y a là d'intéressantes recherches à faire.
(i) Voir 1j résumt5 et l'étal actuel de la question clans l'article de M. Zim-
MERMANN : 7)i>; Beksenipfung der thierischen Schsedlinge der Kulturpflanzen
durch ihre naturlichen Fei/idc, ni aCcnivAlhlAtl furBakteriologie, 2*parlie m,
V, p. 8)1 et 858 (i" et 5 décembre 1899).
(2) The Tropical Agriculturist, 1899, n» 2, p. 161.
— 180 —
Les cochenilles ou les pucerons délruits ou fortement
diminués en nombre, la fumagine se développera moins
activement pendant la saison des pluies. S'il devient néces-
saire, à cette époque, d'en arrêter l'extension, on emploiera
une des bouillies cupriques dont nous parlons plus haut;
l'effet sera suffisant, à moins que les pluies ne lavent par
trop les feuilles.
En tout cas, tous ces traitements devront être complétés
par des soins culturaux éclairés et par l'application d'engrais ;
après l'élagage qui, par nécessité, pourrait être un peu
excessif, l'application d'engrais azotés à utilisation rapide,
nitrates, sulfate d'ammoniaque, est à conseiller pour aider
la plante à refaire rapidement son système l'oliaire.
ACARIENS
Plusieurs espèces de ce groupe d'Arthropodes ont été
observées sur le Caféier.
Acarus Coffeœ Nietner. — C'est, d'après Nietner (i), une
très petite espèce de couleur rouge pâle, à peine visible
à l'œil nu, et qui à Ceylan se voit presque toute l'année
sur la face supérieure des feuilles de Caféier, quoiqu'elle
soit plus commune de novembre à avril. Elle serait peu
éloignée de l'araignée rouge des serres d'Europe.
Les feuilles atteintes se colorent en brun, comme si elles
étaient brûlées par le soleil ; mais le dommage est en
général assez faible, étant donné que l'acarien n'envahit que
des arbres isolés.
En cas d'attaque plus intense, les soufrages seraient
indiqués.
Gœldi (2) a rencontré fréquemment au Brésil sur la face
(i) J. Nietner, Op. cit., p. 19.
(2) E. Gœldi, Op. cit., p. 77.
— 181 —
inférieure des feuilles de Caféiers de petites galles, parfois
très abondantes, qu'il attribue à un acarien. Situées au point
de jonction delà nervure médiane et des nervures latérales,
ces galles s'ouvrent à leur sommet par un petit orifice et on
y rencontre des œufs. L'animal qui les produit est de cou-
leur cramoisie et serait, d'après Gœldi, très voisin des Té-
tranyques, mais sa détermination ne semble pas avoir été
nettement établie.
En tout cas, le dégât causé serait à peu près nul.
Des acariens indéterminés ont été rencontrés par le
D"" Noack (i) au Brésil, le D"" Zimmermann (a) à Java, sur des
racines de Caféier, tuées par des Anguillules.
Il ne semble pas probable que, dans ces deux cas, les aca-
riens puissent jouer un rôle parasitaire quelconque; ils ont
dû, de concert avec d'autres organismes, concourir simple-
ment à la destruction définitive de racines déjà mortes.
GASTEROPODES
Limaces. — Des Gastéropodes appartenant à ce groupe
commettent en Nouvelle-Calédonie des dégâts assez impor-
tants ; ils rongent les Caféiers jeunes jusqu'à l'âge de 4 o^^
5 ans au niveau du sol, en produisant des sortes de plaies
taillées à pic qui, au premier aspect, ressemblent à un
chancre et qu'on pourrait être tenté d'attribuer à un cham-
pignon (3). C'est pendant la saison chaude et sur les sols
ombragés que les limaces sont nuisibles. On ne les aperçoit
pas pendant la saison des pluies. La limace entame l'écorce
et, la dévorant de plus en plus, agrandit peu à peu la
blessure qui met le bois à nu. Sur les jeunes Caféiers ainsi
(i) Noack F., Bic Pfahlwurzelfseule , eine Nematodetikrankheit, in
« Zeitschrif't fur Pflanzenkrankheiten », 1898, p. iSy.
(2) ZIMMERMA^f^•, De Nematoden dev Koffie'.vorteh.
(3) Notice pratique sur la culture du Caféier en Nou\-elle-Calédonie, par
Perret, Nouméa, 1895.
— 182 —
atteints le collet brunit progressivement, et, par suite de la
nécrose qui envahit le bois, la plante périclite peu à peu et
meurt.
Les arbres plus âgés restent indemnes, l'écorce résistant
alors aux atteintes de la limace.
Il est assez facile d'éloigner ces limaces : on peut arroser
le sol avec de l'eau ayant séjourné dans des fûts à pétrole ;
ou bien on placera au pied des Caféiers une poignée de
chaux vive pulvérisée, ou même simplement de la sciure de
bois : c'est un obstacle que les limaçons se résolvent diflici-
lement à traverser.
On pourra même, pour plus de sûreté, imprégner cette
sciure d'un mélange d'eau de savon forte avec i/io à 1/20
de pétrole.
M. Mairot, qui a bien étudié cette ([uestion (i), préfère
récolter directement les limaces. 11 les attire en plaçant le
soir dans les plantations de vieux sacs humides ou des
feuilles de bananier.
Il y trouve le matin des quantités de limaces qu'il tue
avec de la chaux vive et emploie comme engrais pour ses
Caféiers.
(i) Al. Mairot, Les Ennemis du Caféieren ]\ouvelle-Calédonie, in « Revue
des Cultures coloniales », 20 novembre 1899, p. 3i4.
183 —
MALADIES PRODUITES PAR LES VERS
ANGUILLULES
Un certain nombre de vers nématodes appartenant au
groupe des Anguillules nuisent gravement aux Caféiers en
attaquant leurs racines. Les désordres qu'ils amènent ont
été désignés sous le nom de maladies veriniculaires .
Heterodera radicicola
Cette anguillule a causé des dégâts importants dans la
province de Rio de Janeiro (Brésil), dégâts qui ont pu, d'a-
près des relevés officiels, être estimés dans plusieurs plan-
tations étendues à près de 95 % de la récolte moyenne. La
Fig. 44. — Heterodera radicicola. — Racines de Caféier
présentant des nodosités, iV, de différentes tailles et
formes. Grandeur naturelle. (D'après Gœldi.)
maladie a débuté dans la région en 1870, et y avait pris une
telle extension que, quinze ans plus tard, des plantations
de Caféiers avaient dû être abandonnées ou remplacées par
des cultures de Canne à sucre. C'est un zoologiste français,
M. C. Jobert, qui le premier a étudié cette maladie et en a
— 184 -
bien précisé les symptômes (i). Je reproduis en
tie la description qu'il a donnée :
grande par
{( Un Caféier qui offre toute l'apparence d un arbre sain et vigoureux pré-
sente, du jour au lendemain, l'aspect d'un arbre étiolé; les feuilles pâlies
deviennent tombantes; celles du haut jaunissent promptement et tombent
les premières. En huit jours, et souvent moins, l'arbre est entièrement
dépouillé de ses feuilles, et les extrémités de ses rameaux sont déjà dessé-
chées : le Caféier est irrévocablement perdu.
« Si on le fait arracher, on voit que le chevelu a disparu complètement ;
plus de racines de petite taille, et les racines même de la grosseur d'un
tuyau de plume apparaissent comme rongées; l'écorce a disparu, même
sur la plus grande partie du pivot.
« Si l'on examine à un grossissement de 5o à 60 fois quelques fragments
du chevelu qui est resté brisé dans la terre, on voit que la surface de
l'écorce est inégale, semée d'élévations irré-
gulières, au centre desquelles s'ouvre une
cavité cratériforme qui pénètre jusqu'à la
partie centrale de la radicelle. En examinant
de plus près, on reconnaît qu'en ces points
le faisceau fibro-vasculaire a été détruit com-
plètement et à tous ces débris se trouvent
mêlés des mycéliums, uu surtout de couleur
^ noire très remarquable.
i^''^ "iV " Guidé par ces indications, je fis arracher
^'■■\ %'h^'' *^^^ Caféiers, très vigoureux en apparence,
^ ' ' ^ ' situés au voisinage des arbres malades, et je
ne fus nullement surpris en trouvant le che-
velu complètement couvert de nodosités,
situées soit sur les extrémités mêmes, soit
sur le trajet et dans l'axe de l'organe, ou
plus rarement sur ses parties latérales
(lîg. 44 et 45). Les nodosités terminales
sont piriformes, acuminées, souvent recour-
bées. Les plus grosses ne dépassent pas la
dimension d'un grain de chènevis ou d'un
tout petit pois; l'aspect général est celui des racines de la vigne attaquées
par le phylloxéra.
« En faisant des coupes très minces au travers de ces renflements dans le
sens longitudinal ou dans le sens transversal, j'ai constaté : i" que ces ren-
flements contiennent des kystes à parois hyalines, qui ont pour siège, soit le
parenchyme cortical, soit le cylindre central (fig. 46) ; 2° que ceux qui siègent
Fig. 45. — Heterodeia radici-
cola. — Portions de racines
de Caféier avec des nodo-
sités à un grossissement
d'environ 12 diamètres. A
droite, une nodosité encore
intacte. A gauche, une no-
dosité ouverte, en voie de
décomposition . ( D'après
Gœldi.)
(i)C, JoBERT, ('o)nptesTendiis de V Académie des Sciences, 1878, p. 941
— 185 —
dans le parenchyme cortical, en se développant, ont pour action de déjeler
cl de détruire par approclie le faisceau fibro-vasculaire. Ceux qui siègent au
centre commencent par disséquer et isoler les divers cléments qui les avoi-
sinent ; on chercherait en vain trace du faisceau central quand les kystes sont
développés. Enfin, il est facile de voir que plu-
sieurs de ces kystes sont venus s'ouvrir au de-
hors, et la radicelle est couverte de ces blessu-
res profondes, largement ouvertes (fig. 4^)- ^^cs
cellules extérieures des renflements sont très
grandes ; quelques-unes présentent des signes
de segmentation ; elles ne contiennent ni raphi
des, ni amidon.
« Si l'on examine les jeunes renflements, ceux
des extrémités particulièrement, on trouve dans
ces kystes, situés tout près du point végétatif,
une quantité d'éléments ressemblant à de jeunes
ovules; sur les plus gros renflements, les kystes
contiennent ces éléments à tous les degrés de
développement.
« Ce sont bien des ovules à tous les degrés
de l'évolution; les plus avancés présentent l'as-
pect suivant (fig. 4?) ■
« La forme est elliptique, quelquefois réni-
forme ; la membrane d'enveloppe est hyaline, et
dans l'intérieur se trouve enroulé sur lui-même
un petit ver nématoïde, long, quand il est dé-
veloppé, d'environ un quart de millimètre, qui
n'est autre qu'une anguillule. Cet animalcule n'offre pas trace d'organes
sexuels; il n'est encore qu'à une première phase de son développement.
Chaque kyste contient de 4o à 5o œufs, et si l'on
fait un calcul approximatif, on arrive au chiffre, trop
faible certainement et pourtant effrayant, de plus de
3o millions d'anguillules par Caféier.
(( Arrivés au terme du développement intraovu-
laire et de la vie intraradicellaire, les animalcules
s'échappent au dehors, laissant béante la cavité
dans laquelle ils se sont développés, et la radicelle
ne tarde pas à pourrir et à être envahie par les
cryptogames. La terre qui entoure les Caféiers
morts est remplie d'anguillules n'offrant pas encore
d'organes générateurs.
« Les Caféiers les plus vigoureux, ceux de sept à
dix ans, sont attaqués de préférence. Les Caféiers
étant plantés en lignes parallèles, tantôt la maladie se propage suivant
les lignes, tantôt elle se développe en îlots, d'une manière analogue à 1 in-
fection phylloxérique de nos vignes, .-)
F)g 4(j — Hetei ode) a ra-
dicicola. — Portion de
coupe faite dans une
nodosité. Grossissemen t
■20 diamètres environ :
A', kystes renfermant
des œufs isolés en Œ.
(D'après Gœldi.)
Fig. 47- — Œuf déjà
avancé d'IIeferodera
radicicola pris dans
une nodosité. (D'a-
près Gœldi.)
— 186 —
En résumé, la « maladie vermiciilaire » se caractérise par
le jaunissement des feuilles, la mort rapide de Tarbre, la
destruction du chevelu, précédée sur celui-ci de l'apparition
de tubérosités arrondies ou oblongues et de volume assez
variable. La plante meurt par destruction et pourriture
très rapides du système radicellaire.
M. Jobert n'a pas déterminé spécifiquement les anguil-
lules observées par lui sur les Caféiers du Brésil, car il ne
rencontra que des larves et pas d'animaux adultes sexués.
Le D' E.-A. Gœldi, qui a fait sur la maladie vermiculaire en
question un volumineux mémoire, a créé pour ranguillule
qui la cause un genre et une espèce nouveaux. Il l'a appelée
Meloidogyne exigua (i). Il me parait cependant bien établi
que cette espèce n'est autre que V Heterodera ra dicicola ,
espèce cosmopolite, qu'on a rencontrée en maintes régions
du globe, chaudes aussi bien que tempérées, et sur des
plantes très diverses. Il est vrai de dire que les galles dues
à \ Heterodera radicicola diffèrent notablement de forme et
de dimensions suivant les plantes atteintes ; mais on ne doit
pas oublier que si la présence de cette anguillule est la con-
dition nécessaire de l'apparition des nodosités, la formation
des galles est une fonction de la plante elle-même et peut
par suite varier sensiblement d'une plante à une autre.
L'opinion que j'émets au sujet de ce ver nématode est aussi
celle de M. J. Ritzema Bos, l'éminent directeur du « Phyto-
pathologisch Laboratorium » d'Amsterdam. Ce savant, qui
s'est depuis longtemps déjà spécialisé dans l'étude de ce
groupe d'animaux, a vu des préparations microscopiques
qui ne lui laissent aucun doute (2). D'ailleurs, les descrip-
tions de M. Jobert et du D"" Gœldi, les figures données par
ce dernier, répondent parfaitement à ce qu'on trouve dans
les auteurs qui se sont occupés de la question et dont
(i) D"" E.-A. Gœldi, Belatorio sobre a molestiado Caffeeiro na provincia
do Rio de Janeiro, 1887, et « Rev. agric. do Imp. Inst. Fluminense do
agricult. », 1888, p. i.
(2) Lettres des 3i janvier 1898 et 4 février 1899.
— 187 —
M. Prillieux a résumé jadis les travaux de façon très com-
plète (i).
D'un autre côté, M. Frank (2) a pu infecter déjeunes Ca-
féiers d'un an venus de graines et portant des racines parfai-
tement saines avec des racines de trèfle et de dracaena
couvertes des galles de VHeterodera radicicola; et cinq
mois plus tard, il trouva sur les racines des galles iden-
tiques à celles décrites par M. Jobert sur les Caféiers du
Brésil.
M. Frank déclare encore ailleurs l'identité des deux es-
pèces (3). Enfin, il me semble que lorsqu'il a établi son
genre nouveau Meloidogyne, le D' Gœldi ignorait l'existence
du genre Heterodera. En effet, il ne cite et discute que la
classification de Bastian ip. 67), qui date de 1864, alors que
le genre Heterodera de Schmidt a été créé en 1871 et l'es-
pèce Heterodera radicicola Millier en i883 (4).
La détermination précise du genre exige pour les Hetero-
dera l'observation de femelles adultes. En effet, les fe-
melles adultes fécondées se gonflent considérablement et
perdent en s'hypertrophiant leur apparence première;
elles forment un sac à peu près sphérique ou un peu oblong
qui renferme les œufs (fig. 49), de telle sorte qu'avant la
formation des œufs il n'est guère possible d'en reconnaître
la nature, surtout pour un observateur non prévenu. C'est à
l'état de larve que ces anguillules pénètrent dans les racines,
et leur présence détermine par irritation une prolifération
des tissus dont le résultat est la production des galles. Néan-
moins, parmi les espèces du genre Heterodera^ il en est
qui n'engendrent pas de galles : les tubérosités radicel-
(1) Ed. Prillieux, Les Maladies vennicidaires des plantes cultivées, in
« Annales agronomiques », tome II, fasc. 2.
(2) D"" A.-B. Frank, Ueber das Wiirzelselc1ien,'\n « Berichle der deutsche
botanische Gesellschaft », tome II, mars 1884.
(3) D"" A. B. Frank, Die tierparasitseren Krankheiten der Pflanzen,
1896, p. 23.
(4) Karl Mûller, Neue HelmintJiocecidien uiid deren Erzeiiger, Berlin,
i883.
- 188 -
laires sont absentes sur les racines de betteraves attaquées
par Heterodera Schachtii.
Pour le Caféier, les galles se produisent, au début au
moins, dans le parenchyme cortical; les
kystes à parois hyalines vus par M. Jobert
ne sont autre chose que des femelles hy-
pertrophiées, fait que le D'^ Gœldi a bien
mis en lumière.
On sait qu'un certain nombre d'espèces
d'anguillules sont reviviscentes et qu'a-
près une sécheresse prolongée qui peut
durer plusieurs années, les larves par-
venues à Fétat adulte sont susceptibles de
revivre si on vient à les humecter. C'est
le cas de l'anguillule du blé niellé [Tylen-
chus Tritici), qui monte progressivement
jusque dans la fleur, en même temps que
le blé se développe. La fleur s'hypertro-
phie, se transforme en une galle pleine
d' anguillules ,
et elle présente
assez bien le
volume et l'ap-
parence de la
graine de Nielle.
D'après M. Jobert, l'anguillule
du Caféier ne serait pas revivis-
cente et la sécheresse la tuerait.
Par suite, M. Jobert admet l'im-
munité du Caféier en terrains
secs. La maladie sévit de préfé-
rence dans les terres sablon-
neuses ; l'argile pure gênant le
développement du nématode, il n'y persiste pas.
Le D' Gœldi n'a pas accepté toutes ces conclusions. Il
reconnaît, il est vrai, que la maladie est surtout grave dans
Fig. 48. — Femelle
d'Heterodera radici-
cola adulte, isolée
d'une nodosité : B,
bulbe œsophagien ;
St, stylet. (D'après
Gœldi.)
pig_ ^g, _ Kyste d' Heterodera
radicicola : corps de femelle
quelque temps après la fécon-
dation montrant encore les
traces de l'œsophage. (D'après
Gœldi.)
— 189 —
les terrains sableux; mais il déclare qu'elle n'est pas spé-
ciale aux sols humides, car on peut la rencontrer aussi sur
les coteaux. Il a pu observer la reviviscence de Tanguil-
lule sur des racines de Caféier entièrement desséchées
depuis deux mois. Il est possible que cette divergence de
vues entre les deux observateurs tienne à des conditions
différentes d'expérimentation. M. J. Chatin admet, en effet,
que les matières organiques en décomposition arrêtent la
revivifîcation (i).
Le D'" Gœldi a trouvé sur les parties mortes des bactéries
et le même mycélium noir signalé plus haut par M. Jobert.
Ce ne sont que des saprophytes. Ce mycélium, hyalin à
l'état jeune, a des filaments cloisonnés s'agrégeant en cor-
dons qui entourent une notable partie de la racine et les
résidus qui s'en détachent. 11 aurait, d'après Gœldi, une
fonction bien définie, celle de détruire les portions de ra-
cines envahies par les nodosités. Le même auteur a vu ce my-
célium gagner de proche en proche les cellules saines, dont
le contenu devient granuleux et opaque. Gœldi a trouvé
des filaments jusque dans les éléments de la base du tronc.
11 n'a jamais réussi à produire avec cet organisme riuiéc-
tion de racines saines. Il est présumable que la pénétration
se fait dans les racines infestées d'anguilkdes par les solu-
tions de continuité qui s'y produisent accidentellement.
Les nodosités peuvent s'observer sur les Caféiers dès la
période cotylédonaire, et Gœldi a constaté [Op. cit.) que le
Libéria n'est pas plus à l'abri que PArabica.
Il est possible que cette maladie vermiculaire existe ail-
leurs qu'au Brésil. M. Soltwedel(a) a trouvé des racines de
Caféiers à Java qui présentaient les mêmes renflements que
ceux dus à V Helerodera radicicola et il y aurait constaté la
présence de ces nématodes. Mais la maladie ne parait pas
avoir pris d'extension et l'on n'en put retrouver plus tard.
(I) Joaimes Chatix, Recherches sur iAiiguillule de l'Oignon, Paris, 1884.
(■2) Cité par M. Zimmermann, Op. cit., p. )88.
— 490 —
Voyons maintenant en quoi consiste le traitement.
Tout trabord on ne peut songer à l'alternance des cul-
tures pour faire périr d^inanition le parasite, car il est prouvé
qu'il s'attaque à un nombre d'espèces considérable, très
différentes les unes des autres; il est par suite doué d'une
faculté d'adaptation très remarquable. D'ailleurs le procédé
n'est pas applicable à une plante vivace comme le Caféier.
Dès le début, en cas d anguillules dûment constatées par
l'apparence extérieure de racines chargées de nodosités, et
même au besoin par un examen microscopique, d'ailleurs
des plus faciles, on devra arracher et brûler sur place les
racines des Caféiers morts en n'en laissant subsister autant
que possible aucuns débris. Il ne sera pas inutile d'écobuer
en même temps dans le trou ou les trous d'arrachage le sol
qui entourait les racines. Ensuite, on devra traiter cette
place ainsi écobuée et le sol environnant planté en arbres
d'après les mêmes principes que les vignes phylloxérées en
Europe. La surface à traiter devra dépasser de plusieurs
rangées d'arbres le centre de la tache ou la ligne où sont
morts les Caféiers, de façon à ne pas laisser s'établir de
nouveaux foyers de contagion entre ceux qu'on aura détruits.
On pourra, d'après le conseil donné par M. Prillieux (i), et
pour plus de sécurité, circonscrire la surface ainsi défrichée
par des fossés profonds, en prenant soin de rejeter dans l'in-
térieur du cercle la terre qu'on enlèvera et qui pourrait
être contaminée par les anguillules. On sera sûr de cette
manière d'arrêter l'extension du fléau.
11 n'y aurait d'ailleurs rien d'impossible à ce que cette
maladie prenne naissance spontanément sur le Caféier, le
Nématode qui la produit s'attaquant à des plantes très
variées ([ui peuvent être pour le Caféier le point de départ
de la contagion ; les exjîériences de M. Frank ont bien mis
ce fait en lumière.
Si l'on replantait immédiatement des Caféiers sur ces
(i) Kâ. Prillieux, Op. cit., j) -'.6").
— 191 —
places où d'autres sont morts auparavant, il est certain qu'ils
périraient de même, car le traitement en question n'a pu dé-
truire toutes les anguillules du sol. Dun autre côté, on
aurait des chances de laisser persister l'infection dans le sol,
en y introduisant une autre culture qui pourrait être attaquée
à son tour, VHeterodera étant susceptible de se développer
sur beaucoup de plantes. L'abandon du terrain à l'état de
friche pendant un certain temps est passible delà même ob-
jection à cause de l'envahissement possible d'une plante
spontanée par l'anguillule. La destruction aussi complète
que possible est donc une mesure qui s'impose. On utili-
sera à cet effet le sulfure de carbone qui a donné à Aimé
Girard des résultats assez bons, quoique incomplets pour
la destruction du nématode de la betterave (i), ou encore
le sulfocarbonate de potasse. Ce dernier sel se décom-
pose dans le sol, en présence de l'humidité, en carbo-
nate de potasse, sulfure de carbone, hydrogène sulfuré ;
ce sont ces deux derniers corps qui agissent sur l'an-
guillule et la tuent. Des expériences récentes que nous
avons fait opérer chez un horticulteur des environs de
Paris, dont les cultures florales très variées étaient envahies
parVHete/ode/a radicicola, nous ont apporté la preuve de
l'efficacité réelle du sulfure de carbone et du sulfocarbonate
de potassium pour la destruction de ce ver parasite.
On a encore préconisé l'usage de chiffons de laine pé-
troles et des eaux ammoniacales résiduaires des usines à
gaz. Dans les essais de destruction que nous avons fait faire,
les chiffons pétroles se sont montrés notoirement insuffi-
sants.
En tout cas, un traitement d'extinction ainsi com-
pris est coûteux. Pour la vigne, comme pour la betterave,
on a employé des doses de 3.ooo kil. de sulfure de car-
bone à l'hectare. Avant d'injecter le sulfure de carbone,
on laissera le sol se tasser un peu après l'arrachage,
(i) Aimé Girard, Les Nématodcs de la Betterave, Paris, 1887.
— 192 —
de manière à éviter une évaporation très rapide quand on
appliquera le sulfure.
On devra se rappeler que les expériences faites sur la
vigne ont montré que les traitements au sulfure de carbone
n'ont de chances réelles de réussite que dans les sols
frais, meubles, assez profonds, tandis que, dans les terres
compactes, sèches et peu profondes, les résultats sont fort
incertains. On se servira d'un pal injecteur et le nombre de
trous sera au moins de trois par mètre carré, dans des sols
à couche profonde de terre végétale. Si celle-ci est plus
mince, on devra augmenter le nombre de trous, à cause de
la rapidité plus grande d'évaporation du sulfure de carbone
dans l'air. Dès que le sulfure de carl^one aura été déposé
dans le trou, celui-ci devra être immédiatement bouché et
tassé fortement avec le talon pour diminuer l'évaporation
dans les limites du possible. J'ai conseillé plus haut et je
réitère ici la recommandation d'arroser suffisamment le
sol avant d'appliquer le sulfure, si la terre est fortement
échauffée parle soleil.
On pourra employer également le sulfocarbonate de po-
tassium, en même temps qu'une quantité suffisante d'eau.
La quantité de liquide exigée par les 4 ou 5.ooo kil. néces-
saires à l'hectare pour un traitement d'extinction ne permet
malheureusement pas toujours l'emploi de cette substance.
Dans certains cas, elle présenterait sans doute un avantage
marqué sur le sulfure de carbone, qui, dans les régions
chaudes, peut être évaporé complètement avant d'avoir
donné tout son effet utile ; le sulfocarbonate, qui ne fournit
que peu à peu le sulfure de carbone, a une action continue
et sensiblement plus durable. D'un autre coté, il laisse
subsister dans le sol, quoique en faible quantité, un élément
utile aux Caféiers, la potasse. En cas d'irrigation impos-
sible ou trop onéreuse à appliquer, on profiterait alors
de la saison des pluies pour l'emploi du sulfocarbonate.
On peut avoir avantage à conserver les arbres atteints,
<|uand les traitements d'extinction ne sont pas réalisables
— 193 —
ou que l'attaque est peu intense et par points localisés. Dans
ce cas, après avoir circonscrit les taches par des fossés
assez profonds, on essaiera des traitements d'entretien au
sulfure de carbone ou au sulfocarbonate.
Pour le sulfure, les trous de pal seront toujours établis à
une certaine distance du pied de Tarbuste (o":'.o à o™3o) et la
quantité de sulfure de carbone à injecter ne devra pas être
inférieure à 3oo kil. à l'hectare. Pour le sulfocarbonate, il
faudrait le dissoudre au préalable ou arroser après épan-
dage. On le déposera dans une cuvette pratiquée au pied de
chaque arbre, à la dose de 600 kil. environ par hectare, et on
recouvrira la cuvette de terre.
Ces traitements devront être renouvelés toutes les fois
qu'on verra la végétation fléchir sensiblement; mais ce ne
seront en tous cas que des palliatifs.
L'emploi de ces substances sur les arbres encore vivants
sera suivi après quelques semaines de Temploi d'un engrais
azoté, qui sera fort utile pour l'édification de nouveaux tissus
radicellaires. Et comme il est à présumer, ainsi que sem-
blent le prouver des expériences récentes (i), que le travail (h3
nitrification est sensiblement entravé par la présence du sul-
fure de carbone dans le sol, on utilisera l'engrais azoté immé-
diatement assimilable, les nitrates de soude ou de potasse.
Pour éviter la contamination des plantations saines, on
devra, suivant le judicieux conseil donné par Aimé Girard,
soumettre les outils à un lavage soigné, quand on passe
d'une pièce envahie à une pièce saine.
Enfin, il sera indispensable, si l'on cherche à introduiic
des plants étrangers, de vérifier l'état des racines, d'éli-
miner et de brûler ceux qui présenteront des tubérosités.
Maladie vermiculaire de Saô-Paulo, — En kSjj;'), à rinstitui
agronomique de Gampinas, province de Saô-Paulo (Brésil {-v,
il) J. Perraud, Annales de la Science agrunoiniqiie, i8(jG, p. Kjy.
(2) Relatorio annital do Instituto agronomico do Estado de Saà l'aulo
(Brazil) em Cawpinas, 1894-1895, vol. VII et VIII, p. 3i2, Saù Paulo. 1S96.
— 194 —
on reconnut une maladie du Caféier qui l'ut attribuée à la
présence d'un nématode que le D' H. von Ihering considéra
comme différent de celui qui attaque les Caféiers de la pro-
vince de Rio de Janeiro. Il l'appela provisoirement Diplo-
gaster suspectas et fit en même temps quelques restrictions
sur sa nocivité réelle.
Des expériences de traitement, suivies de succès, ont été
opérées par les soins de M. Potel, chimiste du même Ins-
titut de Campinas. 11 a utilisé des procédés analogues à
ceux employés en Europe pour l'extinction des nématodes :
destruction par le feu des arbres morts ou mourants, désin-
fection du sol à l'aide du sulfure de carbone. M. Potel re-
connut que la maladie s'étend, quoique assez lentement,
de proche en proche, comme la précédente. Il tenta le trai-
tement sur des Caféiers encore vivants et peu atteints el
déclara que l'examen des radicelles lui a permis de cons-
tater la mort des anguillules au bout d'un court espace de
temps. 11 a semblé que, dans le cas actuel, le sulfure de car-
bone dût être considéré comme réellement curatif vis-à-vis
des plantes encore suffisamment pourvues de racines pour
végéter un certain temps; dans ces conditions, Tapport d'en-
grais appropriés à la nature du sol pourrait permettre à
l'arbuste de reprendre quelque vigueur et de reformer à
temps de nouvelles radicelles.
L'étude de cette maladie a été reprise quelque temps après
par M. F. Noack (i). Il constata la gravité du dommage et fît
des expériences concluantes d'infection. Il vit sur les ra-
cines atteintes un mycélium noir qui, comme celui dont
nous avons parlé plus haut, concourt à la destruction défini-
tive des racines. L'emploi du sulfure de carbone lui donna,
comme à M. Potel, de bons résultats pour le traitement des
ni'bres malades et la désinfection du sol.
M. Noack attribue la maladie à un nématode qu'il nomme
Apheleiichus Coffeœ ; mais la partie de son travail qui a trait
(i) F. Noack, Die Pfahhvûrzelfseule des Kaffees, eine Neinatodenkrank-
/irit, in (( Zeilsctirift fiir Pflanzenkrankticiten », 1898, p. i'}-] el 201.
— 195 —
à ce l'ôté de la question est fort écourtée et il ne paraît pas
certain que cette détermination soit exactement établie.
M. Uitzema Bos, qui a vu des échantillons de racines at-
teintes de cette maladie, la déclare en tout cas différente de
celle due à V Heterodera (i). Les racines pourrissent, mais
sans présenter de nodosités. Il la croit aussi plus dange-
reuse pour le Caféier.
Maladie vermiculaire de Java. — En 1893, on signalait sur
l'Arabica à Java la présence d'anguillules bien distinctes
des Jfeterodera et qui n'amenaient aucuns renflements sur
les racines. Cette maladie se rapproche assez, du moins
comme symptômes de la maladie vermiculaire de Sao-Paulo,
dont je viens de parler, mais on ne peut en aucune façon
affirmer qu'elles soient identiques.
Dans ces dernières années, M. Zimmermann, le distingué
botaniste de la station de recherches culturales sur le Ca-
féier à Buitenzorg (Java), a repris l'étude de cette maladie
vermiculaire de Java, et il a fait une étude très conscien-
cieuse lies anguillules qu'on y rencontre.
Les travaux de M. Zimmermann ont montré [■a] que la ma-
ladie débute sur les racines, où l'insulfisance, sinon l'ab-
sence, de subérisalion des tissus externes n'oppose pas un
obstacle suffisant à la pénétration des anguillules ; les ra-
cines attaquées se colorent en brun et ne tardent pas à
pourrir. Bientôt, tout le système des racines est envahi à
son tour jusqu'au collet, brunit et meurt, entraînant la ra-
|)ide disparition de Tarbre. Ce sont les plantations de la par-
tie est de Java qui ont eu à souffrir de ce mal, qui en peu de
temps y a pris une inquiétante extension et a fail déjà
abandonner un certain nombre d'exploitations.
(i) Lillre du 4 février iS^c).
(■2) A.-I. Zimmermann, in 0 Teijsmannia » iHy;, p. joi. — De ycmalo-
clen der Koffiewortels, in « Mcdedeelingcn uit s Lands PlaïUeiituiu », 1898,
XXVII. — Compte-rendu du Congrès pour le Caféier tenu à Malang
(analyse du De Indische Meicuur, n" 48, 26 novembre 1898).
— 196 —
Les racines malades ont montré à M. Zimmermann plu-
sieurs espèces d'anguilkiles, des acariens et d'autres vers.
De tous ces organismes, un seul, que le même auteur ap-
pelle Tylenchus Coffeœ (fig. 5o),
attaque sûrement les racines
vivantes. Les expériences d'in-
fection tentées sur Caféiers
sains ont été décisives; elles
ont montré que la cause de la
maladie ne pouvait être attri-
buée qu'aux anguillules , à
l'aide desquelles M. Zimmer-
mann a pu reproduire les ap-
parences et tous symptômes
qu'on observe sur les places
infectées. Les infections réus-
sissent aussi bien en plaçant
côte à côte dans un même pot
des pieds sains à côté de pieds
malades, ou bien en ajoutant à
la terre des Caféiers des ra-
cines malades ou de la terre
infectée. Les expériences ont
porté sur l'Arabica en même
temps que sur le Libéria. Après
cinq mois et demi, la maladie
se montrait sur gS % des pieds
de la variété Java [Coffea ara-
bica) et sur J9 % seulement
des Caféiers de Libéria. Ces
derniers sont donc ainsi moins
sensibles aux attaques de la
maladie ; l'observation a prouvé
que si le Libéria atteint languit, il résiste le plus souvent,
tandis que l'Arabica périt. Ces constatations ont suggéré dès
lors l'idée de grelfer le Caféier de Java sur pivot de Libéria,
ig. M). ■ — ■ Tylenchus Coffeœ. — A,
l'animal iemelle : -SY, stylet ; /?.o?,
bulbe œsophagien ; F.u, terminai-
son de l'utérus. Grossissement,
ijS diamètres ; B, un œuf déve-
loppé ; r, une larve. (D'après M.
Zimmermann.)
— 197 —
de manière àobtenir des plantes dont les racines aient contre
cette maladie vermiculaire toutes les qualités de résistance
du Caféier de Libéria. Les premiers résultats obtenus sem-
blent bien favorables à cette méthode.
M. Zimmermann a conseillé aussi d'isoler les places enva-
hies et de les laisser incultes. Comme moyen curatif, il
avait d'abord conseillé l'usage du sulfate de fer; malheu-
reusement, le résultat obtenu qui semblait au début très
encourageant ne s'est pas maintenu aussi net jusqu'au bout,
et l'efficacité certaine du sulfate de fer reste encore dou-
teuse. Il y aurait lieu, je crois, malgré quelques essais
négatifs, d'entreprendre à nouveau des expériences au
sujet du sulfure de carbone ou du sulfocarbonate de po-
tasse, voire de la benzine. Il serait utile de préciser d'une
façon exacte les conditions du mode d'emploi de ces sub-
stances dans les contrées chaudes et de fixer surtout, s'il y
a lieu, le moment le plus favorable à leur usage.
M. Zimmermann déclare d'ailleurs que ses recherches
sur le sujet ne sont pas terminées et qu'il les continue.
Maladie vermiculaire de la Martinique. — M. Thierry,
botaniste à la Martinique, a signalé dans cette lie une mala-
die (i) qui envahit les racines des variétés du Caféier
d'Arabie et y produit des nodosités où il a constaté la
présence d'angiiillules. Les racines atteintes présentent
l'apparence décrite dans le cas de maladie due à V Heterodera
radicicola . Mais comme aucune détermination précise du
nématode n'a été faite à la Martinique, comme les caractères
fournis par l'évolution de ces deux maladies diffèrent beau-
coup, il est permis de douter fortement de l'identité des-
parasites qui les causent.
Cette maladie vermiculaire de la Martinique est très ré-
pandue, d'après M. Thierry; on la rencontrerait à peu près
(i) A.-J. Thierry, Notes sur le greffage... et la maladie vermiculaire du
Caféier, Saint-Pierre de la Martinique, 1899, in « Bulletin agricole de la
Martinique ».
— 198 —
partout. Elle détruit, quoique assez lentement, tout le sys-
tème des racines ; mais si l'on prend soin de « fatrasser »
les Caféiers, c'est-à-dire d'accumuler en abondance des
débris végétaux au pied de ces arbres, dans le milieu hu-
mide ainsi constitué des racines adventives prennent nais-
sance et peuvent entretenir la vie des plantes. Quand cette
fumure vient à manquer, les plantes ne tardent pas à péri-
cliter, elles deviennent la proie de nombreux parasites ani-
maux et végétaux et meurent au bout d'un certain temps, les
racines étant complètement détruites et couvertes de mycé-
liums variés qui ont parachevé la décomposition,
La maladie existerait dans tous les sols, à toutes les alti-
tudes, plus ou moins fréquente et grave. Et, circonstance
qui n'est d'ailleurs pas spéciale à ce cas pathologique, la ré-
sistance est d'autant plus difficile pour le Caféier qu'on s'é-
loigne davantage des conditions normales de sa culture.
C'est ainsi que, pour ce qui est de l'altitude, l'évolution
devient plus rapide à mesure qu'on descend vers le niveau
de la mer, à partir de aSo mètres environ.
Le Caféier de Libéria n'est pas attaqué. Dans les terres
infestées d'anguillules où dépérit vite le Caféier créole (va-
riété de l'Arabica), le Libéria conserve ses racines indemnes
et sa végétation reste aussi puissante. Aussi, pour se mettre
à l'abri de la maladie, M. Thierry insiste-t-il particulière-
ment sur la nécessité de greffer l'Arabica sur Libéria, ])ra-
tique sur laquelle il fournit des détails circonstanciés.
Pour les Caféiers créoles ou autres variétés de l'Arabica
francs de pied, atteints par la maladie, mais encore en état
suffisant de production, il conseille les traitements d'entre-
tien à l'aide du sulfure de carbone ou du sulfocarbonate de
potasse, comme je l'ai expliqué plus haut.
M. Thierry pense qu'un certain nombre de maladies, dont
j'ai eu l'occasion de parler dans le cours de cet ouvrage, et
dont la cause réelle est encore incertaine, sont sans doute
aussi le résultat de l'attaque des anguillules. Ce sont la
— 199 —
« maladie du collet » de la Réunion, la maladie, dont M. Elot
m'a communiqué des échantillons, de la Guadeloupe et que
provisoirement j'ai appelée « le pourridié du Caféier », et
enfin la maladie signalée par Guérin-Méne ville et Perrotet
aux Antilles et, avec doute à la Réunion. M. Thierry déclare
à ce sujet que « les causes ont pu paraître « difterenfes, selon
« le moment et le pays où les observations ont été faites,
« selon Page des plantes et le degré de minutie apporté aux
« recherches ».
En la circonstance, je m'abstiendrai de toute discussion
qui ne pourrait être qu'inutile en l'absence de documents et
d'échantillons précis.
Enchytréides
Des vers annélides de petite taille appartenant à cette
famille, qui est peu éloignée de celle des lombrics ou vers
de terre, ont été rencontrés par M. Zimmermann sur des
racines pourrissantes de Caféiers (i). Mais comme les essais
d'infection ont été négatifs, M. Zimmermann estime qu'il est
encore impossible de décider s'il y a dans ce fait un rappor
de cause à effet avec la décomposition observée sur les ra-
cines. 11 pense que de nouvelles recherches sont néces-
saires.
DEGATS DUS AUX OISEAUX ET AUX MAMMIFERES
Des quantités d'oiseaux appartenant à des espèces nom-
breuses et variées consomment les baies du Caféier, mais,
comme le conseille le D' Ernst, il est préférable de s'abs-
tenir de les détruire, car beaucoup d'entre eux sont d'actifs
destructeurs d'insectes.
Quelques mammifères sont plus directement nuisibles :les
(i) A. Zimmermann, Ot'e/' de Enchytvseiden eu haar \'oorkoinen in de
Koffien'Oitels, in « Teijsmaiinia », 1898, p. 182,
— 200 —
uns s'attaquent aux racines ou au tronc dans le voisinage du
collet; d autres qui peuvent parvenir aux branches dévorent
la pulpe des fruits.
Je trouve signalés les suivants parmi les principaux :
Le rat du Caféier [Golunda Ellioti), qui, d'après Nietner (i),
envahit parfois àCeylan les plantations de Caféiers quand il
ne trouve pas sa nourriture dans les jungles. Il s'attaque
surtout aux jeunes pieds, qu'il semble mâchonner pour en
extraire le suc. On le détruit avec le poison ou des pièges.
Un petit écureuil [Sciw'iis trivittatus) est encore, àCeylan,
d'après Nietner, grand destructeur de baies.
Au Venezuela, le D'" Ernst (2) indique plusieurs mammi-
fères nuisibles : des rats, des chauves-souris, un renard (?)
s'attaqueraient aux fruits. Les rats en particulier grimpent
sur les arbres et mangent la pulpe des baies ; dès lors la
graine tombe et est perdue.
Le raton, mammifère carnassier, est incriminé aussi par
le même auteur. 11 semble plus probable que cet animal
cju'on voit parfois sur les Caféiers y va plutôt chercher des
œufs d'oiseaux dans les nids que des baies.
M. Schœnfeld (3) accuse une petite taupe (?) de dévorer au
Mexique les racines des Caféiers. D'après M. Ch. Diguet, un
naturaliste voyageur qui connaît bien la région du Mexique,
cet animal est vraisemblablement un rongeur du genre
Geoinys, un rat à abajoues.
Coubard d'Aulnay (4) a signalé jadis à la Martinique une
abondance particulière des rats qui vont chercher les baies
sur les arbres pour s'en nourrir. On faisait, à cette époque, la
chasse à ces rongeurs à l'aide de chiens à museau long qui
pénétraient dans les trous où se réfugiaient les rats. Le
même auteur rapporte qu'autrefois, avant l'abolition de l'es-
(i) Nietner, Op. cit., p. 20.
(i) D'' Ernst, Op. cit., p. 22.
(3) Schœnfeld, Rapport sur l'Agriculture et la culture du Caféier au
Mexique, in « Bulletin du ministère de l'Agriculture », 1896, p. 3ii.
(4) Coubard d'AuLNAY, Monographie du Caféier, Paris, i832, p. 75 à 77.
- 201 —
davage, les planteurs tiraient d'ailleurs un certain parti de
ces rats en les utilisant pour la nourriture de leurs esclaves.
A la Guadeloupe, des rats qu'on croit importés d'Europe
et jadis assez rares, à cause de l'abondance relative des ser-
pents qui les détruisaient, sont devenus plus nombreux
depuis rimportation de la mangouste, qui a fait disparaître
les serpents. Ces rats s'attaquent aux fruits et ne con-
somment que la pulpe. La personne qui m'a fourni ces ren-
seignements assure que les graines de café rejetées par ces
rongeurs et tombées sur le sol fournissent des infusions
de qualité excellente, par cette raison que le rat ne s'at-
quant qu'à des fruits bien mûrs, les graines qu'il rejette
sont toutes également d'une maturité parfaite. Aussi beau-
coup de planteurs font-ils récolter soigneusement pour leur
usage ces graines dépulpées par les rats.
ADDENDUM
Page 69, à la fin du premier alinéa :
« Je crois que la maladie appelée aux Antilles françaises \' Enfer du
Caféier n'est pas différente du Koleroga. L'état trop peu avancé des échan-
tillons que j'ai reçus il y a quelques années ne me permet cependant pas
d'être tout à fait affirmatif : le mycélium que j'ai vu sur les feuilles était
encore stérile et la gclification n'était pas visible. Le mal. en tous cas,
semble peu répandu. »
202 —
CORRIGENDA
âge lo,
en note,
lire Y. Boutilly
au
lieu
de DE BoLTILI.Y.
» 25,
ligne
34,
»
voisinage
»
voisinages .
« 29,
»
I,
»
pores
»
spores.
» 45,
«
27,
»
dénuée
0
dénudée.
>. 63,
»
26,
»
si l'on ne prenait
,)
si l'on prenait.
» 86,
»
12,
»
Fusarium coffeicolum
»
Fusarium coffeicola
« 87,
»
I
))
B
»
A.
» 97,
»
6
»
jeunes
»
jaunes.
» I27j
»
13
»
ce qui doit être attrih
surtout
ué
,,
. ce qui doit surtout,
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES
NOMS D'AUTEURS
A
Abbay (R.)...i4. -25, 27, ji, 46, 47 64
Alexander 45
Anderson 1 69
B
Balansa 42
Barber (C. A.) i58 139
Bérard (de) 1 5
Berkeley, 14, aS, 3i, 45, 46, 47, 81,
82 169
Berlese 88, 162 176
Bidie (D-^ G. W.)...i4- 18, 21, i37 i38
Blanchard (Em.) 149
Boisduval (D"') 162 1 76
Boname i5, i3i, 143, i5i, i57 160
BONNIER (G.) 168
BOUDIEB (E.) 168
BoRDAGE (Edm.), 16, 18, 126, 127, 129
i32, i5o, i52, i57, i58, iSg, i65, 166
Boutilly (V.) 10, i5i i52
BouYssou i58, 166 169
Brehm 1 34 1 35
Broome 14
Bruintsma 14
Brun (Cl.) 90
Burck (W.), i5, 21, 25, 3o, 32, 33 48
C
Capanema (B"" de) i65
Chapotte 175
Ghatin ( J.) 1 89
CUUARD 90
COCKERELL (J. D. A.) 68 I Sg
CoMPAiNG (the) OF 1879 againstCof-
FEE-LEAF DISEASE 1 4
COMSTOCK 162
CooKE, 14, 19, 25, 37, 46, 68, 69, 71,
72, 75, 77, 81 82
Cornu (M.) i6 66
CossoN 1 76
Cotes i3o, i36, 144, i53 176
COUBARD d'AuLNAY 200
Cruwell 45
Cunninguam, 109, no, m, 112, ii3,
114 118
D
Delacroix (D- G.) 84, 88 102
Delalande (J.) i5, 18, 93 126
DiGUET (Ch.) 200
DuFOUR (D' J.) 90 91
Dunning (J. W.) i37
Durieu de Maisonneuve 44
Dybowski 66
E
Elus 85
Elot 90 167
Emerson Tennent (J.) 1 58
Ernst (Dr), 4, 68, 69, 70, 71, 72,
n5, 120, 123, 126, i3i, 199 200
Erreba (Miguel) 68
Everhart 85
E verts i54
F
Farlow 14
Ferguson (J.) 145
Fischer (D-) 43
FoEx (G.) 90
Frank 187 190
— 204 —
Gaillard
Gaudener's Chronicle 1 5
Gastine
Gayon
GlARD 127
Girard (A.) 5o. 191
GcELDi (D--), 42, 83, 89, i5o, i58, i6ï,
i65, 180, 186, 187, 188
gouirand
Green 146, 160, 161, 166, 167
Guérin-Meneville 93, 94. 123
GUILLON
H
Haldane
Hallier ;
HaRIOT (P.) 112.
Hennings i5, 16, 42, 43.
Hooker
Ihering (D'' h. von) 194
Indian Muséum Notes, i63, 164, 166 170
Jardin (E.) . . .
JoANNis (de) . .
Jobert (D'- C).
[83. 186. li
Kalchbrenner
Karsten (G.) 112
Keller (D"")
Klotzsch
KoEBELE i33, 160, i63, 167
K0NINGSBERGER, 93, i3o, r32, i33,
i34, 141, 143, 145, 146, 147, i5o,
i53, i54, i56, i58, 160
KUNCKEL d'HeRCULAIS
Kunze
Lamson Scribner
Lavergne (G.) 5o
Lecomte 22
Lejourdan (A.)
Lemarié (Ch.) 139
Lucas (H.)
Mairot 1 34, ,44
Massée (Georges), 16. 27, 45, 46,
80,97
MOELLER
Montagne • 4-1
MORREN (P. W.)
Morris (D.) 14, aS, 3i. 36, 48
N
Nicole
Nietner (J.), 129, i3o, i3i, i33,
144, 147, ï49, i5o, i54, i56, 157,
i58. i63, i65, 169, 180
Noack i5, 181
Noël
Novaret
Nylander (D')
Oberlin
oudemans (c. a. j. a.).
•99
Patouillard
Perraud (J.) 5i, 62, (yi, 92
Perret (M.), 5o, 58, 60, i32, i34
Perrot :
PeRROTTET 93. 94, 123
PiCKMANnMaNN 124, 125
POTEL
Prillieux 88, 146, 171, 175, 187
Pringle
Rabenhorst
Raedt van Oldenbarnevelt, i5, 69,
70, 95, i34
Ragonot ,
RaMIREZ
R.\ouL. 8, i5, 4ï, 42, 126, 128, i35,
137, i38, 139, 177
Relatorio annual do Inst. Agron.
DO Est. de Saô Pajjlo
Richteh (Rev. G.) —
RiDLEY (H. N.) 97,98
RiLEY i63, 166
RiTZEMA BOS (J.). 93, 99. 145, 186
RUSSEL , . .
ii3
i35
ii5
43
128
176
ii5
92
100
r9$
181
46.
125
127
194
190
.39
.69
147
124
i63
178
193
137
l32
177
19^
-205 —
S
Saccardo (D' P.) 8".
Sadebeck, i5, i6, 23, aS, 32, 42. 43,
49, (33 141
Saenz 75 76
S AGOT 1 5
Sanchez y Sanciiez 1 39
scheffer. 16
SCHOENFELD l63 200
Segura (J. C.) i63 164
Semler (H.) I ■^, 49 64
SiGNORET 162 l63
SoLTWEDEf. 189
Stork:(J. P.) i5 48
Stuhlmann 43
Spegazzini (D--) 73, 79, 80, 86 173
T
Talmy (DO 14 94
Thierry (A.) 94, 128, 197 198
Thwaites (D"')... i3, 18, 19, 25, 3i 41
Thyselton Dyer (W. T.) 14, i5 25
ToNDUz (A.) 73, 7."), 79 i63
Treub 49
Tropical Agriculturist 1 5
Vax Delden Laerne, 120,
Veen (H. J.)
Vivier (A.)
VOLKENS (D')
VossiscHE Zeitung
W
Wait (W. g.) i63, 167
Wall
Warburc(D'- 0.) 4'^, 43, i39
Wahd (D"' Marshall), i5, 16, 18, 19,
25, 29, 3i, 32, 33, 34, 36, 39, 40,
41, 44, 104, 109, 112, 114, ii5
Watt (G.) 104
Went (D-) 116, 117
Wisser 1 40
ZiMMERMANN (D'' A.), 96
148, 160, 167, 179, 181
i32, 142,
195, 196,
197
118
118
118
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES
Acarus Co/fese
jEgus acuminafus
Agrotis sp
Agrotis segetiim
Albizzia O9,
Ancyclonyclia, sp
Anlliomyza Co/feee
Apanleles, sp i'^.7,
Apate franciscea
— monachiis
Aphelenchits Coffese
Aphis Coffese
Arœocerus fascicidalus
A reçu catechu
Arhines des truc t or
Aidacophora, sp
B
Bactrocera conf'ormis
Barœus sorcUdus
Bai'k disease,
Black bug
Black grub
Black rot
Borers 1 ]G,
Bostrique du Caféier
Bolrylis Bassiana 1.^6,
— lenella 146.
Bolyile du Caféier
Bouillie à la chaux additionnée de
1 0/0 de mélasse
Bouillie à la colophane. 5i, Sa, 62,
Bouillie au savon 5u, Sa, 60,
Bouillie bordelaise neutre.. 5o, Sa,
Bouillie bordelaise simple 49,
Bouillie bourguignonne 5;
Bouillie potassique 5;
Bouillie sucrée de Michel Perret.
So, 58
Brachymyrme.r decedens i65
Brown bug i58
C
Candelillo 68
Canker 94, gS, 9G
Canfhîum campanidotum 46
Capnodiwii Citri 171
— Coffeie 1 69, 171, 1 7 J
— lanosKin 174
— trtclïoslomiira 174
Carbure de calcium 90
Carias 1 :h>
Caryospora Coffeœ lui
Cecidomya uredinicola 18
Cemiostoma coffeella 08, la), 129
Cephaleta purpureiventris iSG
Cephaleuros Coffese 1 i(i, 117
— virescens 104, 118
Cephalosporiiun Lecanii ifin
Cephonodes hylas i ia
Cercospora coeffeicola So. 8a
Ceulhospora coffeicola uia
Chalcis sp 1 i»
Chalcosoma Atlas 14S
Chaleur trop intense 8
Chartocerus musciformis i(>r>
Chilocorus circumdatus i J8
Cicindela sp 1 4 >
Cirrospilus coccivorus i S9
Clus'ta insig7iis 1 a i
Clypeolum megalosporiDii 8(>
Coccus Adoniduin lOa
20'
Coclienille blanche iGi, it)6 179
— brune i58 139
— noire 137
— verte iGo, 161 179
Coffee Borer i ^7
Coffee-leaf disease 1 î
Coplops fusca 1 40
Cordyceps sp 1 49 1 39
Coroplests sp 141
( "oulurc du café laa
Coulure vraie 9 10
Crambus sp i53
Cratopus punctum 1 3i
Crematogastev Dorhni 1 36
Cryptolœmus Montrouzieri 167
Cupini i36
D
Dii.clylophts Adonidum 161 169
— Citri i(3>. 16G
— destructor iGa
— longifilis 1G6
— lonrjispinus i6a
1 )adap G9
DemaLophora necatriv 88 90
Diplogaster suspeclus 194
Diplospura sphserocarpus 49.
Djaniour oupas 93
E
Echynomya prompla 1 49
Elacliisla coffeella 123
Enchytréïdes 199
Encyi-Lus, sp 1 33
— Nietneri 1 .■)9 1G6
— paradisiacus ijg
Erustna blandula \'i\) iGG
Erysiphe scandens 71
Euloplais CemiosLomalis i>.- lag
Eumimetes macuUfovmis 141
Euryachova libérien 99
Eurydema, sp 134
Excès d'humidité 8 9
Ejocomits niyrimaculatus 179
Exopholis hypoleuca 14,3
Ejolhecus lelifer i ^7
F
Formicida 1 35
Fumagine 1.33, 1G8 180
Fusarium co/feicolutn 8G
G
Geomys sp .^0
Geonomus quadrinodosus i3i
Glœosporium cofjeamim 84 8G
— colfeicolum 8G
Golunda ElUoti -mo
Gracilaria coffeifoliella i .29 1 3i.
Green bug iC„,
Gryllotalpa af'ricana lui
H
Haplosporella 100
llemileia Canfhii 4G 47
— vaslatrix 1 3 67
— Woodi 46 47
Herpelophygas fasciatus iSg
Ileleroderaradicicola i83, 193 197
— SchaclUii 188
Hypomyces curlus i3a
I
Indian Borer 137
Iron stain 68
Irpex flavus 98
K
Kadas 99
Kérosène 177
Koleroga 68 72
L
Lachnoslerna sp 145
Lachnoslerna pinguis ... 14*;
Lsestadia coffeicola 79
Lampe Gayot i-;',S
Leaf rot 68
Lecaniuin caudatum iGi
— Coff'eœ 13S
— hemisp lise rie iwi 1 3S
— nigrum 1.37 i(i9
— viride 1 60 1 79
Liogryllus bimacidatus iiïo
Loranlluis gen 1 19 i-n
Loranthus avicularis im>
— brasiliensis i-m>
— orinocensis i-m
— parviflorus 120
M
Maladie des branchettes du Ca-
féier 97 98
Maladie de Cochinchine 100 loi
Maladie du collet 93, 94
Maladie du collet de Libéria... 99
Maladie de Java 9^
Maladie du pied 98
Maladie vermiculaire de Java.. 195
— de Saô-Paulo
193
— de la Martini-
que 197
Mancha de hierro 68
MarieAta leopardina
Maya.
Mealy bug
Meloidogijîie exigua
Mercure (Sels de)
Micromus australis
Micropeltis Tonduzii
Monohamnus sierricola
Monstruosités 7
Mycoidea parasitica
N
Necator décrétas
0
Œcodoma sp
Oerets
Oieta exlensa
Orlheziola fodiens
Oscinis Coff'ese
0.rga flavo-annulata
P
Pediculus Adonidum 162
Pellicularia Koleroga 71
Pénicillium glauci/m 3i
Photna Cofjeae lou
Phyllosticta (?) coffeicola 79
PisliUaria flavidn 80
Plusia verlic'illalti i3'$
Pou blanc l'ji
Pourridié du Caféier 87, 93 199
Praonelhn melnnura 141
Psyché sp 1 3a
Pticcinia Mnlvncearum il
208 —
Puceron du Caféier . . .
Pulgon
Pulvinaria camellicola .
— Psidii
Pyrale du Caféier ,
167
i5i
Ramularia (?) Gœldiana 83
Red borer
Red spot
Rhizococcus sp
Hhizœcus Eloli
Rosellinia aquila
Rouille 10, 68
Rouille vraie 10
Ruiva
Rust
lOi
107
•79
i53
84
144
167
88
07
16;)
12 3
Sauva 1 34
Sciuriis trivittatus ao<>
Scutellisla cyanea i.'k)
Scymmis rotundaLus lOti
Septoria coffeicola 8(1
Serica pruinosa 1 jo
Sphserella coffeicola 75 80
— isaripho)'a 79
— Fragariae 79
Sporolrichum densuin 146
— globidiferuin i47
Stilbum flavidum 43, 75 80
Strachia geomefrica 1 H
Strigula 1 1 4 " >
Sulfocarbonate de potasse 91, i45,
167, 19' M)7
Sulfure de carbone 90, 91,145, 167,
19' '97
Syncladium Nielnei l i<i9
Syrphus Nietneri 1 56
— splendens i56
Tana-jUra
Taupin
Tevias Hecabe
Termes falalis
— opacus
Thanoclerus Bur/ueli
Thliploceras octogulialis.
— 209 —
Thranodes pictiventris 141
Tortrix coffearia i33
Torula Sphœrella i-a
Triposporium Gardneii ifùj 171
Tylenchus Coffese 19(5
Tylenchus Trilici 188
Vangueria eduUs 46
— infausla 46
Viruela
W
White Borer
1 3-
White I)ug
White ixnih
X
Xylotrechus quadripes . . .
Xylolriipes Gideon
.. .45
137
i53
Z
Zeuzera Coffeœ
^ '.r.
Zompopo
i3rt
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈHES
AVERTISSEMENT i
Introduction 3
I. MALADIES NON PARASITAIRES 7
Monstruosités 7
Chaleur trop intense 8
Excès d'humidité 8
Coulure vraie du Caféier 9
II . MALADIES PARASITAIRES 11
PARASITES VÉGÉTAUX DES CAFÉIERS ... 12
M.\L.\DIES PRODUITES PAR LES CHAMPIGNO.NS l3
A. Maladies des feuilles x3
Hémiléia 1 3
Apparence de la maladie 1 6
Conditions de développement 18
Dégâts 24
Histoire du champignon 2 5
Répartition de la maladie /\i
Origine de l'hémiléia 43
Traitement 47
Mesures préventives 65
Koleroga 68
Champignons maculicoles 73
Sphœrella cofleicola Cooke et Stilbum flavidum Cooko 78
Cercospora coffeicola Berkeley cl Cooke. 80
Ramularia (?) Gœldiana 83
Glœosporium colfeanum G. Delx 84
— 211 —
B. Maladies des racines du tronc et des branches 87
Pourridié des racines 87
Maladie du collet 93
Canker y4
Maladie de Java gS
Maladie des branchetles de Caféier 97
Maladie du pied 98
Maladie du collet du Libéria . . 99
Maladie de Cochinchine loo
Maladie produite par une algue io4
Cephaleuros virescens 104
Maladies produites par des phanéroga.mes parasites 119
Loranthus 119
Clusia iusignis Martins 121
PARASITES ANIMAUX DU CAFÉIER 122
Insectes i23
I . Insectes minant les feuilles 123
Cemiostoma coffeella 1 23
Gracilaria coffeit'oliella 129
II . Insectes détruisant les feuilles i3o
Coléoptères 1 3o
Lépidoptères. i32
Orthoptères 1 34
Hémiptères iSj'
Fourmis i34
Insectes perforants (borers) i36
Coléoptères Longicornes 107
Coléoptères Bostrychides 142
Lépidoptères i44
Insectes terriooles i44
Vers blancs i44
Ver gris 147
Insectes attaquant les fruits. i5i
Pyralc ou Botyde du Caféier i5i
Le puceron, les cochenilles, la fumagine i55
Puceron du Caféier . , , , . .- . , , i55
212
Cochenilles . . i56
Lccanium 1 56
Cochenille noire . i5^
Cochenille brune i58
Cochenille verte ....... 169
Dactylopius . . 161
Fumagine 168
Traitement 1^5
Acariens 1 80
G-astéropodes 181
Mai,.\dies produites par des vers l83
Anguillules 1 83
Hclerodera radicicola. . i83
Maladie vermiculaire de Saô Paulo 193
Maladie vermiculaire de Java 193
Maladie vermiculaire de la Martinique 197
Enchytréïdes. 1 99
Dégâts dus aux oiseau.v et au.\ .mammifères . ... . 199
Addeisdum iOI
Corrigenda 101
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D'AUTEURS 2o3
TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 206
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES 210
Imprimerie F. Levé, rue Cassette, V.
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V. *
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